31. Où vivent les polyamoureux ?
Ep. 31

31. Où vivent les polyamoureux ?

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Episode description

Au bout d’un certain temps en couple monogame, on peut se décider à emménager ensemble.

Mais comment ça se passe avec le polyamour ? Est-ce qu’on doit choisir une personne parmi ses partenaires pour partager son logement ? Ou toutes ?

Et d’abord, est-ce qu’on a envie de cohabiter ?

Dans cet épisode autour du logement, on passe en revue les bonnes et les mauvaises raisons de choisir de cohabiter avec une personne de notre polycule. On décortique aussi les pressions pouvant nous inciter à cohabiter et on vous fait part de nos idées alternatives de logement partagé (ou non) !

Ressources

Mentionnées dans l’épisode :

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0:02

Adèle Bienvenue dans « À tes amours », le podcast qui propose une autre manière d’aborder les relations. Nous sommes Adèle,

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Alexia Alexia

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Sacha et Sacha,

0:10

Adèle et nous allons vous parler notamment d’émotions, de communication, de polyamour et d’autres formes de non-monogamie. Ce podcast s’adresse à toute personne s’interrogeant sur les relations.

0:27

Sacha Lorsqu’on est en couple avec quelqu’un, vient rapidement la question d’habiter ensemble, de se trouver un logement rien que pour nous deux, ou alors éventuellement avec nos enfants. Mais est-ce qu’on en a vraiment envie, ou est-ce que c’est un automatisme, une obligation ? Est-ce qu’on peut vraiment faire autrement ? Et puis, si on est en couple avec plusieurs personnes en même temps, la question de « avec qui on vit » se pose forcément. Dans cet épisode, on discute de logement, de avec qui on vit, dans quelles conditions, et comment on choisit d’en arriver là. On parle de la pression à cohabiter lorsqu’on est en couple. Les raisons à vivre ensemble ou non. Et on donne des exemples de à quoi ça peut ressembler, en pratique, d’habiter dans des configurations qui sortent de la norme. Pour démarrer, je voudrais vous poser une question. Est-ce que vous avez déjà ressenti une pression à cohabiter avec des gens avec qui vous étiez en couple ?

1:24

Alexia Alors apparemment, mais je m’en souviens pas. Du coup, ouais, Sacha, toi tu disais que toi tu voulais vraiment au début de notre relation qu’on vive ensemble et moi je voulais pas ? Je m’en souviens pas du tout.

1:34

Sacha Oui, au début, on n’habitait pas dans la même ville. Mais ensuite, t’allais revenir sur Paris. Et c’était au bout d’un an de relation. Et donc, je m’étais dit et je voulais… Enfin, pour moi, c’était évident… Et moi j’avais du coup une pression un peu aussi au-delà d’une envie. J’avais une envie forte, mais j’avais aussi probablement une pression de ce qui était normal au bout d’un an de relation. Surtout si on se retrouve à maintenant être dans la même ville. Eh bien qu’on prenne un appartement à deux ensemble. Et toi tu voulais pas.

2:02

Alexia Je ne me souviens plus particulièrement de mes arguments. Non, mais je sais que j’ai vu mes parents vivre ensemble et c’est vrai que ça ne m’inspirait pas spécialement. Donc, je ne sais pas à l’époque ce qui m’empêchait de vouloir vivre avec toi. Mais je sais aujourd’hui que vivre en couple, ce n’est pas quelque chose qui m’attire. À part ça, je n’ai pas trop ressenti de pression sociale. Mes parents ne m’ont jamais trop mis la pression. Ils n’étaient pas en bonne place pour le faire non plus.

2:29

Sacha On parlera dans la prochaine partie effectivement de quelles sont les raisons qui pourraient être contre le fait d’habiter ensemble. Moi, il me semble me souvenir que tu avais un peu en tête effectivement du fait que tu te projetais mal dans une dynamique qui soit peut-être en ton avantage, notamment au sein d’un couple hétéro.

2:46

Alexia À mon désavantage tu veux dire ?

2:48

Sacha C’est-à-dire que tu n’arrivais pas à imaginer une situation qui te semble convenable.

2:52

Alexia Ah oui que si on vivait ensemble je voyais pas comment ça pouvait être cool pour moi.

2:57

Sacha Ouais, un petit peu, c’est ça. Parce que tu disais, probablement, tu allais te retrouver à faire trop de ménage, trop de cuisine ou trop de choses. Entre autres. Enfin, en tout cas, on en parlera plus, effectivement, un peu dans la section d’après. Mais, en tout cas, sur ce côté-là, toi, tu avais une envie qui n’était pas forte. Et, en gros, moi, je t’ai convaincu à ce qu’on vive ensemble. Et, en fait, tu t’es fait convaincre à la fois, probablement, par mes arguments… Par ton amour immense pour moi, évidemment, aussi…

3:20

Alexia C’est sûr.

3:20

Sacha Et par la pression de la société, probablement, aussi. Parce que c’est trop bizarre, en fait, de voir un couple qui n’habite pas ensemble.

3:27

Alexia Ouais, mais moi, j’ai pas peur d’être bizarre, moi. Par contre, la pression du loyer, peut-être que ça a achevé de me convaincre sur Paris.

3:37

Adèle Mais en tout cas, je trouve que c’est effectivement un fondement implicite de la conjugalité, de se dire « si on s’aime vraiment, on va cohabiter ensemble à un moment donné ».

3:50

Alexia Ouais. Toi, tu l’as vécu, Adèle ?

3:53

Adèle J’ai l’impression d’avoir vécu à différents moments en fait. Plus par exemple parce qu’à un moment donné, je vivais avec un de mes conjoints et j’ai décidé d’arrêter de vivre avec lui. Et pour le coup, j’ai eu énormément de retours. De ses amis, de sa famille, qui me disaient « Est-ce que tu l’aimes plus ? » Parce que j’avais décidé de changer la dynamique et de ne pas être cohabitante avec lui. Alors que je l’aimais toujours.

4:24

Alexia En plus, là, c’est encore autre chose. C’est-à-dire vivre ensemble, puis arrêter de vivre ensemble, ça va à l’inverse de la progression attendue par les gens. Donc c’est encore plus déstabilisant que deux personnes qui décident de ne pas vivre ensemble.

4:37

Adèle C’est ça. Et du coup, il y avait effectivement une forte pression sociale qui m’était mise de l’extérieur. Mais il y avait aussi ces questionnements en interne de… Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est parce que la relation va moins bien ? Parce que, bien sûr, si j’avais décidé de vivre seule, c’est qu’il y avait des choses dans l’habitat partagé qui ne me convenaient plus. Mais en fait, ça se cantonnait à ça. Et ça n’avait rien à voir avec mes sentiments pour cette personne à ce moment-là. Et j’avoue que ça avait été un peu étrange. Et… Je crois que j’ai une autre situation. Où, pour le coup, un de mes partenaires actuels m’avait demandé, à un moment donné, un peu sorti de nulle part, et si on habitait ensemble. Et je m’étais dit, mais… Mais pourquoi ? En fait, on cohabiterait super mal. Donc vraiment, est-ce qu’il y a réfléchi ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui lui est venu parce qu’il se dit que c’est la progression logique de notre relation qui est durable, stable dans le temps. Et qu’il faut qu’on franchisse ce cap ? Et en fait, on en avait plus discuté. Et on envisageait éventuellement de vivre avec d’autres personnes. Mais moi, j’ai dit effectivement que si c’était juste pour vivre en couple, c’était probablement une très mauvaise idée et que ça ne marcherait pas. Et là, on s’était rendu compte que lui, il avait finalement fait cette proposition sans vraiment y réfléchir. Et qu’après réflexion, il se disait qu’effectivement, c’était mieux qu’on ait nos logements séparés et qu’on se voit par ailleurs.

