Adèle Bienvenue dans « À tes amours », le podcast qui propose une autre manière d’aborder les relations. Nous sommes Adèle,
Alexia Alexia
Sacha et Sacha,
Adèle et nous allons vous parler notamment d’émotions, de communication, de polyamour et d’autres formes de non-monogamie. Ce podcast s’adresse à toute personne s’interrogeant sur les relations.
Alexia Parfois, un petit message d’un amoureux peut m’énerver au plus haut point. Ça ou une remarque passive-agressive de ma mère. Désolée pour cette balle perdue maman. Ou encore un commentaire acerbe d’un collègue. Alors j’en viens à me demander. Est-ce que moi aussi je suis énervante parfois ? Et comment ça se fait qu’on puisse s’énerver comme ça avec quelques mots ? Et surtout, comment éviter ça ? Évidemment, je ne suis pas la première à me poser ces questions. Et plein d’outils de communication existent déjà pour dialoguer de façon plus apaisée. Notamment une technique qui s’appelle la communication non violente. Alors pour cet épisode, je propose de nous intéresser à trois questions. Première question : quelles formes peuvent prendre les agressions verbales ? Ensuite, quels sont les principes de la communication non violente ? Et puis enfin, quelles sont les limites et angles morts de la communication non violente ? Alors pour commencer, Sacha et Adèle, est-ce que vous vous êtes déjà sentie agressé ou est-ce que vous-même vous vous êtes sentie déjà attaquant dans un dialogue ?
Sacha Oui.
Alexia Est-ce que tu peux me donner des exemples ?
Sacha Par exemple, un exemple où j’ai failli être super attaquant et je me suis gardé tout pour moi-même et du coup, tout s’est bien passé.
Alexia Ok ?
Sacha Alors j’en ai parlé à personne en plus de cette situation, donc maintenant que j’en parle dans le podcast je vais m’attirer des ennuis, mais…
Alexia C’est inédit !
Sacha J’étais avec une partenaire et il fallait qu’on se lève pas trop tard pour faire à manger. Et notamment en plus on faisait pas à manger que pour nous. On faisait à manger pour ma meta, donc l’autre partenaire de ma partenaire. Et donc il y avait toute une histoire de timing, ça concernait d’autres gens etc., c’était un peu complexe. Et donc moi j’avais mis le réveil plus tôt pour avoir le temps de faire ça. Parce qu’on était un peu pressé par le temps. Donc je me lève, je vais faire à manger et donc moi je suis efficace. Et j’attends que ma partenaire vienne m’aider.
Alexia Ça part bien déjà. « Moi, je suis efficace. » Ok ?
Sacha Oui, parce qu’en fait, c’est quelque chose que moi, je m’étais dit qu’on était serré par le timing et que c’était important. Et donc, du coup, je m’étais mis cet enjeu-là. Sauf que cet enjeu, je ne l’avais probablement pas vraiment communiqué. Et donc, je commence à faire à manger. Je fais à manger, je vois le temps qui passe et ma partenaire qui n’arrive pas. Et donc, je me dis, ça ne va pas. Je commence à m’énerver et à me dire que… Qu’elle ne me respecte pas, qu’elle me laisse faire à manger pour tout le monde et qu’elle ne vient pas. Et que je ne vais pas avoir le temps en plus, parce que c’est moi qui dois partir plus tôt, etc. Du coup, je commence à m’énerver et je me dis que je vais lui envoyer des messages pour la remuer un peu. Et je me dis que je vais lui envoyer des messages comme « alors, tu ne veux pas m’aider ? » Ou des choses comme ça.
Alexia Parfait, du passif agressif, on adore.
Sacha Ce qui était réellement ce que je sentais et ce que j’avais envie de faire sur le moment, quoi. Et j’ai réfléchi un peu et je me suis dit… Bon, d’une part, que finalement, j’avais prévu suffisamment de marge pour que ce ne soit pas gênant. Et que tout ce que j’avançais tout seul, en fait, j’étais pas en retard. J’avais pas besoin tant d’aide que ça. Donc ça, ça allait. Et l’autre point, c’était qu’en fait, j’avais jamais communiqué. De dire, bon, bah, en fait, là, dépêche-toi de me rejoindre parce qu’on va avoir besoin de beaucoup travailler. J’avais rien dit du tout en fait. Et donc du coup, elle, de son point de vue, ce qui s’est passé c’est juste qu’elle s’est préparée, elle a pris sa douche, elle s’est habillée correctement pour l’après-midi déjà, et donc… Donc en fait on vivait dans deux mondes un peu parallèles. Et moi je m’énervais parce que je supposais qu’elle vivait dans le même que le mien. Alors qu’en fait non, j’avais pas du tout communiqué ce que je voulais quoi. Et donc heureusement, je n’ai envoyé aucun message. Et elle est arrivée, elle a fini par arriver, et tout s’est très bien passé. Mais si je m’étais écouté directement, je leur ai envoyé un message en disant « alors tu ne veux pas m’aider ? » Et j’aurais commencé à m’énerver, et ça aurait été le début des embrouilles.
Alexia Ouais. Et bah voilà. Une bonne agression verbale évitée.
Adèle Ça m’arrive aussi très clairement de retenir certains des propos qui viennent à mon esprit et qui ne seraient pas super constructifs s’ils sortaient tels quels. Parfois, je vois que les personnes en face de moi n’ont pas forcément ce filtre et vont pouvoir se retrouver à faire des critiques effectives. Par exemple… Je sais pas, on me demande si je peux venir à un évènement et je dis que non, je peux pas. Et on va directement me répondre « Oh non, mais t’es nulle, t’es rabat-joie » ou des trucs comme ça. Et c’est pas très très grave. Parce que je le prends pas nécessairement directement personnellement. Mais c’est une critique qui est effective. Voire même où il peut y avoir, en fonction de l’enjeu derrière pour la personne, une hausse du ton. Qui va devenir pour le coup agressif et qui va me mettre mal à l’aise. Donc… Les agressions passent par des choses parfois très simples comme des insultes ou des critiques effectives. Et il y en a une que je trouve plus insidieuse et plus indirecte. Mais pareil, que j’ai l’impression de vivre pas mal. C’est que la personne, au contraire, me boude et ne me répond pas. Et je trouve ça aussi, finalement… Alors, du coup, ce n’est pas une agression verbale en tant que telle. Mais moi, je le vis comme une mini-agression. Dans le sens où, en fait, c’est un comportement qui va avoir vocation à me punir. Par exemple, j’ai posé une question qu’on n’avait pas envie. Et en fait, on ne va pas me répondre et on va me priver du temps de qualité qui était potentiellement prévu. Parce que du coup, on ne veut pas me répondre sur une heure de rendez-vous ou quelque chose comme ça. Et moi, ça me met dans l’attente. Il peut y avoir des choses comme ça même quand ce n’est pas formulé.
Alexia Ouais. On a déjà mis une partie des exemples dans l’épisode sur la toxicité. N’hésitez pas à aller l’écouter si vous voulez entendre tout ce qu’on a fait de mal dans notre vie. Mais ouais, moi, ça m’est déjà arrivé avec Sacha. Je me souviens, à un moment, t’étais au travail et on s’écrivait. Et je sais pas, on parlait peut-être d’un sujet qui était un peu important pour moi. Et toi, après, durant un moment, tu me répondais plus. Et moi, j’étais là, genre, quoi ? Mais il ignore mes messages et tout. Et j’ai été assez impactée. Et quand t’es revenu tu m’as dit non mais en fait c’est que je suis au travail et du coup bah je peux pas répondre à la minute sur tous les sujets quoi. Alors que moi je faisais un peu un procès d’intention en mode soit tu me fuis soit tu ignores mes messages des choses comme ça alors que c’était pas le cas quoi.