6:03

Alexia Bon, si vous êtes tombés d’accord, c’est parfait au moins.

6:06

Sacha Ça rejoint le concept dont on a évidemment parlé plusieurs fois dans ce podcast, qui est le concept de l’escalator relationnel. Qui est que dans une relation, on se retrouve happé un peu automatiquement, sans y réfléchir, vers plus d’engagement. Et ce plus d’engagement consiste à un moment habiter ensemble, puis probablement ensuite faire des enfants et se marier, etc. Et en fait, cet escalator, il y a deux caractéristiques intéressantes dedans, c’est que… C’est un escalier mécanique qui monte de manière automatique. Donc, effectivement, comme dans ton cas, Adèle, ton partenaire n’y avait pas réfléchi. En fait, c’est automatiquement qu’on se retrouve happé là-dedans. En dépit de ce qu’on pourrait vraiment avoir envie. Ou du bon sens de, bah en fait, non, juste, on ne peut pas vivre ensemble. Parce que, je sais pas, quelqu’un adore que la maison soit tout le temps hyper bien rangée et l’autre déteste faire le moindre rangement et adore vivre dans le chaos. Exemple simple de incompatibilité de logement. Sachant qu’il n’y a aucun jugement à l’un ou l’autre des cas. Enfin, dans la limite du raisonnable, peut-être. Et l’autre cas, effectivement, et ça c’est ce que tu disais Adèle aussi sur le fait d’arrêter, et ça nous est arrivé aussi, Alexia… C’est que l’escalator relationnel, il y a aussi comme autre problème que tu ne peux pas redescendre. Et si tu redescends, c’est considéré comme un échec.

7:22

Alexia Alors tu peux descendre, mais il faut marcher très très vite.

7:26

Sacha Non… Pas dans l’escalator relationnel.

7:30

Alexia D’accord…

7:32

Sacha Si tu arrêtes, effectivement, c’est vécu comme un échec. Et c’est là aussi où le manque de modèles et représentations est très gênant. Parce que moi je me souviens très bien quand… Donc Alexia, après que tu as accepté qu’on vive tous les deux ensemble… Au bout de quelques années, tu as dit que tu voulais arrêter et qu’on vive séparément ou dans d’autres modèles. Et en fait, je me souviens t’avoir dit : mais en fait, ça n’existe pas dans la vie réelle. On ne voit pas, personne n’a jamais… Enfin, en tout cas, pas autour de nous… On ne voit pas des gens qui arrêtent de vivre ensemble et qui sont toujours en couple, en fait.

8:03

Alexia Oui, mais je suis une artiste, Sacha, je suis mes propres modèles.

8:08

Sacha En fait, évidemment que ça avait déjà existé, mais c’est pas des choses qu’on voit et dont on entend parler.

8:14

Alexia Oui, enfin, pas pour des couples qui restent ensemble. Parce que les couples, ils arrêtent de vivre ensemble quand ils divorcent, effectivement, quand ils se séparent et tout. Et nous, on ne voulait pas se séparer, on voulait juste ne plus vivre ensemble, juste que tous les deux, quoi. Et au final, on a fait quoi ? On est allés en coloc.

8:29

Sacha Oui, on s’est séparés aussi un petit peu.

8:32

Alexia Bref, on en parlera dans un autre épisode.

8:36

Sacha Mais le fait est qu’on peut se rendre compte avant ou même après. Mais après coup, c’est plus dur. Quand on a aménagé ensemble, se dire, en fait, là, je vois que ça ne marche pas, c’est beaucoup plus compliqué. Parce qu’il y a cette pression. Et en fait, nous, quand on a arrêté de vivre ensemble, et c’était pareil pour toi, Adèle, du coup, ta situation… C’est qu’il y a la pression sociale de tous les gens qui vont dire, non mais c’est trop bizarre, vous ne vivez plus ensemble, donc en fait, vous n’êtes plus ensemble, ou… Qui vont pas comprendre et qui vont prendre ça comme un échec de la relation. Et de manière interne, on va aussi se dire non mais en fait, si on était vraiment amoureux, on habiterait peut-être toujours ensemble.

9:08

Adèle Oui, parce que c’est vraiment lié à ce que je disais tout à l’heure. De cette pression implicite, de si tu l’aimes vraiment, tu dois être en mesure de cohabiter avec cette personne, convenablement.

9:18

Alexia Et même si tu aimes la personne t’es censé cohabiter à deux. C’est aussi une pression qui est très particulière. Que du coup, si on vit séparément, on nous dit : bah vous êtes pas vraiment ensemble. Et si on vit en coloc les gens sont là genre : ah mais vous êtes des colocs en fait. Laissez nous savoir ce qu’on est tout seul, tu vois

9:35

Sacha Oui, parce que, encore une fois, ça manque de modèles, et du coup, les gens se projettent pas. Ils voient juste ce qu’eux font et ce que font les autres. Et en fait, ils se disent, tous les gens qui sont en couple, en fait, vivent à deux, ou avec leurs enfants, et c’est tout, quoi. Y’a pas d’autres modèles qui existent.

9:49

Alexia Et sur un autre truc aussi, j’ai des amis qui ressentent de la pression à… Alors, ils vivent ensemble, mais ils aiment bien avoir chacun leur chambre et dormir séparément. Et leurs amis se moquent d’eux en disant « ah, mais vous faites chambre à part, vous n’êtes pas vraiment un couple, vous êtes juste des colocs » et tout. Alors qu’ils vivent juste tous les deux. Juste, ils aiment bien dormir tout seuls parce que tu peux prendre toute la place dans le lit, quoi. C’est vraiment particulier comme pression.

10:13

Adèle Il y a une autre pression, je trouve, c’est que moi, actuellement, par exemple, je vis seule. Et même si je suis convaincue aujourd’hui que ça m’était nécessaire à une période et que je ne veux pas vivre en couple… Il y a une pression à ne pas rester seule et à construire un projet de vie, en fait, je trouve de la société. En fait, ça s’appuie sur une peur de l’isolement. Qui est une peur réelle et je pense qui touche tous les individus. Que j’ai aussi. Mais en fait qui ne justifierait pas le fait que je m’installe en couple, par exemple. Et en fait, du coup, il y a un ancrage sur des peurs réelles des individus pour pousser à aller habiter en couple. Là où ce n’est pas la seule solution et l’unique solution. Et je trouve qu’avec l’âge qui augmente, cette pression est d’autant plus forte. Dans le sens où moi, je me sens jugée parfois qu’on me dise qu’à presque 35 ans, tu vis toujours comme une étudiante. Ou tu n’as pas de projet de vie. Ou ce genre de choses. Et en fait, ces choses-là résonnent avec quelque chose qui est éventuellement douloureux et qui touche à l’isolement. Et je trouve que ça fait que cette pression, elle est un peu mélangée. Et que ça touche à des choses qui sont de l’ordre de l’intime et du sentimental, des émotions. Et des choses qui en fait ne nous appartiennent pas du tout. Et les décortiquer pour savoir quelle réelle motivation on a à habiter seule ou à habiter avec des gens, je trouve ça vraiment pas évident. Et je comprends qu’il y ait des gens qui craquent sous la pression et qui se disent « bon bah ok, je vais cohabiter quoi ».

11:51

Sacha Ça, ça me fait penser… Enfin, pour moi, c’est ce dont on a déjà parlé une fois dans ce podcast, qui est le concept de l’amatonormativité. Qui est la normativité, la pression de la société à vivre des relations de couple monogames, même. Et que c’est par là que tu peux t’épanouir. Qu’on peut voir comme une haine des célibataires, peut-être, ou avoir de la pitié pour… Je ne sais pas, mais en tout cas, considérer que c’est moins bien. Et en fait, même si là, toi, tu n’es pas célibataire, mais en tout cas, c’est une question de… En fait, si tu vis pas le mode de couple, c’est considéré comme étant moins bien. Si jamais t’as plus, peut-être, que ce que les monos ont, c’est-à-dire que t’as plusieurs relations, ils vont se dire, bon, d’accord, t’as des trucs en plus… Mais là, du coup, si tu vis seul, t’as juste des trucs en moins. Et ils vont considérer que c’est moins bien. Mais n’empêche, même chez les monos, ça commence à bouger. Parce que… Bon alors il a toujours existé, pareil, des couples monogames qui n’habitent pas ensemble… Mais c’est quelque chose qui est de plus en plus accepté. C’est quelque chose qui commence à bouger. Et il y a même un terme qui a été inventé. Alors je crois que ça a été inventé par la presse, peut-être pour être un peu plus… Faire un peu plus de buzz là-dessus. Mais il y a le terme du célicouple. Un peu comme célibat et couple, parce que justement, ils considèrent que si tu vis seul, t’as un peu comme si t’étais célibataire. Et donc les célicouples, c’est les couples qui ne vivent pas ensemble. Et ils voient tout plein d’avantages, plein d’autonomie, etc. Bon bref, on parlera des avantages juste après de toute façon. Mais c’est quelque chose qui commence à être valorisé. Même dans une relation monogame où il y a très peu d’exclusivité qui sont ouvertes, quoi. Et ils se disent, bah finalement, ne pas vivre ensemble, bah peut-être c’est pertinent comme idée.

13:26

Adèle Oui, il y a un bouquin qui s’appelle Le couple et ses trajectoires contemporaines, de Kathleen Tamisier. Qui, en fait, a regardé pas mal d’études autour des nouveautés, on va dire, et des évolutions du couple au XXIe siècle. Et elle écrit, notamment, en France, environ 9 % des adultes en couple vivent en couple non-cohabitant. Ils sont près de 20 % chez les jeunes adultes. Et ça, ça vient d’une étude de l’Institut national des études démographiques, 2024-2025.

13:57

Alexia 9 % des couples monos, du coup, ne vivent pas ensemble, c’est ça ? C’est en France ?

14:03

Adèle C’est 9 % des adultes en couple en France, effectivement.

14:07

Alexia OK.

14:08

Sacha Peut-être on peut supposer que chez les jeunes c’est plus élevé entre autres parce que t’es encore peut-être dans ton logement étudiant et puis ensuite… T’as pas encore commencé à prendre le temps de vivre ensemble, peut-être que c’est ça, je sais pas.

14:19

Adèle Alors, elle distinguait justement plusieurs profils de couples. En disant qu’il y avait effectivement des jeunes adultes peut-être un peu en phase de transition. Où il y avait des questions peut-être économiques, etc., on y reviendra, qui jouaient. Mais elle parlait aussi d’adultes post-divorce qui voulaient reconstruire des relations sans reproduire les contraintes de vie commune qu’ils avaient vécues au préalable. Ou de femmes qui justement ne voulaient pas reproduire des schémas de charge mentale ou domestiques déséquilibrés, etc. Donc il y avait plusieurs profils, on ne va pas les détailler tous. Mais c’est clair que 9 %, ce n’est pas un petit chiffre. C’est quand même significatif et on voit que ça bouge.

15:00

Sacha On peut parler un petit peu de cette question-là dans le cadre des relations non-exclusives. Dans le cadre des relations non-exclusives, de toute façon, on ne peut pas vivre à deux avec son unique partenaire, puisqu’à priori, on peut en avoir plusieurs. Il y a plusieurs configurations possibles, mais en tout cas, la question se pose forcément. Et à priori, on sera obligé d’avoir une situation un peu inhabituelle. Soit on vit à plusieurs, soit on ne vit pas avec un de ses partenaires. Et donc, par rapport à la norme, c’est un petit peu inhabituel.

15:31

Alexia Est-ce que du coup, si on est tout seul dans notre logement et que nos partenaires vivent dans d’autres logements, on peut dire qu’on est en multi-célicouple ?

15:38

Adèle Je pense que ça marche.

15:41

Alexia Yes !

15:43

Sacha La pression externe à vivre ensemble va toujours être un peu présente. Et c’est vrai que moi, si je vais dans les familles de mes partenaires… Si je rencontre des gens qui ne sont pas forcément notamment au courant du mode de relation qu’on a… La question de « ah, est-ce que vous vivez ensemble, est-ce que vous allez vivre ensemble » se pose. C’est une question qui est quand même assez présente. Et il y a un enjeu réel là-dessus qui peut être fort, même au-delà des gens qui ne font pas partie des relations. Je pense à une anecdote où quelqu’un m’a raconté parler avec sa méta. Donc deux personnes qui étaient en relation avec une tierce personne. Donc les deux personnes parlent et il y en a une qui dit à l’autre « Bon, je pense que je vais aller vivre à deux avec Bidule. » Et sa méta, l’autre lui dit : quoi, tu veux vivre avec l’autre ? En mode étonnée. Et du coup, il y a un malaise qui se crée un peu, parce que du coup, ça peut faire un peu concurrence. De se dire, en fait, peut-être qu’il n’y a qu’une seule… Enfin, si la question, c’est de vivre qu’à deux, il n’y a qu’une seule des deux qui peut faire ça, quoi. Sauf que la personne a été étonnée, parce qu’elle se disait, en fait, notre partenaire commun, c’est une personne qui est tellement bordélique que je ne vois pas comment quelqu’un pourrait avoir envie de vivre avec…

16:44

Alexia D’accord. Le fameux Bidule. Toujours à foutre le bordel.

16:54

Sacha Alors, maintenant, nous allons parler de pourquoi est-ce que c’est intéressant de vivre ensemble ou pourquoi est-ce que c’est intéressant de ne pas vivre ensemble. Les pour et les contre, en quelque sorte.