Adèle Ouais, prêter une intention à quelqu’un alors qu’en fait il n’y en a pas, ça m’arrive aussi. J’essaye de me raisonner mais parfois c’est dur.
Sacha Je pense que c’est effectivement un grand classique. Les gens partent d’une situation, et après ils vont dire « tu ignores mes messages », alors que c’est pas du tout la personne qui ignore les messages. C’est juste une interprétation qui est en l’occurrence pas la bonne. Il y a plein d’autres petits mécanismes qui font des petites agressions verbales. On peut parler de l’étiquetage, par exemple. Qui est de dire à quelqu’un « tu es égoïste, tu es quelque chose ». Et donc de faire une généralité d’une situation particulière. Et à partir de là, on peut pas vraiment se défendre non plus, et c’est pas agréable. Une autre situation qui peut arriver, qui est assez courante… Et ça on en parlera plus profondément dans un prochain épisode qui traitera des disputes. C’est l’idée de rechercher le coupable. Et donc si jamais je viens et je fais un reproche… Ou même pas forcément un reproche, une remarque sur quelque chose. « Bon, bah là, t’étais un peu trop en retard et je t’ai attendu, c’était pas agréable. » Et l’autre personne, plutôt que répondre à ce point de la communication qui est valide, va répondre… « Ah, mais c’est toi qui es tout le temps en retard, tu peux pas me faire ce genre de reproche, etc. » Et du coup, à rechercher, à dire « En fait, non, c’est toi le fautif. ». Alors que là, on était en train d’adresser autre chose.
Alexia En mode, comme tu viens tout le temps en retard, en fait, je me suis dit que je n’allais pas venir à l’heure parce que tu ne serais jamais là à l’heure, toi. Super. Excellent.
Adèle Ou la surenchère sur un autre truc qui n’a rien à voir, en mode… « J’étais peut-être en retard, mais moi, au moins, je me suis préparée convenablement pour être jolie pour le rendez-vous. Alors que toi, t’es sapé n’importe comment ! »
Alexia Moi, au moins, je ne suis pas habillée comme un sac !
Adèle C’est ça.
Sacha Voilà, après bon, dans ce cas particulier, on peut imaginer que si quelqu’un est continuellement en retard… Ça serait un petit peu abusé de sa part de faire des reproches à quelqu’un qui a cinq minutes de retard. Et puis on a parlé du passif agressif aussi, du second degré et tout ça…
Alexia Entre quelques exemples qu’on a pu donner là et plein d’exemples aussi dans l’épisode sur la toxicité… On voit qu’il y a vraiment plein de façons d’être désagréable, de se sentir attaqué etc. Il y a des gens qui ont réfléchi à comment éviter ça, par exemple avec la communication non-violente, et on va parler de ça. La communication non-violente, c’est une technique formalisée par un homme qui s’appelle Marshall Rosenberg. Et qui l’a théorisée entre 1970 et 2000. Et en 1999, il a sorti un livre de référence qui s’intitule « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » en français. Et c’est un livre que je recommande vraiment parce qu’il exprime vraiment bien des principes de communication qui permettent d’être plus apaisés sur la façon dont on parle. L’intention principale de Marshall Rosenberg, c’est de se dire qu’on veut arriver dans un dialogue avec une forme de bienveillance. C’est-à-dire une volonté de comprendre l’autre et de trouver une sortie du dialogue qui soit juste, qui soit équitable et qui réponde aux besoins de chacun. La première fois que j’ai entendu parler de la communication non-violente, je pense que c’était une vieille vidéo YouTube très très mal faite avec de très moches graphiques. Mais ça m’avait vraiment marquée parce qu’il y avait un petit schéma qui disait en gros… Qu’on observe quelque chose et que cette observation, elle se combine avec les croyances qu’on a dans notre tête. Et l’observation plus nos croyances va faire qu’on produit un jugement. Qu’on évalue la situation d’une certaine manière. Et cette évaluation va produire des sentiments. C’est ce que disait Sacha tout à l’heure quand il disait « J’observe que je suis pour l’instant tout seul à faire la cuisine. Je crois qu’on est dans une situation où il faut agir vite parce qu’on a beaucoup de choses à faire. Et que si ma partenaire tenait à moi, alors elle serait avec moi pour ce combat de faire la cuisine rapidement. Et donc, en vue de tout ça, j’ai l’impression que ma partenaire ne me respecte pas parce qu’elle me laisse tout seul dans cette situation. Et ça me produit de l’agacement, de la colère, etc. » Et donc vraiment, cette formule, ça m’a permis de voir le dialogue sous une toute nouvelle facette. Et c’est vraiment ça qui m’a marquée en premier dans la communication non-violente. Mais la communication non violente, la façon de la résumer, je pense, la plus universelle par les gens qui en parlent, c’est que la communication peut se passer en quatre étapes. Et les quatre étapes, c’est un, l’observation, deux, l’identification du sentiment, trois, la compréhension d’un besoin qu’on a, et quatre, expression de la demande. Donc on va parler de ces quatre étapes tous les trois. Est-ce que ça vous va si je vous demande de deviner ce qu’il y a derrière chaque étape ?
Sacha Ben non, parce qu’on sait déjà comment ça marche.
Adèle Moi, je veux quand même bien me prêter au jeu.
Alexia Ok, qui me parle de l’étape d’observation ?
Adèle Pour moi, pour l’étape d’observation, il s’agit en fait d’essayer de faire le distinguo, justement, dans ce que tu disais, et de s’en tenir aux faits. Et à des choses qui, en fait, ne relèvent pas du tout du jugement. En fait, quand on pense, même vis-à-vis de nous-mêmes, on a toujours tendance à sauter à des conclusions. Je vais prendre un exemple. Moi, je me dis souvent, par exemple, si j’oublie mes clés et que je m’enferme dehors… Je vais me dire directement, je suis vraiment trop nulle, je suis trop stupide, j’ai oublié mes clés.
Alexia Mais bichette !
Adèle Et là-dedans, il y a déjà du jugement. Il y a effectivement, comme tu le disais, des fausses croyances, de l’interprétation.
Alexia Il y a légèrement du jugement, oui !
Adèle Et il y a une déformation de la réalité. Parce que, par exemple, le fait que je me raconte que je suis nulle parce que j’ai oublié mes clés, déjà, c’est tirer des mauvaises conclusions. Et puis, assez intuitivement, on peut vite voir que c’est très amplifié par rapport à la réalité, la conclusion à laquelle j’arrive. C’est-à-dire que j’aurais pu me dire « Ah, je suis étourdie aujourd’hui. J’ai oublié mes clés et je me suis enfermée dehors. » Ça aurait déjà été très différent. Mais du coup, pour moi, là, l’idée, c’est en fait de désactiver un peu cette partie juge ou analyse en nous. Et de s’en tenir aux faits. À savoir, là pour la situation, de dire j’ai oublié mes clés et je me suis enfermée dehors. Et c’est tout.
Alexia C’est ça. Et même c’est rigolo parce que même le « je suis étourdie » que tu viens de dire en mode c’est moins vénère que je suis nulle… Mais déjà je suis étourdie c’est déjà un jugement sur toi. Alors qu’effectivement j’ai laissé mes clés à l’intérieur de l’appartement et maintenant je ne peux plus rentrer dans l’appartement… Ça c’est effectivement une observation.
Sacha Il faut être le plus neutre possible. Et finalement, en fait, ça se trouve, c’est même pas que tu as oublié tes clés, la vraie observation, c’est que tu n’as pas tes clés sur toi. Si ça se trouve, tu les avais mises dans ta poche de manteau et il y a quelqu’un qui les a prises dans ta poche de manteau parce qu’il en avait besoin pour autre chose. Et en fait, la vraie observation, c’est que tu n’as pas tes clés sur toi.
Adèle Juste pour une petite parenthèse, faire cet exercice et s’en tenir au fait, en psychologie, ça s’appelle la défusion avec ses pensées.