17:06

Alexia Dans les avantages, déjà il y a… En fonction d’où on vit ça permet d’avoir vraiment plus d’espace. Ça permet d’avoir plus de compagnie, plus facilement. Et puis pour les avantages c’est tout.

17:18

Adèle Non !

17:19

Sacha Quand tu dis plus d’espace, c’est une question financière. Surtout effectivement dans un endroit comme Paris où les logements sont hors de prix. Si tu veux vivre dans quelque chose de plus grand qu’un placard à balais, il faut que tu vives à plusieurs dans le même espace.

17:33

Adèle Il y a quelque chose d’autre qui se cache aussi derrière cette question. C’est éventuellement le partage de biens, c’est-à-dire d’avoir du matériel collectif. Comme par exemple une caisse à outils bien fournie, une machine à laver où il n’y a pas besoin d’une machine à laver par personne, etc. Et du coup, il y a plein de mutualisation de couts, mais aussi une mise à disposition des outils ou du matériel.

17:58

Alexia Des instruments de musique.

18:00

Adèle Tout un tas de choses qui vont profiter à l’ensemble du collectif.

18:05

Sacha Alors ça, c’est des choses, on en discutera plus après, mais qui seraient possibles de produire aussi en vivant avec d’autres gens que les gens avec qui on relationne de manière romantique. On a ces mêmes partages de lieux, d’outils, etc. Dans une certaine limite, peut-être, qui est que tu as peut-être moins envie de partager la même chambre et encore plus le même lit avec des gens avec qui tu n’as pas une relation particulièrement intime. Mais ça, ça dépend encore des gens.

18:32

Adèle Un autre avantage qu’Alexia a cité, c’est effectivement l’aspect avoir moins d’isolement social. Vu que quand on est chez soi, il y a aussi une autre personne qui partage cet espace. Qui peut nous demander des nouvelles sur notre journée, nous raconter des blagues, partager certaines activités éventuellement au sein de notre logement avec nous. Mais je suis tentée déjà d’introduire un « mais », un inconvénient qui va avec. C’est qu’en fait, il y a beaucoup d’études qui montrent que la cohabitation enlève éventuellement le fait de faire des réelles activités en dehors. Et que finalement, le temps partagé est plus un temps par défaut qu’un temps choisi. Et du coup, ça peut être à double tranchant, en fait. Ça peut être un avantage comme un inconvénient et enlever des moments vraiment choisis de couple. Qui auraient été ménagés autrement s’il n’y avait pas eu la vie commune.

19:26

Sacha Oui, c’est sûr que si tu n’as pas à faire d’efforts pour prévoir du temps avec la personne… Tu ne te dis pas forcément « OK, là, on va se réserver ce moment pour faire juste un temps de qualité que tous les deux. Et où on ne va pas penser à des petits trucs à faire dans la maison ou des choses comme ça. » Et donc du coup tu te retrouves assez rapidement à ne plus passer vraiment de temps ensemble. À part les temps chiants de faire la vaisselle, manger des trucs, etc. Et moi c’est quelque chose que je vois dans mes relations. Où si j’habite avec quelqu’un, je vais passer beaucoup moins de temps de quelqu’un qui va habiter loin. Parce que quelqu’un qui va habiter loin, je vais prévoir vraiment du temps pour y aller. Alors que quelqu’un où je peux dire au dernier moment « Ah bah tiens, est-ce qu’on passe du temps ensemble ? »… On va passer un tout petit peu de temps, mais moins que si on se prévoyait. En tout cas, c’est un piège, c’est pas une fatalité, mais c’est un piège.

20:13

Alexia Dans le fait de vivre avec quelqu’un, en fonction des personnes, il y a des personnes qui sont très à l’écoute de comment les autres se portent. Par exemple, quand je vivais avec Sacha, je pouvais avoir tendance à me mettre très à disposition de Sacha quand il était là et avoir du mal à faire les choses pour moi-même. Ça rejoint un peu ce que tu disais tout à l’heure, Adèle. Et ça rejoint carrément, il y a un livre féministe hyper important qui s’appelle Une chambre à soi et qui dit exactement ça en fait. Que pour les personnes éduquées femmes, on a tendance à être éduquées comme étant à disposition des autres. Et en partage de logement, ce truc-là peut être assez difficile à gérer en réalité. Et donc, c’est difficile quand on partage tout un logement. C’est peut-être déjà mieux si, dans le logement, on a au moins un espace qui nous soit vraiment personnel et dans lequel on puisse s’isoler si on a besoin. Pour soit faire des activités de création, soit faire de l’introspection, soit vraiment s’isoler, gérer ses émotions, des choses comme ça.

21:18

Sacha Après, de manière plus générale, et on l’évoquait déjà tout à l’heure, mais c’est que dans le cas d’un couple hétérosexuel, vivre ensemble, déjà, ça a beaucoup de risques. De, effectivement, se retrouver avec un déséquilibre très fort. Et on en a déjà parlé dans notre épisode qui parle du genre…

21:38

Adèle Genre et relation.

21:40

Sacha Et où il va y avoir tout un déséquilibre qui va poser plein de problèmes. À la fois des problèmes moraux, concrets, sur le fait qu’il y a une personne qui se fait dominer et qui va travailler beaucoup plus. Dans cet épisode, on parlait du fait qu’une fois qu’il y a cohabitation, la femme voit son heure domestique augmenter et l’homme voit ce nombre d’heures diminuer. Et aussi, ça peut poser des problèmes vis-à-vis du couple, parce que quand il y a un déséquilibre, ça va poser des problèmes dans le couple.

22:09

Adèle Dans les inconvénients, toujours, on l’a un peu déjà dit, mais ça va avec la pression sociale d’habiter ensemble. Et je trouve que bien s’aimer ne veut pas forcément dire qu’on est capable de vivre ensemble. Et il faut avoir bien vérifié qu’on a une dynamique entre guillemets collective commune avec la personne avec qui on s’installe. Et on peut s’apercevoir dans la pratique qu’en fait, on n’a pas les mêmes priorités. Par exemple, si une personne a énormément envie de recevoir et de faire la fête dans son logement et que l’autre aime bien être tranquille chez soi… Ce ne sont pas du tout des dynamiques qui sont compatibles. Il n’y en a pas une qui est mauvaise et l’autre qui est bonne. Et juste, ça ne va pas permettre que le lieu soit propice pour les deux personnes ensemble. Et encore moins dans un cadre où éventuellement il y a une mauvaise isolation phonique. Ce qui est souvent le cas dans les logements entre les différentes pièces. Qui sont conçues vraiment pour une vie familiale. Où il y a deux adultes, éventuellement des enfants. Et où finalement, ce n’est pas grave si on entend ce qui se passe dans la chambre d’à côté.

23:14

Sacha Oui, c’est vrai qu’il peut y avoir une très bonne compatibilité de relation, mais une très mauvaise compatibilité sur ce que tu dis Adèle. Mais il y a plein d’autres exemples qui sont… Se coucher tôt, alors que l’autre aime se coucher tard et faire du bruit encore plein longtemps la soirée. Avoir des horaires fixes pour les repas ou ne pas avoir des horaires fixes. Ranger très bien, mal ranger. Ou tout un autre tas de choses auxquelles je ne pense pas. Qui vont soit être complètement incompatibles, soit qui vont demander des efforts et beaucoup de compromis. Et en fait, peut-être qu’on a juste envie de se dire que les moments où on se voit, c’est juste des moments où on se voit et où c’est cool. Et tous les moments chiants où il faut nettoyer la salle de bain, chacun se démerde chez soi, et puis c’est plus simple.

23:54

Alexia Je reviens aux questions de sommeil aussi, car j’adore dormir. Mais c’est vrai que, par exemple, moi, j’aime bien aussi dormir seule. J’adore dormir avec mes partenaires, mais je pense que quand je dors seule, je me repose quand même mieux. Alors que ce n’est pas comme si j’avais des partenaires qui ronflaient, par exemple. Et ce truc-là, ça arrive. Il peut y avoir des personnes qui font beaucoup de bruit en dormant ou qui vont bouger beaucoup en dormant, des choses comme ça. Et en ça, c’est vrai qu’avoir deux lits, c’est un peu un luxe, mais c’est quand même vraiment bien.

24:23

Sacha Avoir deux lits, c’est un luxe, et deux chambres surtout, effectivement. Dans des endroits où le loyer est très cher, c’est un peu un privilège, tout le monde ne peut pas le se permettre. Mais ça a aussi effectivement des avantages pour pouvoir dormir… Ou dans le cas de relations non-exclusives, la question qui se pose, c’est… Comment on fait quand on a envie de recevoir ou d’avoir de la sexualité. Ou même pas forcément jusqu’à aller de la sexualité, mais d’être avec quelqu’un d’autre. Et en fait, si on habite juste à deux dans un logement où il n’y a qu’un seul lit… C’est compliqué de dire à l’autre est-ce que tu peux partir de la soirée ce soir pour que j’accueille quelqu’un d’autre ? Alors il y a des gens qui le font, mais c’est compliqué. Si on n’habite pas ensemble, la question est beaucoup plus simple. Si je n’habite pas avec mes partenaires, je peux recevoir sans aucun souci d’autres partenaires.

25:14

Alexia Ouais, complètement.

25:16

Sacha Si j’habite avec ma partenaire, c’est plus compliqué. Parce qu’il faut que notre relation soit suffisamment… Solide j’ai envie de dire, mais c’est pas forcément une histoire de solidité. Mais en tout cas il faut qu’on accepte que d’autres personnes viennent dans l’appartement. Soit en présence de l’autre, soit en absence de l’autre. Il faut avoir plusieurs chambres si on veut que ça soit vraiment possible. Et ça devient plus compliqué. Donc ça c’est aussi un désavantage finalement à cohabiter quand on est en relation non exclusive. Qui est que c’est plus compliqué de recevoir si jamais on vit avec déjà un·e partenaire.

25:46

Alexia Oui, je vois deux choses. Il y a la configuration qui n’est pas trop mal, qui est de vivre avec un partenaire, mais d’avoir chacun sa chambre, par exemple. Ça, ça permet plus facilement de recevoir d’autres partenaires. Entre guillemets, si et seulement si, il n’y a pas de souci avec son ou sa méta. Si je déteste un amoureux de Sacha, par exemple, ça serait difficile pour lui de l’inviter dans notre logement commun.

26:14

Adèle Il y a plein d’autres configurations qui seraient compliquées en réalité. Parce que, par exemple, si on n’est pas en polyamour kitchen table, rien que ça, ça pose tout de suite beaucoup plus de problèmes. Parce qu’il y a des risques qu’on se croise dans le logement à un moment donné ou à un autre. Ça complexifie un petit peu les choses et ça peut même être complètement incompatible avec certains modèles polyamoureux.

26:35

Sacha Pour clarifier le vocabulaire, le kitchen table, c’est quand les métamours, donc deux personnes qui relationnent avec la même personne, volontiers partagent une même table le temps d’un repas, etc. Et donc là, effectivement, Adèle, tu parles de métamours qui n’ont pas vraiment envie de se croiser.

26:49

Alexia Ou si il y a des soucis de jalousie quoi. Ce qui peut arriver même dans un truc où on fait du kitchen table. C’est-à-dire sur le principe en général où on est ok pour passer du temps avec ses métas. Ça peut arriver qu’il y ait un moment où on se sent en insécurité par rapport à une méta en particulier. Et à ce moment là c’est plus difficile quand on vit ensemble pour articuler ça

27:13

Adèle D’ailleurs, en fait, c’est vrai aussi, même en dehors d’autres partenaires qu’on voudrait inviter. Le fait d’habiter en couple et à deux fait que l’espace qui est le nôtre est aussi un espace qui appartient à quelqu’un d’autre. Ce qu’on est en train de dire là, d’ailleurs, s’applique aussi à des amis qu’on inviterait chez nous. Et éventuellement, il peut y avoir des mésententes, même avec certains de nos amis qu’on inviterait à la maison. Et qui ne conviennent pas à notre partenaire. Ou ça peut mettre mal à l’aise les gens qu’on invite. Parce qu’ils n’ont pas envie de se retrouver dans une dynamique au milieu d’un couple. Et ça, c’est aussi un autre inconvénient que je vois avec le fait d’habiter en couple.

27:55

Sacha C’est vrai qu’Alexia quand on habitait tous les deux parfois tu recevais des amis. Et moi je restais dans mon coin à faire mes trucs, parce que j’avais des trucs à faire et je préférais faire ça que de sociabiliser avec des gens que je connaissais pas. Et ça mettait tes amis mal à l’aise.

28:09

Alexia Ouais. Il y avait une grande incompréhension pour les amis. Qui était : mais pourquoi ton copain il fait autant pas attention à nous entre guillemets, est-ce qu’il nous déteste et tout ? Je suis genre non c’est juste qu’il était d’humeur à faire ses propres trucs ce soir et voilà quoi. C’est déstabilisant, mais c’est vrai que du coup, pour les gens qui rendent visite à un couple… Quand bien même ils rendent visite en particulier à une des personnes du couple, ils s’attendent à ce que l’autre personne soit là aussi et sociabilise aussi. Et ça, c’est un autre inconvénient à vivre ensemble. C’est-à-dire que quand ton partenaire accueille des gens, c’est un peu attendu de toi qu’effectivement, tu sois là aussi pour accueillir, pour prendre des nouvelles et tout. Même si ce n’est pas tes amis et qu’éventuellement, tu préférerais faire autre chose.

28:51

Sacha Bon, mais malgré tout, il y a quand même des bonnes raisons de cohabiter. On en a parlé un petit peu au début. Et c’est vrai qu’habiter au même endroit, ça permet de pouvoir se voir rapidement et souvent. Et d’autant plus si on a des vies très occupées, etc., et qu’on n’a pas forcément beaucoup, beaucoup de temps, le fait de pouvoir rien que prendre dix minutes par-ci, par-là, c’est quand même hyper bénéfique. Et on ne peut pas aller faire un petit câlin de cinq minutes à un moment dans l’après-midi si la personne, elle habite à une demi-heure.