Alexia Ah ouais.
Sacha Et c’est pas facile.
Alexia Ouais, c’est pas facile.
Adèle Surtout quand ça porte sur soi-même. Parce que sinon, justement, on tire des conclusions sur nous-mêmes, là où il ne faudrait pas. Et ça peut générer plein de choses qui ne sont pas terribles.
Alexia Il y a des choses qui sont un peu subtiles, qui peuvent être une prédiction du futur. Par exemple, si je dis « Sacha, tu manges trop de bonbons et tu vas avoir des problèmes de santé. » « Tu vas avoir », c’est pas une observation. « Tu manges trop de bonbons », c’est pas une observation non plus. Une observation, ça serait, « Sacha, je vois que tu manges quand même trois paquets de bonbons par jour qui font chacun 100 grammes ».
Sacha C’est des mensonges, ça. Calomnies !
Alexia « Et je suis inquiète pour ta santé, car j’ai la croyance que manger trop de bonbons, c’est pas bon pour la santé. »
Sacha Prends rendez-vous chez le dentiste et on en reparle !
Adèle Là vous allez trop loin il y a plus d’étapes que juste l’observation, moi je précise. Factuellement qu’il y a beaucoup plus d’observations
Sacha Vous avez vu comme j’ai utilisé la technique de trouver le coupable pour détourner l’attention et j’ai attaqué Alexia ?
Alexia Je ne sais pas si c’est trouver le coupable là. Tu as changé de truc.
Adèle T’as détourné l’attention, petit magicien.
Alexia Trouver le coupable, ça pourrait être… « Oui, mais si on mangeait plus tôt, je n’aurais pas faim et je ne mangerais pas des paquets de bonbons et c’est de ta faute parce que tu rentres trop tard du travail. » Donc ouais, l’étape d’observation, c’est ça. Et c’est pas toujours évident. Ensuite, Sacha, puisque t’es si malin… Une attaque ! En fait, cet épisode, ça va être un truc où on fait que des agressions verbales. En parlant de communication non-violente. Donc Sacha, est-ce que tu veux bien me parler de l’étape du sentiment ? La deuxième étape.
Sacha Eh bien, pour moi, c’est également une observation, mais c’est une observation intérieure et non extérieure. Eh oui, je suis poète à mes heures perdues.
Alexia Ok ?
Sacha Donc on va analyser qu’est-ce qui se passe chez nous. Qu’est-ce que ça éveille cette situation ? Comment on se sent ? Est-ce qu’on se sent en colère ? Est-ce qu’on se sent triste ? Est-ce qu’on se sent ignoré ? Et d’une certaine manière c’est également un fait. Puisque c’est quelque chose qui nous est propre, réellement. Et on sait ce qu’on est en train de ressentir. Alors bon parfois on peut un peu se tromper, mais on sait ce qu’on est en train de ressentir. Donc ça reste un autre fait. En plus de l’observation du coup des faits extérieurs. Mais là c’est un fait intérieur qui est que eh bien je me sens agacé, par exemple.
Alexia C’est rigolo ce que tu dis, Sacha. Parce que je pourrais dire, par exemple, Sacha à me parler tout le temps du dentiste, tu m’énerves. Qu’est-ce que tu penses de ça ?
Sacha Bah c’est pas un sentiment, « tu m’énerves ». Déjà t’as utilisé « tu ». Donc ça c’est interdit. T’as pas le droit d’utiliser « tu ».
Alexia Voilà.
Sacha T’as pas encore donné cette règle, mais tu peux pas utiliser « tu ».
Alexia J’ai pas donné cette règle, mais c’est l’occasion. Alors, c’est quoi cette règle, Sacha ?
Sacha Bah dans cette règle… Alors je sais plus si c’est dans… Je pense que c’est dans toutes les étapes, d’ailleurs. On ne parle jamais de « tu ». C’est-à-dire qu’on ne fait pas une phrase où le sujet de la phrase, c’est l’autre. Parce qu’en gros…
Alexia Bah, sur l’étape d’observation, tu peux.
Sacha Oui, si, c’est vrai. « Tu manges des bonbons », c’est une… Ouais, on peut le faire.
Alexia Une observation, t’as le droit.
Sacha Ouais, c’est vrai. Donc pour l’observation, c’est bon. Mais en tout cas, pour les sentiments, il y a rarement des fois où on peut utiliser le « tu ». Puisque, en fait, les sentiments, c’est quelque chose qui est intérieur à soi. Et donc, du coup, c’est « je suis énervé par la situation actuelle », peut-être « par la façon dont tu te comportes », éventuellement. Donc le tu, il est là-dedans, mais le tu, il n’est plus sujet de la phrase.
Adèle Et sachant aussi que sur les expressions de ses sentiments ou de ses émotions, il faut aussi se méfier. Parce que moi, j’avais totalement oublié qu’il y a certains adjectifs qui vont aussi mettre une responsabilité sur l’autre et qui ne sont pas de l’observation. Par exemple, moi, j’ai tendance à dire que je me sens abandonnée. Mais en fait, quand je dis « je me sens abandonnée », le sous-entendu assez facile, c’est « tu m’abandonnes ». Enfin, je sais pas comment le formuler, mais c’est pas vraiment juste de l’observation de mes sentiments. Je peux me dire que je me sens pas en sécurité, que…
Alexia Tu te sens isolée, éventuellement ?
Adèle Ouais, c’est ça, effectivement. Mais quand je dis je me sens abandonnée, il y a déjà un jugement sous-jacent. Et du coup, il y a plein de…
Alexia Ouais, il y a des petits pièges.
Adèle Plein d’adjectifs aussi à proscrire ou plein de petits pièges pour vraiment rester sur un truc non jugeant.
Sacha Pour moi, il n’y a pas trop de problème à dire « je me sens abandonné ». Effectivement, il faut se rendre compte que ce n’est pas anodin. Parce que si on dit « je me sens abandonné », on place l’autre personne dans le rôle de celle qui est responsable du fait qu’on se sent abandonné. Donc effectivement, comme si c’était elle qui nous a abandonné. Mais justement, on ne dit même pas « j’ai l’impression que tu m’abandonnes » ou « tu m’abandonnes ». On dit juste « je me sens abandonné ». Et c’est quelque chose qui potentiellement n’a rien à voir avec, ni la volonté de la personne, ni son action directement. Peut-être que si la personne, je ne sais pas, va au travail, on lui dit « je me sens abandonné », bon…
Adèle Mais en fait, c’est un peu aussi, je pense, parce que c’est des cumuls d’autres émotions qui gagneraient à être décrites. Par exemple, on avait parlé dans l’épisode de la jalousie du fait que c’était un mélange de plein d’émotions. Je pense que quand on se sent abandonné, en fait, il y a plein de choses derrière. Et l’idée de la communication non-violente, c’est aussi vraiment, on va le voir sur les étapes d’après, mais de pouvoir isoler des besoins et des demandes. Et si on n’a pas fait ce premier travail par rapport à notre vécu intérieur, on ne va pas pouvoir le faire sur les besoins et donc sur les demandes. Donc, je pense que c’est aussi une précaution pour être précis et aller faire une demande adaptée par rapport à ce qu’on est en train de souligner.