29:20

Alexia Et aussi si on est très curieux socialement pour le coup on peut voir tous les amis que reçoit son partenaire. Et ça c’est vraiment bien. Et sur des choses plus graves ou plus importantes, quand il y en a un des deux qui est en difficulté qui est malade ou des choses comme ça c’est plus facile d’apporter de l’aide. Ou d’être soutenu en fonction de sa position.

29:39

Adèle Et de se rendre compte, tout simplement, que l’autre va éventuellement mal, parce qu’en fait, on est en présence. Donc on voit tout de suite ce qu’on peut faire. On peut faire des petites tâches, l’alléger sur certaines corvées, etc. Là où, si on n’était pas en contact, on ne le saurait pas forcément, on ne pourrait pas forcément intervenir. Donc il y a effectivement une dimension plus solidaire dans le fait de vivre ensemble, qui est effectivement appréciable. En plus de la question de partager des moments de quotidien que Sacha disait avant. Qui est une autre dimension qui est agréable pour beaucoup de gens. Il y a un dernier point, c’est qu’on a aussi la possibilité de répartir certaines tâches de corvée et que ce soit mieux réparti. Quand on habite à deux, on peut s’organiser pour que certaines tâches soient moins lourdes. Ça, on en a déjà parlé. C’est à double tranchant puisque la répartition peut aussi être au désavantage d’une des deux personnes. Mais quand ça se passe bien, et il y a plein de situations où ça se passe bien, ça peut permettre d’alléger la charge des deux personnes.

30:46

Sacha Alors on va maintenant parler de qu’est-ce qu’il est possible de faire, comment est-ce qu’on peut vivre. Ou comment est-ce qu’on peut habiter.

30:55

Adèle Déjà, avant de citer des exemples d’autres configurations, je trouve que c’est un peu un impensé. On manque beaucoup d’imaginaire sur d’autres types de logements qui peuvent exister. Parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont construites autour du modèle familial du couple, comme on l’a dit, et de la famille. Que ce soit en termes de législation, en termes de plans de maison et d’appartement, etc. Et habiter avec d’autres modes de vie, que ce soit en amitié, en polyamour ou avec d’autres modalités, c’est un mode de vie sous-représenté et un peu difficile, je trouve.

31:31

Sacha Oui et c’est vrai que tout est fait pour que ça soit évident et simple de s’installer à deux. Si tu t’installes en couple à deux, les propriétaires vont te louer plus facilement que si t’as une autre configuration d’habitat. Enfin, ou si tu as des enfants, ça marche aussi. Mais il y a aussi qu’en fait, si tu t’inscris à deux, tu n’es même pas considéré comme une colocation. En fait, c’est automatique, c’est tellement commun, c’est tellement évident qu’il n’y a rien de particulier à remplir. Si tu habites seul·e, ton ou ta partenaire peut te rejoindre ensuite, c’est tout à fait normal, ou pour repartir, c’est tout à fait normal, il n’y a pas à changer de contrat. Enfin, je dis ça peut-être que dans certains cas, il y a le faire, mais en tout cas, souvent, il n’y a pas trop besoin. Les choses sont assez simples, sont évidentes, alors que si tu vis avec un ou une ami·e… À moins de faire semblant et de mentir et de dire que c’est quelqu’un avec qui tu es en couple, les choses sont plus compliquées. Il faut faire des contrats de colocation, les propriétaires vont moins être d’accord. Si quelqu’un part, il faut changer le contrat. Pour l’assurance, tu peux rajouter ton conjoint sans problème dessus, c’est gratuit. Ce n’est pas pareil si tu vis avec des amis.

32:26

Adèle Passé ces difficultés-là, Sacha vient de citer un exemple de configuration autre qui est la colocation. Où c’est regrouper plusieurs personnes qui sont vraiment avec cet objectif de vivre dans un même lieu. Mais un habitat qui est découpé, où souvent les gens ont au moins une chambre et des espaces partagés.

32:47

Sacha Ça, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus entre adultes aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a quelques années, on considérait peut-être que c’était que pour les étudiants et puis qu’ensuite, quand t’allais grandir, t’allais arrêter d’être en colocation. Là, on voit quand même un peu plus de gens qui sont en colocation par choix en étant plus âgés. Et on peut être en colocation sans aucun partenaire romantique au sein de sa colocation… C’est ce que font la plupart des gens, je suppose. Mais c’est aussi possible… Et Alexia et moi en sommes la preuve vivante. D’être en colocation avec des gens dans la colocation avec qui tu es en couple. Puisque Alexia et moi sommes en couple, et on a d’autres colocataires avec qui on n’est pas en couple. Et c’est quelque chose qui fonctionne bien, mais qui est quand même hyper inhabituel et qui peut être déstabilisant pour les gens autour. Ça revient à ce qu’on disait plus tôt dans l’épisode, que les gens trouvent ça bizarre que tu ne vives pas juste à deux.

33:39

Alexia Sur le couple en colocation il y a des gens que ça rebute vraiment complètement. Qui sont là, non mais c’est horrible, parce que t’es dans leur intimité et tout. Et moi je leur dis, bah non mais avec Sacha on se met pas à s’embrasser longoureusement étendu sur un canapé du salon. Quand on est en dehors de nos chambres on agit correctement.

34:00

Sacha Oui, mais du coup, ça nous limite là-dessus.

34:03

Alexia Oui, c’est ça.

34:04

Sacha Ça nous empêcherait de faire ça, ou ça limite des choses vis-à-vis de la nudité ou des choses comme ça, qui seraient potentiellement différentes dans d’autres cadres.

34:12

Alexia Ouais, ouais, ouais. Mais je vois comment ça fait bizarre aux gens quand je leur dis que je suis en couple et en coloc.

34:20

Sacha En tout cas, la colocation, même si on n’est pas avec des gens en couple dedans, c’est quelque chose qui répond à pas mal des avantages qu’on a cités juste avant. Qui est qu’il y a d’autres gens qui vivent avec toi, avec qui tu peux partager des ressources, ça coute moins cher, et puis les gens peuvent t’aider à recevoir des colis ou je ne sais pas quoi.

34:36

Adèle Ça garde par contre aussi certains inconvénients dont on a parlé. C’est-à-dire que forcément, vu qu’il y a plus de personnes, ça peut aussi être plus compliqué sur des aspects organisationnels. Et il y a toujours l’impact potentiel des personnes qu’on souhaite recevoir. Les aspects d’isolation phonique qui peuvent être compliqués vis-à-vis des autres colocs ou vis-à-vis des partenaires qu’on invite, etc. Mais effectivement, ça donne d’autres modalités, d’autres potentialités.

35:01

Alexia Ça demande à vraiment être capable de communiquer entre colocataires. On avait carrément envisagé de faire un RADAR, c’est-à-dire de faire un point régulier où on aborde les différents sujets. Un RADAR de colocation, mais on ne l’a jamais fait. Donc c’est un truc qu’on fait nous dans nos relations romantiques, mais qui peut se faire en colocation aussi éventuellement.