Sacha C’est vrai que ça peut être assez facile de se mettre dans une position éventuellement de victime assez forte. Je veux dire, il y a toute une époque avec Alexia, quand on passait la plupart de nos soirées ensemble… Lorsqu’elle sortait avec d’autres personnes, je lui disais sur le ton de la blague, même lorsque ça ne me gênait pas, je lui disais « tu m’abandonnes ». Et en fait c’était très lourd et très compliqué. Et en fait c’était facile de dire ça. C’est facile de se mettre un peu dans la position de victime. Ou la position de personne qui n’est pas en train de faire quelque chose de mal. Même si Alexia ne faisait pas quelque chose de mal. Mais en tout cas elle n’était pas en train de faire quelque chose qui était en faveur de la relation. Et donc, du coup, dire « tu m’abandonnes », c’était très facile. Et donc, peut-être que même si je l’avais mieux exprimé dans le cas d’une communication non-violente, etc., j’aurais peut-être pu dire « je me sens abandonné »… Mais en fait, en réalité, t’as raison, Adèle, que si j’y réfléchis vraiment, en fait, je me sentais probablement pas du tout abandonné. C’est juste que c’était un terme facile à utiliser et qu’il faut faire attention à utiliser les bons termes. Mais je pense, pour le coup, que si on se sent réellement abandonné, eh bien, c’est tout à fait légitime et important de le dire.
Alexia Ouais, c’est ça. Moi, je dirais qu’il faut pas… Enfin, il y a des mots qu’on peut utiliser dans certains cas et qui sont moins intéressants dans d’autres. L’idée, c’est qu’on fait au mieux. On a une quantité de vocabulaire qu’on a l’habitude d’utiliser. Il y a un autre type de vocabulaire qu’éventuellement, on a moins l’habitude d’utiliser. Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas habitués à faire le point sur leurs sentiments, sur leurs émotions. C’est pour ça qu’il y a des gens qui ont développé la roue des émotions, dont on a parlé dans un autre épisode, il me semble.
Sacha On pourra remettre le lien.
Alexia C’est ça, mais qui est un petit outil. C’est très simple, mais qui propose des mots de vocabulaire pour essayer de se dire, OK, qu’est-ce que je ressens, en fait. Et essayer de regarder les mots et se dire lequel correspond à mon sentiment, quoi. Ou lesquels, parce que comme tu disais, Adèle, souvent, il y a un mélange de choses, quoi.
Adèle Je crois d’ailleurs que ces roues, elles marchent très bien aussi avec des enfants et avec des couleurs. Pour les aider à pointer ce qu’ils sentent quand ils ne sont pas forcément en capacité de le dire. Donc voilà, ça peut aussi avoir un intérêt avec des plus petits.
Alexia On n’est pas égaux aussi face à l’utilisation du langage et la recherche des mots adaptés à une situation exacte. C’est facile pour certains ou certaines et pour d’autres, c’est vraiment plus compliqué. Vraiment, on fait au mieux et c’est quelque chose où on peut s’exercer. Vraiment, plus on s’exerce à essayer de dire comment on se sent, plus on est capable de le faire. Ok pour les sentiments. Est-ce que Adèle, tu veux bien nous parler de l’étape du besoin ?
Adèle Pour moi, l’étape du besoin, ce serait de réussir à souligner… Pas le problème qu’il y a derrière, mais un petit peu en quoi ça souligne quelque chose qui fait défaut et qu’on cherche à pointer parce que ça ne va pas. Je ne suis pas très claire, mais dans la situation que Sacha décrivait, il y avait probablement de sa part un besoin d’être accompagné dans le fait de faire la cuisine. Et du coup, c’est ça qu’il faudrait verbaliser à cette étape. Je constate que tu n’étais pas dans la cuisine avec moi. Ça, c’est la première étape. Ça me génère de l’agacement ou du stress pour x ou y raison. Et j’aimerais que tu sois avec moi en train de m’aider à préparer.
Alexia Ah, tu fais déjà direct sur l’étape de la demande sans passer par la case départ, là ! Du coup sur l’étape du besoin, oui. Et dans la situation que tu utilises pour illustrer je dirais que peut-être que le besoin de Sacha c’était… J’aime bien comment on théorise sur le besoin de Sacha qui est là et qui dit rien. Le besoin de Sacha c’était peut-être de faire un point sur la situation et de se mettre d’accord sur à quel point c’était urgent de faire la cuisine.
Adèle Oui, ou peut-être que son besoin, c’était de se sentir soutenu par rapport à l’accueil de sa méta.
Alexia Ou peut-être que son besoin, c’était d’être globalement plus reposé. Et qu’il aurait aimé dormir plus et qu’il faut trouver un moyen pour qu’il ne soit plus dans cette situation à l’avenir. Sacha, qu’est-ce que tu en penses ?
Sacha Non, le besoin, c’était juste que le repas soit prêt à temps, c’est tout.
Alexia Ah ouais… Non. Laisse-moi t’expliquer, Sacha, ce dont tu as besoin. Mais oui, effectivement. Je vais essayer de reprendre ce que je disais tout à l’heure. C’est-à-dire sur le premier truc que j’ai appris de la communication non-violente. C’est-à-dire observation plus croyance entraine un jugement, une évaluation de la situation, ce qui entraine des sentiments. En fait, du coup, la recherche du besoin, c’est d’aller voir quelle est l’évaluation de la situation et de quelle croyance ça provient. Et par exemple, dans la situation de Sacha, son stress, ça venait de la croyance qu’il fallait faire à manger vite, par exemple. Que c’était prioritaire. Et en allant chercher ces croyances qui font qu’on évalue la situation d’une certaine manière, on peut trouver des choses qui ressemblent à des besoins. Dans le truc où on se sent abandonné, peut-être que notre besoin, c’est d’avoir un mot doux ou de savoir quand la personne va rentrer. Ou d’être accompagné. Et peut-être que notre besoin, ça sera de passer un coup de téléphone à une amie pour se sentir avec quelqu’un, en connexion, pendant un moment où on était tout seul.
Sacha Et ce qui est intéressant, c’est que parfois, on peut se rendre compte qu’en fait, il n’y a pas réellement de besoin. Et qu’on ressent des trucs et qu’il n’y a pas vraiment de raison.
Alexia Éventuellement il n’y a que des croyances et on arrive à les déconstruire et il n’y a plus de problème !
Sacha On est choqué parce que, je ne sais pas, la personne a débarqué et ne nous a pas dit bonjour convenablement. Et en fait, on se dit, mais en fait, je me sens vexé. Mais pourquoi, en fait, je me sens vexé que cette personne ne m’ait pas dit bonjour convenablement ? Peut-être que j’ai besoin que cette personne me dise bonjour parce que ça me fait vraiment trop bizarre sinon. Ou peut-être que juste, en fait, j’accepte que cette personne, ce n’est pas une personne qui dit trop bonjour et qu’il n’y a pas de problème. Et en fait, je n’ai pas de besoin et il n’y a pas de problème. Et j’ai pas présupposé qu’elle m’a pas dit bonjour parce que c’est une personne très mal élevée qui respecte personne.
Alexia Ou qui te déteste profondément. Moi je suis là j’alimente les mauvaises choses. Ok, Sacha, est-ce que tu peux nous parler maintenant de la quatrième étape, l’étape de la demande ?
Sacha L’étape de la demande, c’est de faire une proposition concrète pour résoudre le problème. Ou pour avancer dans cette discussion. Et donc partir du ou des besoins qu’on a identifiés précédemment, et en faire une demande concrète. Par exemple, si on a besoin d’aide pour faire la cuisine, faire une demande, de dire est-ce que tu peux te dépêcher ? Éventuellement, pour que ce soit pas trop violent, de dire… Normalement, il y a besoin d’expliquer les quatre étapes avant. Si on fait que la demande, ça peut paraitre très sec. Mais du coup, la demande complète, ça serait… Je vois que tu prends plus de temps que ce que je pensais que tu prendrais pour te préparer. Ça me fait me sentir stressé. J’aurais besoin d’être plus confiant sur le fait que le repas va être prêt à temps. Est-ce que tu peux être là dans les cinq minutes qui viennent ?
Alexia Et oui, et voilà, tu sais utiliser la communication non-violente. Bravo, Sacha ! Il y a un problème avec la communication non-violente comme ça, c’est que c’est quand même très artificiel. La façon dont tu viens de formuler les choses, Sacha, je pense que beaucoup de gens ne sont pas habitués. Et ils diraient, mais pourquoi tu me parles comme ça ? C’est bizarre. Arrête.