35:19

Adèle Moi, je connais pas mal de personnes qui vivaient en colocation et qui avaient mis ça en place et où ça fonctionnait pas mal, effectivement.

35:26

Sacha Mais du coup, vivre avec une relation romantique au sein d’une colocation, ça corrige aussi un certain nombre de problèmes de dynamique dont on avait discuté avant. Notamment potentiellement des dynamiques liées à être un couple hétéro, et du coup que ça va être potentiellement la femme qui va se retrouver à s’occuper à un peu trop de choses. Alors c’est toujours évidemment possible dans une colocation, si on fait pas attention, c’est les femmes dans les colocations qui vont faire le plus de tâches ménagères. Mais le fait d’être plus nombreux et de devoir de toute façon réfléchir plus à des trucs égalitaires un petit peu, et ne pas juste se reposer sur… Le bon sens peut-être, ou je ne sais quel autre terme qui servirait à dire ne pas réfléchir… Ça permet du coup d’équilibrer aussi un peu plus les choses, et de pas juste se retrouver à être à deux tout le temps, et devoir tout le temps faire des trucs à deux, se retrouver étouffé, etc.

36:13

Adèle Dans un truc qui ressemblerait un petit peu, on a une amie qui a un appartement isolé où elle dispose de sa chambre, son salon, sa cuisine, sa salle de bain. Donc c’est un logement qui est individuel mais en fait au sein d’une maison où il y a très peu de logements et il y a certains espaces qui sont partagés. Il y a par exemple une buanderie commune, un jardin commun. Et cette personne elle habitait avec son copain en voisin de palier en fait. Et du coup, il y avait une dynamique par rapport au logement qui était vraiment de proximité. Où ils pouvaient passer des moments de quotidien comme ceux dont on parlait. Donc, prendre un café le matin ensemble, se faire des câlins, etc. Mais dormir quand même dans leur espace séparé avec une isolation phonique. Et du coup… Quand je suis allée chez elle, j’avoue que j’étais là, mais c’est trop bien de pouvoir avoir à la fois de l’intimité partagée, mais avoir son propre espace. Et moi, ça m’avait inspirée. Je m’étais demandé s’il y aurait moyen de cohabiter avec des personnes dans un immeuble. Avec peut-être plus d’espaces partagés, par exemple un salon de lecture ou un espace de vie où on puisse faire du bruit ou une cuisine partagée, ce genre de choses. Mais c’était très cool aussi qu’il y ait des espaces vraiment individuels.

37:27

Sacha C’est vrai qu’avoir un logement qui serait plus adapté à la vie en groupe, ce qui n’existe pas vraiment aujourd’hui… On parlera peut-être un petit peu plus de ce qui s’en approche un petit peu et ce qui existe quand même tout de même là-dessus. Ça serait bien, et c’est bien, mais c’est compliqué à trouver. Mais même sans ça, effectivement, le fait d’avoir des appartements côte à côte, c’est déjà plus accessible ou plus pratique. Et moi, je suis en relation avec ma voisine du dessous. Et franchement, c’est vraiment super. C’est une des meilleures configurations qui peut arriver.

38:00

Alexia Moi j’étais trop jalouse. Moi je sors avec des gens ils sont genre dans une ville à 200 kilomètres et Sacha il sort avec la voisine. Pourquoi j’arrive pas à faire pareil ?

38:11

Sacha Et vraiment, ça couvre quasiment tous les avantages de vivre ensemble, dans le sens où tu peux te voir quand tu veux, ça prend… Enfin voilà, j’ai juste à descendre des escaliers, donc c’est la même chose que si on vivait dans la même maison. Ça prend pas de temps, il n’y a pas besoin de réfléchir à l’avance, etc., pour se voir. Alors du coup, ça a aussi les quelques inconvénients là-dessus aussi. De potentiellement, on ne prend pas le temps de se planifier des moments ensemble parce que c’est trop facile de se voir. Mais en tout cas, ça enlève beaucoup d’inconvénients. Parce qu’on n’a pas effectivement les mêmes espaces communs à devoir ranger, etc. Enfin, on n’a pas d’espace commun, en fait. On vit chacun de notre côté et on ne se voit que quand on a envie de se voir. Et ça, c’est vraiment super. Et donc, du coup, ça donne effectivement envie de mettre tout son polycule dans le même appartement. Et là, il n’y a même pas besoin de réfléchir à des types de logements différents. C’est déjà un très gros avantage.

39:00

Alexia Mettre tout son polycule dans le même immeuble tu veux dire.

39:02

Sacha Ouais dans le même immeuble ouais.

39:04

Alexia Après il faut trouver un immeuble quoi.

39:07

Adèle Il faut trouver un immeuble où il faut justement construire un petit peu son projet sur mesure. Ce qui a été le choix d’un certain nombre de collectifs, que ce soit associatifs, d’amis ou justement de gens avec ce genre de modèle. Qui se sont dit, bon, en fait, on n’a pas trop le choix vu qu’il n’existe pas de plan d’appartement ou de maison correct. On va acheter un bâtiment et on va faire des travaux et on va le remanier pour qu’il convienne à nos besoins. Et là, du coup, c’est vraiment des personnes qui ont une vision d’un projet, qui s’engagent dedans. Mais effectivement, ça rajoute des logiques beaucoup plus pérennes de projections, d’aspects financiers qui ne sont pas forcément évidentes à reproduire. Et moi, j’ai toujours vu ce genre de modèle avec intérêt. Mais comme des projets assez engagés et construits. Et ça me parait presque marginal, en fait, comme possibilité. Et pas quelque chose que je pourrais conseiller à tout le monde. En mode « allez-y, construisez vos projets à votre image ». Parce que ça demande une énergie et des moyens assez fous.

40:07

Alexia Et puis voilà effectivement construire un projet quand on est un couple et on est deux personnes, s’accorder sur ce qu’on veut c’est faisable… Mais c’est vrai que quand on multiplie les personnes qui veulent être dans le projet, bah déjà il faut que toutes les aspirations elles collent et c’est de plus en plus compliqué. Et puis il faut que le truc tienne dans le temps c’est délicat aussi. Si on achète un truc c’est un gros engagement, pour en sortir derrière c’est un peu compliqué aussi.

40:33

Sacha Il faut avoir les moyens d’acheter un truc, parce qu’on ne va pas trouver un truc en location qui est tout prêt pour ce qu’on veut.

40:38

Alexia C’est ça. Après, je n’ai pas encore regardé de près, mais un ami m’a parlé de… Il y a un montage qui est possible, qui consiste à s’organiser avec les personnes avec qui on veut vivre, faire une association de personnes qui vont utiliser un logement. Je ne sais plus comment ça s’appelle exactement. Mais derrière… Cette association-là va se combiner avec une autre association pour s’approprier un logement en propriété d’usage, ça s’appelle. Donc, je n’ai pas bien compris comment ça marchait. Enfin, je n’ai qu’une vision très globale. Mais si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller sur… Enfin, vous renseigner sur l’association qui s’appelle Clip. Donc si vous cherchez Clip, réseau de lieux en propriété d’usage, vous verrez une façon de se mettre en logement collectif que moi je découvre à peine.