Sacha C’est parce que je suis un robot.
Alexia C’est bien ce qu’il me semblait, ouais. Alors que c’est moi, AlexIA. Bon, j’arrête avec cette blague.
Sacha On a le droit de couper au montage ?
Alexia Tu fais ce que tu veux. Non, non, pas ce que tu veux. Et ce que je voudrais dire, c’est qu’on a vu ces différentes étapes. Le livre, en l’occurrence, les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), préconise d’utiliser ces étapes pour formuler sa demande. Après, dans la pratique, une fois qu’on a compris un peu comment ça marchait, je trouve que c’est pas obligé de suivre les étapes dans l’ordre. Par exemple, je peux dire quelque chose comme… Par exemple, imaginons que je suis avec une partenaire et qu’elle n’arrête pas de me dire « Oh là là, le restaurant où on est allé ce soir, c’était vraiment nul. En plus, c’était pas bon ce qu’ils ont cuisiné, etc. » Et elle dit beaucoup de mal du restaurant. Si ça se trouve, moi, ça me fait me sentir pas bien qu’elle dise ça parce que c’est moi qui ai choisi le restaurant, par exemple. Et je peux dire, « Est-ce que tu veux bien arrêter de me dire que le restaurant de ce soir était nul ? J’ai passé du temps à le choisir et j’espérais qu’il soit bien. Et comme tu insistes sur le fait qu’il ne t’a pas plu, ça me fait un peu me sentir coupable. » Bon bah c’est ok de dire ça comme ça, ça reste de la communication non-violente quoi.
Sacha Faux !
Alexia Ah bon ?
Sacha Tu n’as pas respecté les quatre étapes, ce n’est donc plus de la communication non-violente.
Alexia D’accord, bon bah écoutez. L’épisode est annulé.
Sacha Pour le coup, c’est important de savoir de quoi on parle. C’est-à-dire qu’effectivement, communication non-violente, c’est quand même un terme qui a le problème d’être trop explicite et générique. Et en fait, quand on parle de communication non-violente avec des guillemets, on parle de la méthode de Marshall Rosenberg qui est ces quatre étapes dans l’ordre. Et si on ne fait pas exactement ces quatre étapes dans l’ordre, eh bien, c’est plus la communication non-violente, entre guillemets. Mais c’est une autre forme de communication qui n’est pas violente aussi, mais… Et qui n’est pas forcément moins bien, loin de là. Mais je pense que c’est important. Je ne sais pas à quel point on était clair depuis le début de l’épisode, que communication non-violente, c’est même, je ne sais pas… Une marque déposée, ou je ne sais pas exactement quelle est la structure juridique derrière. Mais c’est une méthode précise. Et quand on parle de communication non-violente, souvent on parle de cette méthode précise. Mais comme c’est un terme très générique aussi, parfois les gens parlent de communication non-violente pour parler d’autres types de méthodes. Par exemple la méthode d’Alexia qui mélange l’ordre.
Alexia Qui utilise les principes de communication non violente, marque déposée. En tout cas, moi, vraiment prendre conscience de ces choses-là, du fait que mes sentiments m’appartiennent, que mes sentiments sont provoqués par des choses beaucoup à l’intérieur de moi. Alors après, si quelqu’un vraiment me manque de respect… Je dirais qu’il ne faut pas non plus se dire à chaque fois que c’est OK d’être maltraité par quelqu’un. Parce que tout ce que la personne me dit, tout ce qui me blesse, c’est dû uniquement à des croyances que j’ai dans ma tête. Non, il ne faut pas tomber dans cet extrême non plus, quoi.
Sacha Après, comme dans la plupart des outils dont on parle, et à chaque fois qu’on parle de communication, c’est quelque chose qui ne fonctionne pas si jamais on est face à quelqu’un de mal intentionné en face. Et potentiellement, c’est même pire. Utiliser tout un tas d’outils, peut-être celui-là, je ne sais pas… Mais face à quelqu’un de mal intentionné, parfois c’est pire.
Alexia Oui, pour qu’une communication fonctionne, effectivement, il faut déjà que les deux personnes veuillent vraiment communiquer. Là, on part du principe qu’on veut aussi le bien de l’autre, qu’on n’est pas dans la manipulation ou ce genre de choses.
Adèle Oui, en fait, je crois que c’est Thomas d’Assembourg qui a repris les principes de la communication non-violente et qui le remettait en situation. Et disait qu’on avait tendance à ignorer ou à méconnaitre nos propres besoins. Et qu’on avait aussi tendance à communiquer des choses abstraites qui ne mènent pas à une demande et qui ne permettent pas de résoudre le problème. Et du coup, il y a des situations qui se répètent. Qui sont désagréables. Et qui ne permettent pas finalement aux deux interlocuteurs concernés d’arriver à une résolution douce du problème. Et que finalement c’était plus un problème de méthode qu’un problème de fond. Donc là c’était pour remettre dans une situation où les deux personnes sont volontaires, justement, pour ça. Et du coup, la communication non-violente, elle vise à répondre à ça. Le fait qu’il y ait deux personnes qui veuillent interagir ensemble et qui arrivent pas très bien et qui sont maladroites dans leur communication, en fait.
Sacha Donc ça ne marche pas toujours très bien, cette méthode, et donc c’est le moment d’en dire du mal.
Alexia C’est parti ! Sacha on te passe le micro pour cette section.
Sacha Non, c’est important de souligner que la communication non-violente, c’est quelque chose dont les gens parlent quand même pas mal, c’est un peu à la mode, etc. Et ce n’est pas forcément non plus la solution à tout. Et donc, notamment, un des problèmes qu’il y a, c’est de vouloir en faire une solution à tout. Et donc de vouloir dire qu’il ne faut faire que de la communication non-violente. Et de commencer à attaquer les gens de manière plus ou moins gentille sur le fait qu’ils n’utilisent pas correctement de la communication non-violente. Et donc si quelqu’un n’a pas la connaissance, par exemple, de ça, ou alors utilise une formule un peu trop passive-agressive, de lui tomber dessus. En lui disant « Ah bah non, il faut absolument que tu fasses la communication non-violente » et de tout vouloir faire passer là-dessus.
Alexia Ah non, non, tu peux pas le dire comme ça, Sacha. Il faut que tu dises « Je remarque que tu n’utilises pas les principes de la communication non-violente. Ça me procure un sentiment d’insécurité. J’aurais besoin que tu suives exactement les étapes observation, sentiment, besoin et demande. Est-ce que tu peux le faire, s’il te plait ? »
Sacha Non, merci.
Alexia Mais oui, oui, décrédibiliser toute autre forme de communication, bah non, en fait.
Sacha Et supposer que cette forme de communication est meilleure que toutes les autres. Et donc refuser éventuellement d’utiliser d’autres. Ou imposer cette méthode-là à d’autres personnes. Parce que finalement c’est une méthode un petit peu aussi inhabituelle, un peu trop robotique, peut-être on en a parlé, etc. Comme c’est une méthode qui est assez artificielle et qui n’est pas complètement naturelle, ça peut être intéressant aussi de demander l’autorisation à la personne avec qui on parle de l’utiliser. Et pas juste de l’imposer comme si c’était la bonne manière et d’imposer d’utiliser cette méthode artificielle à quelqu’un qui peut-être n’a pas du tout envie de l’utiliser. Parce que ça ne lui convient pas ou parce qu’elle n’a pas l’énergie pour apprendre cette nouvelle méthode sur le moment.
Alexia Oui, d’ailleurs, on ne l’a pas dit, mais un besoin pour la communication non-violente, c’est que ça prend vraiment du temps, potentiellement. On n’a pas toujours le temps de faire toutes les étapes.
Adèle Et puis, ça demande quand même de l’entrainement, on ne va pas se mentir. Les quatre dimensions qu’on a listées, à titre personnel, ça peut être difficile. J’expliquais tout à l’heure qu’on a un peu nos schémas de pensée très jugeantes, finalement, qui sont très en place. Et rien que défusionner, c’est compliqué, ou ça peut être compliqué. L’exprimer à un tiers, c’est aussi une autre difficulté. Et trouver les bons mots pour le dire, ça peut être difficile. Donc on n’est pas forcément compétent d’office sur cette technique. Et puis elle va demander des efforts sur, par exemple, l’introspection. Et moi, je sais que j’ai eu des partenaires qui ne voulaient pas faire d’introspection. Donc déjà, ça ne permet pas nécessairement d’utiliser cette technique.
Alexia Il y a des gens qui ne veulent pas, il y a des gens qui ont beaucoup de mal à le faire aussi, comme je disais sur l’étape du sentiment. Parfois, on ne va pas bien et on ne sait pas pourquoi. On a envie de bouder et on ne sait pas pourquoi. La communication non-violente ne nous aide pas beaucoup là-dessus.
Adèle Oui, j’allais ajouter qu’il y a une question de temporalité. Pour moi, dans une discussion, faire ces quatre étapes en live, ça peut aussi être difficile. Donc j’avoue que moi, je préfère utiliser éventuellement d’autres outils par rapport à cette raison-là. Qui fait que ça peut me prendre du temps sur certaines étapes et du coup, je ne vais pas être compétente directement pour faire les quatre étapes d’un coup.
Alexia C’est des outils que tu nous présenteras bientôt ?
Adèle Euh, oui, peut-être.
Sacha Cet outil de la communication non-violente, il a un autre problème aussi, qui est que c’est un nom déposé, il y a le livre qui va avec pour qu’il soit vendu.
Alexia Il est très bien, achetez-le !
Sacha Voilà, d’une certaine manière, c’est quelque chose qui est fait pour faire de l’argent. Alors peut-être pas que ça, mais en tout cas, c’est quelque chose qui est fait pour faire de l’argent.
Alexia Vous pouvez le pirater.
Sacha Il est présenté comme étant super. Il y a une grosse communauté derrière qui fait un peu côté sectaire, en fait. De « nous on utilise ce truc-là, on suppose que ce qu’on fait c’est mieux que tout le monde ». Alors que finalement il n’y a derrière aucun résultat scientifique qui va dire que cette méthode est efficace, par exemple.
Alexia D’ailleurs alors attendez parce que c’est le moment où je veux dire, c’est un livre très énervant. Pourquoi ? Parce que l’auteur, du coup, Marshall Rosenberg, il présente plein de situations qui sont horribles… En mode il est dans une situation horrible de racisme ou je sais pas quoi. Et à chaque fois il est là et moi j’arrive et je lui ai demandé quel était son besoin machin. Et t’es là genre mais ta gueule en fait. Il est si énervant genre… Ah oui, parce que c’est vraiment… Enfin, t’as l’impression vraiment que c’est Monsieur Parfait. Il arrive, il dit deux, trois mots et les gens vont s’ouvrir à lui dans leur plus grande bienveillance. Et c’est énervant. Et ce qui est marrant dans le livre, c’est qu’il raconte un moment où quelqu’un lui dit ça. C’est-à-dire dans un atelier, il y a quelqu’un qui fait « Ah, mais vous êtes super énervant ! » Et il fait… Il répond un truc du genre… J’ai l’impression que vous êtes frustré parce que je ne fais que raconter des réussites que j’ai eues avec la communication non-violente. Et du coup, le gars à l’atelier qui fait « Oui, c’est insupportable ! » Et Marshall Rosenberg qui fait… « Vous voudriez peut-être que je parle aussi des moments où la communication violente n’a pas fonctionné ? » Et en fait, oui, tu vois, mais il continue à être énervant. Donc c’est vraiment un aspect du livre où il faut passer outre. Et je serais pas étonnée qu’il y ait des gens qui n’arrivent pas à le lire à cause de ce ton qui peut être perçu comme assez pédant, quoi. Je sais pas ce que ça veut dire, pédant, mais…
Sacha Un reproche qui est fait parfois à la communication non-violente, c’est le côté de se dire que tout peut être résolu par la communication. Face à un acte de racisme, comme tu disais, Alexia, que la communication non-violente serait la clé là-dessus. Et donc, en fait, ça détourne l’attention des vrais problèmes en disant que la communication, c’est la solution à tout. Tout en ignorant qu’il y a du racisme qui est beaucoup trop présent dans la société, qui fait partie même de la société intégrante. Qu’il y a des oppressions. Des oppressions au travail, par exemple, etc. Et comme si… La communication non-violente, il me semble que c’est utilisé de plus en plus au travail. Et c’est aussi un peu quelque chose qui va venir cacher le fait qu’il y a des vrais problèmes structurels dans certaines entreprises. Et qu’on va la masquer par le fait qu’il y a de la communication non-violente. Et où on va venir accuser les représentants des salariés, par exemple, qui n’utiliseraient pas le bon langage pour faire remonter des problèmes extrêmement graves..
Alexia Et qui vont essayer de tout saupoudrer d’une bienveillance, un terme qui est maintenant complètement galvaudé. Je sais pas ce que ça veut dire galvaudé non plus. Non mais moi je vibe parle. Je parle de façon approximative.
Adèle Il y a un truc qui, moi, parfois, m’a mis en échec avec la communication non-violente. Et je n’ai pas l’impression que ce soit énormément mis en avant, justement. C’est que, parfois, quand on fait une communication non-violente, on n’est pas entendu. Je vais prendre un exemple d’un partenaire où un matin, il avait tiré la couette pour me faire me lever. Et du coup, je lui avais dit qu’il avait tiré la couette, que ça m’avait surprise et mis de mauvaise humeur pour le début de la journée. Que j’avais besoin d’un peu de douceur le matin et que j’aurais préféré qu’il me demande de me lever ou qu’on trouve une manière d’avoir un lever plus agréable pour moi. Et je l’avais dit avec un sourire, sans m’être énervée au moment où il avait tiré la couette. Et du coup, il ne m’a pas pris au sérieux parce que je ne me suis pas énervée. Et j’essayais d’être good vibes et de ne pas me montrer grognon et de prendre le thé avec lui et de sourire et de faire des blagues et tout. Et du coup, il ne comprenait pas que ça m’avait vraiment énervée parce que je disais que ça m’avait agacée, que ça m’avait énervée. Mais le dire et le montrer, ce n’est pas pareil. Et pour lui, mon émotion n’était pas lisible parce que je la verbalisais. Et ça, c’est un exemple bidon, mais en fait, ça arrive dans des situations un peu plus graves où il y a vraiment un besoin fort d’être entendu derrière. Et ça, c’est extrêmement frustrant pour moi. Et il y a des moments où je me dis, si je ne suis pas en train de hausser le ton ou de, limite… Face notamment à un de mes partenaires, si je ne suis pas en train de vraiment m’énerver, voire de grogner, il ne m’entend pas, il ne comprend pas qu’il y a un problème. C’est fou quand même.
Alexia Ouais, il peut y avoir un décalage comme ça entre le verbal et le non-verbal. Moi, j’ai vu le truc inverse qui était, il y a quelqu’un qui était gentil, qui disait des choses plutôt positives et tout. Mais j’avais l’impression que la personne était genre ultra énervée et était à deux doigts de péter un câble. Et du coup, ça m’a fait trop bizarre. J’étais là, mais… Enfin, je n’ai pas sauté sur des conclusions, mais je me demande… Enfin, je pense que ça arrive aussi d’essayer d’adopter de la communication non violente, mais en… Enfin, ou de dire des choses positives, mais qui masquent potentiellement un état qui est plutôt négatif. Où tu ne te sens pas bien et tu essaies de faire comme si ça allait bien, mais en fait, ça ne va pas, quoi.
Adèle Oui, et d’ailleurs, je pense qu’il peut y avoir une confusion entre une communication non violente et finalement le fait de masquer sa colère ou ses émotions négatives. Et ça, c’est un biais. Et je pense que le truc compliqué, c’est de comprendre qu’on a le droit d’être en colère dans la CNV. On a le droit d’exprimer des choses qui ne sont pas bien, en fait. Moi, c’est le premier truc qui m’avait choquée, justement, quand j’avais entendu parler de la CNV. C’était à travers, du coup, le petit bouquin « Cessez d’être gentil, soyez vrai ». Et dedans, justement, il parlait de communication non-violente, mais il incitait à verbaliser, justement, les énervements. Et j’étais là « Ah bon ? Mais c’est pas violent, ça ? » Et je me souviens que ça m’avait fait des nœuds au cerveau.
Alexia Marshall Rosenberg, dans son livre, il dit quand même que la colère a tout le droit d’être là et que c’est bien de l’exprimer. Tu peux dire « je suis en colère » et tu peux agir en étant en colère et tu peux hausser le ton. Ce sont des choses qui sont acceptées par la méthode…
Sacha Officielle !
Adèle Officielle !
Alexia officielle.
Sacha Et ta situation, Adèle, ça me fait penser à un autre travers de la communication non-violente, et notamment éventuellement de la communauté, si on peut dire, qui est autour. C’est que dans ce que tu as décrit comme situation, on pourrait te reprocher à toi, comme si toutes les choses étaient ta faute, parce que tu n’as pas bien utilisé la communication non-violente. Par exemple, Alexia dit qu’on a le droit d’utiliser, d’hausser le ton et de manifester sa colère, ben tu l’as pas fait. Et en plus, quand tu l’as dit, moi ce qui m’a marqué, la manière dont tu l’as dit, c’est ta demande, tu as dit « je préférerais que tu ne tires pas la couette ». Et tu n’as pas dit « est-ce que tu peux arrêter de tirer la couette ? » Et donc du coup, comme tu as mal utilisé la méthode, c’est ta faute, et toute cette situation est de ta faute. Et ça, c’est un discours qu’on peut entendre autour de la communication non-violente. Qui est que si ça ne marche pas, s’il y a des problèmes autour, c’est parce que les gens ne l’utilisent pas assez bien. Et du coup, c’est grave, parce que ça pose plein de problèmes, ça retourne le stigmate, ça fait plein de trucs assez problématiques.
Adèle Oui, et puis sans parler du fait qu’à priori, quand on est la personne qui vient pour exposer une situation qui nous pose problème… On est justement la personne qui a des émotions potentiellement négatives. Et du coup, cette communication, elle se repose sur le fait que nous, on est en train de faire le taf, quoi ! On va tout bien décortiquer, très simplement, pour arriver avec une solution à proposer à la personne. Et d’ailleurs, si elle nous dit non, il faut qu’on parte avec le sourire en disant très bien, pas de souci, bisous. Moi, je trouve ça un peu aussi compliqué quand on est dans une situation où on a un problème qui a un enjeu pour nous et où tout repose un peu sur nos épaules.
Alexia Ouais. Mais comme on disait, la communication, ça se fait à deux. Et c’est vrai que c’est difficile d’être une seule personne sur les deux qui fait de la communication non-violente et l’autre qui dit « va te faire foutre, quoi ».
Sacha Après, je ne sais pas ce qui est dit exactement dans le manuel officiel, mais…
Alexia Moi, je vais te dire, moi. Je le connais par cœur, vas-y.
Sacha Une fois que la demande est faite, si jamais effectivement c’est un non qui est en face…
Alexia T’as le droit de dire non.
Sacha Pour moi, si ces deux personnes, notamment si on parle par exemple d’une relation amoureuse où chacun veut vraiment le bien de l’autre complètement… En fait, pour moi, un non ne devrait pas s’arrêter au non. C’est-à-dire que tu me fais une demande, est-ce que tu peux arrêter de tirer la couette ? Bon, ça serait un peu abusé que je dise non. Mais je pourrais dire non, ça, je ne peux pas trop le faire, mais est-ce que…
Alexia Oui, c’est vraiment abusé.
Sacha Je pourrais à la place le faire en mettant de la musique ? Comme ça, ce sera plus doux. J’en sais rien, je ne sais pas. Mais en tout cas, d’essayer de trouver quelque chose qui convient à tous les deux. Bon, là, l’exemple est très mauvais parce que ce n’est pas sympa de dire non, mais… Mais voilà, d’essayer qu’un non soit toujours accompagné d’une contre-proposition, qui essaye de répondre aux besoins. Puisqu’on fait équipe, on veut que tout le monde se sente bien. Donc du coup, si c’est non, effectivement, ce que tu me demandes là, non, c’est pas vraiment acceptable, c’est pas juste pour moi. Mais est-ce que je peux te proposer telle autre chose qui me parait résoudre ton problème et qui pourrait être juste pour nous deux ?
Alexia Par exemple, moi, je suis misophone, c’est-à-dire que ça peut me stresser les bruits de bouche ou quand quelqu’un mange à côté de moi.
Adèle Ah, moi aussi, en fait. Je ne savais pas, je viens de découvrir un truc sur moi-même.
Alexia Et il y a vraiment des moments où ça me tend terriblement. Alors, soit au bureau, ça arrive qu’il y ait des collègues qui mangent au bureau. Soit je suis posée dans le salon et je lis et il y a un colloc qui vient manger des trucs à côté de moi. Et ça m’énerve ! Mais du coup, ça m’énerve apparemment pas assez pour que… En l’occurrence, ce que je fais, c’est que souvent, je m’en vais. Ou alors, je mets mon casque et je mets beaucoup de musique. Mais je pourrais faire la demande… Oui, pendant qu’on travaille, est-ce que tu pourrais éviter de manger ? Et la personne, elle dit, je ne vais pas éviter de manger, mais je peux aller manger ailleurs, par exemple. Ou je peux te prévenir ou te demander… Parce qu’en fait, il y a des jours où je suis plus misophone que d’autres. Et une collègue peut me dire, est-ce que c’est OK si je mange une pomme maintenant dans le bureau ? Et je peux dire, oui, d’accord, je vais mettre mon casque. Et comme ça, je me sens respectée, je peux m’épargner les bruits, etc. Comme dit Sacha, normalement, on peut dire non à une demande. Sinon, ça ne serait pas une demande, c’est une exigence. Et la demande, c’est juste une proposition de solution pour se sentir mieux. Et l’idée, c’est qu’on va travailler ensemble pour trouver une solution qui respecte tout le monde.
Sacha Il reste d’autres choses à dire de mal sur la CNV.
Alexia Et ça y est !
Sacha Un autre truc, c’est que la CNV, c’est quand même très associé à des… J’ai parlé du fait qu’il n’y avait pas vraiment d’aspect très scientifique derrière. Mais au-delà de ça, c’est beaucoup associé à un côté un peu New Age, divin. Il y a toute une porosité avec le milieu des croyances. Le New Age, c’est les croyances alternatives de nos jours. Et ça vient avec plein de trucs assez malsains qui vont derrière. Qui sont que, par exemple, si jamais tu es en conflit avec quelqu’un, ça serait parce que tu n’es pas connecté à ton besoin fondamental. Que tu manques de créativité. Plutôt que d’autres raisons qui vont être plus tangibles. Et voilà, c’est cette idée de, si jamais tu n’arrives pas à utiliser correctement la communication non-violente, c’est vraiment que tu n’es pas suffisamment connecté à ton besoin. Et quand toi, Adèle, tu vas le décrire de manière un peu plus scientifique, c’est difficile d’analyser ses besoins, eux, ils vont dire, non, t’es pas bien connecté, c’est un peu ta faute.
Alexia Dis surtout pas ça à notre colloc s’il te plait On a un colloc qui s’amuse beaucoup à mal utiliser la communication non-violente. Par exemple, on lui a dit qu’il ne fallait pas dire « il faut » justement. Parce que quand tu dis « il faut »… Il y a un passage dans le livre de Rosenberg qui dit c’est important de penser en termes de besoin et pas en termes de devoir. Parce que le devoir, ça te contraint, etc. Et donc, il y a un truc de ne pas… Enfin, éviter les phrases qui commencent par « il faut ». Et notre colloque l’a repris et il fait… À chaque fois qu’on dit « il faut », il fait… Tu sais que quand tu dis il faut, tu te coupes de tes besoins naturels. Il y a un autre truc qu’il fait. On lui a dit, tu ne peux pas accuser les gens. Il faut que tu dises ce que tu ressens. Et il fait, « je ressens que tu es un énorme connard ». Bon, big dédicace à lui. On rigole bien, mais il utilise mal la CNV. Mais il l’utilise très bien par ailleurs.
Adèle À l’inverse, vu qu’on en est au racontage des anecdotes, moi, j’avais vu un spectacle d’impro où c’était la famille parfaite qui utilisait la CNV et c’était super. Et en fait, à un moment donné, pour résoudre une situation, ils avaient une dispute où ils utilisaient de la communication bien violente et ils étaient là, ça fait du bien, c’était super. Ils se faisaient un énorme câlin et c’était trop, trop drôle. Fin de l’anecdote.
Alexia Il y a des gens qui font ça. Qui se disent ok on va se mettre tel cadre et durant dix minutes on peut se dire les pires atrocités, pour tout sortir quoi. Ne reproduisez pas ça chez vous.
Sacha Je ne sais pas si ça fonctionne chez tout le monde et si ça ne peut pas poser des problèmes de ressentir des attaques.
Alexia À la fin, tout le monde est blessé et pleure. Excellent !
Sacha Une dernière critique à dire sur la CNV, ou plutôt même son fondateur, c’est que j’ai entendu dire qu’il ne reconnaissait pas l’existence des maladies psy. Voilà, donc…
Alexia Ah ouais.
Sacha Ça en dit long.
Alexia Je ne savais pas ça.
Adèle Si tu as une maladie psy, c’est que tu es déconnecté de tes besoins naturels, voyons.
Sacha Probablement.
Adèle Quel enfer.
Alexia Ouais. Bon bah écoutez. On va prendre ce qu’il y a à prendre et laisser ce qu’il y a à laisser.
Sacha Et est-ce que vous avez l’impression que la communication non-violente, ça a une présence particulière dans le monde polyamoureux ?
Alexia Tu parles de la CNV exactement ou du fait de faire attention à comment on parle ?
Sacha Un peu des deux, mais surtout la CNV, puisque c’est là le sujet.
Alexia Moi, je me rends pas trop compte. En réalité, je vois pas beaucoup de gens vraiment utiliser ça, quoi. Utiliser avec toutes les étapes.
Sacha Je pense que j’entends plus les gens en parler que l’utiliser.
Alexia Ouais, c’est ça. Et en parler, je pense que c’est pas mal dans les milieux polyamoureux. Mais aussi les milieux militants, les milieux un peu progressistes, quoi.
Sacha J’ai l’impression que ça a pu être utilisé… Il y a toute une période d’ailleurs, qui heureusement on en revient… Mais dans les milieux polyamoureux où on responsabilisait un petit peu trop les gens qui se sentaient jaloux, qui se sentaient en insécurité. En disant t’es responsable de ton vécu, t’es en relation non monogame donc démerde-toi si t’es jaloux, c’est ton problème. Et que la CNV peut être un outil dans ce truc problématique. Pour l’utiliser… Comme la CNV, il y a un peu ce côté de « je ressens, j’ai mon besoin », etc., de dire « c’est ton ressenti, c’est ton besoin, démerde-toi un peu avec ».
Alexia Après, ça, c’est une façon de mal utiliser la CNV. Où quand même, vraiment, tout le propos du truc, c’est de faire attention aux autres, d’être à l’écoute et d’essayer de trouver des solutions ensemble. Mais oui, mais après, moi, encore une fois, je crois que j’utilise beaucoup les concepts sur lesquels repose la CNV. C’est-à-dire, encore une fois, le truc observation plus croyance égale jugement, puis sentiment. Et ça, ça me permet vraiment de développer une façon de parler qui fait que je me sens très peu heurtée dans mes liens et dans les personnes avec qui j’échange. Parce qu’en fait, on utilise ça bien, ces principes, je trouve.
Adèle S’il y a déjà la volonté d’écoute et de bienveillance des deux côtés et de comprendre le vécu de l’autre, effectivement, c’est un bon terreau pour que la discussion se passe bien.
Alexia Ouais de vraiment avoir conscience que toi même t’as des besoins et que c’est ce qui va provoquer certaines choses. Et que l’autre a des besoins aussi et qu’on essaie de se démerder avec tout ça quoi
Adèle Justement, moi, par exemple, j’ai des difficultés à exprimer des besoins d’une manière simple et concrète. Qu’ils ne soient pas des besoins absolus du genre j’ai besoin d’amour ou je ne sais pas. Du coup, ça m’aide aussi si la personne en face m’aide à formuler ce besoin. On ne va pas développer là parce qu’on n’a pas nécessairement le temps ou l’espace de développer tous les autres outils. Mais il y a des outils de feedback ou justement de discussion plus dans le dialogue. Que moi je trouve aussi très intéressants en gardant ces principes-là d’observation, de non-jugement, etc.
Alexia Ouais.
Sacha Je crois qu’il existe plusieurs méthodes qui se basent un petit peu sur l’idée de la CNV, mais présentent d’autres protocoles. Si on les retrouve, on les remettra dans les notes.
Alexia Bon, et bien maintenant qu’on a toutes ces astuces, on n’aura plus jamais de soucis de communication. Bon, c’est pas vrai. D’accord. On a vu que si on ne fait pas attention, c’est assez facile de se retrouver à être un peu agressif avec les mots. Il existe des outils pour éviter ces écueils, notamment la communication non-violente, dont on a pas mal parlé aujourd’hui. Mais aucun outil ne permet une communication parfaite. Même la CNV a ses limites, et l’important, c’est de faire de son mieux. Qu’est-ce que vous voulez retenir de cet épisode ?
Adèle Moi, j’aurais envie de dire de rester sincère. C’est-à-dire que si vous appliquez la CNV ou toute autre forme de communication douce, mais que derrière, vous niez vos émotions, vos envies et vos besoins, ça ne fonctionnera pas.
Sacha Moi, ce que je retiens le plus de ce type de méthode, c’est le côté de ne pas prêter d’intention aux autres. Et plus de se fier à ce qu’on peut avoir de plus objectif possible. Et de ne pas prêter d’intention sur ce qu’on pense, ce qui se passe dans la tête de l’autre.
Alexia Et moi, j’aimerais dire que… Essayer d’utiliser ces principes de communication non violente, essayer de faire le point sur la différence entre les observations, les besoins, etc., ça peut sembler artificiel et un peu bizarre au début. Mais c’est vraiment un coup à prendre. Et après, vous avez des discussions vraiment apaisées. Merci d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. S’il vous a plu, n’hésitez pas à en parler autour de vous. Ce podcast en est à ses débuts, et on est avides de vos retours, n’hésitez pas à nous envoyer un mail sur contact@atesamours.fr et on se fera un plaisir de vous répondre. Vous pouvez trouver le transcript et les sources de cet épisode sur notre site atesamours.fr. À bientôt pour le prochain épisode !