41:29

Adèle Il y a énormément de structures qui sont possibles mais méconnues. Moi, en faisant des recherches préparatoires pour cet épisode, je suis tombée notamment sur des établissements, des habitats coopératifs ou participatifs pour le bien vieillir ensemble de personnes LGBTQIA+. Qui s’appellent les Maisons de la Diversité. Dont la première s’est ouverte à Lyon. Et il y a un film, d’ailleurs, sur ce projet qui s’appelle Les Audacieux.ses, sur France TV en ce moment en rediffusion, je crois. C’est un projet assez récent. Et en fait, l’idée, c’est effectivement de construire des lieux de vie alternatifs. Là, en l’occurrence, qui s’adressaient à des personnes qui risquaient d’être isolées. Et qui voulaient cohabiter malgré des différences, mais avec un point commun d’inclusivité, de solidarité et de bien-être ensemble. Et en fait, je trouve ça assez inspirant parce que c’est des modalités qui pourraient être construites dans plein d’autres relations. Même pour habiter avec des amis, habiter avec des relations polyamoureuses potentiellement, etc. C’est vraiment tout à fait possible, donc c’est inspirant. Mais c’est vrai que pour le moment, ça s’adresse plutôt à des publics avec des problématiques spécifiques, par exemple autour de comment bien vieillir pour ne pas être isolé. Ou comment vivre sans être discriminé, là par exemple, pour ces publics. Je vois pas forcément de projet d’habitat partagé pour des personnes polyamoureuses ou queers ou je ne sais pas quoi autour de moi. Alors je crois qu’il en existe à Strasbourg mais c’est extrêmement compliqué de tomber dessus sans être déjà en lien avec ces personnes quoi.

43:07

Sacha C’est vrai que c’est un petit peu frustrant de voir que ce qui se fait et qui a de la visibilité… Parce que c’est vrai qu’il y a des gens qui vont faire ça dans leur vie privée, on n’en entend pas parler parce que c’est un projet complètement privé. Mais des grosses structures, notamment pour les personnes âgées, qui vont avoir besoin d’aide, qui sont dépendantes, et qui du coup, voilà… Moi j’ai entendu parler de gros réseaux de petits appartements qui sont mis dans le même immeuble. Avec des gros lieux communs, des grosses cuisines, des gros salons pour pouvoir recevoir sa famille. Mais sinon toutes les personnes dépendantes sont là. Et comme ça, il y a les aides à domicile qui peuvent venir et aider plusieurs personnes à la suite dans la même journée. Il n’y a pas forcément que des personnes dépendantes qui sont là, il peut y avoir aussi un petit peu un mélange. Mais du coup, c’est effectivement des solutions à des problèmes, pour des personnes dépendantes. Et en fait, c’est un peu frustrant et dommage qu’on ne puisse pas avoir ça pour… Bah pas pour résoudre un problème aussi tangible que ça, mais juste pour que les gens puissent vivre heureux, heureuses, dans juste d’autres conditions.

44:06

Alexia Non mais vous avez raison, sinon il faut tous qu’on s’inscrive en résidence senior, avec tout notre polycule, et puis voilà !

44:13

Sacha Moi j’ai pas envie d’attendre d’être dépendant avant de pouvoir vivre ça, quoi.

44:17

Alexia Non mais on le fait tout de suite là !

44:19

Adèle Non, mais… Et ça pose un autre problème, qui est que ces publics-là, ils ont vraiment besoin de ces services aussi. Et du coup, c’est une niche qui n’est déjà pas accessible à énormément de gens. Et du coup, effectivement, on ne peut pas leur piquer, comme propose Alexia. Mais cela dit… C’est vrai que c’est quand même inspirant. Et moi, je rêve de projets qui soient construits plus pour des jeunes, pour de la cohabitation. Pensés de cette manière-là, avec différents logements, des espaces collectifs, des espaces de partage. Et pas forcément adressés à un public en particulier. Et bien sûr, c’est super qu’il y ait eu des initiatives pour le bien vieillir ensemble et avoir plus d’indépendance. Dans le livre « Nos puissantes amitiés », j’avais vu justement un modèle comme ça qui s’appelait « La maison des femmes » à Montreuil. Dont le but était d’éviter que justement des vieilles femmes finissent en EHPAD et qu’elles puissent garder leur autonomie, leurs copines, leur vie le plus longtemps possible. Et j’avais trouvé ça ouf et je m’étais dit « Mais moi, quand je vais vieillir, j’ai envie d’avoir ça. » Mais c’est clair que, ça rejoint ce que dit Sacha, c’est dommage de se dire « Je vais attendre d’être vieille pour rejoindre un truc comme ça, quoi. »

45:26

Alexia Après, ça nous donne un truc où au moins on sera contentes d’être vieille.

45:32

Sacha Une des difficultés, c’est le bâtiment, tout simplement, la configuration des lieux qui sont possibles. Et c’est vrai que, comme les logements sont faits que pour des familles ou des couples seuls… C’est compliqué d’avoir quelque chose qui laisserait un minimum d’indépendance ou de repos pour chaque personne qui habite là. Avoir des lieux communs qui soient plus grands. Ça n’a pas de sens que, dans un appartement, tout le monde ait sa machine à laver le linge. C’est pas très pertinent, on n’a pas besoin de tout le monde en avoir.

45:58

Alexia Non c’est ma machine à laver d’accord ? T’as pas le droit de l’utiliser !

46:02

Sacha Et donc, on peut mettre en commun d’autres choses. Et comme tu évoquais un peu tout à l’heure, Adèle, si on arrive à avoir un autre type de logement, on peut avoir effectivement un grand salon, une grande cuisine, une pièce où on fait du bruit. Et après, même si on regroupe des gens qui font de la musique, on peut avoir une salle de musique. Ou d’autres salles pour des activités spécifiques qui vont plaire aux gens qui habitent dans le coin. Et aujourd’hui, c’est compliqué. C’est compliqué, mais c’est vrai qu’on entend un petit peu plus parler. J’entends, je crois, dans des territoires qui essayent de se revitaliser un petit peu. Parce que c’est des territoires, je crois, à la montagne, par exemple, où du coup, il y a l’enjeu de qu’est-ce qu’on fait maintenant qu’il ne va plus y avoir de neige, et où il y a trop de propriétés secondaires. Ils essayent de faire vivre des gens dedans. Et il me semble avoir entendu plusieurs fois des maires proposer, construire, avant même qu’il y ait de la demande, des logements qui sont faits pour être des logements partagés.

46:45

Adèle Oui, ou des réutilisations de gites ou de lieux qui avant étaient des lieux religieux. Des abbayes, des couvents, des zones où il y avait des retraites avant et des collectifs déjà qui y vivaient. Et où du coup, il y a déjà une structure du bâtiment qui a des cellules individuelles pour dormir et des parties collectives. Et tout ça, éventuellement, ça peut être retravaillé pour faire des espaces de vie en collectif. Après, souvent, c’est des espaces qui sont utilisés pour recevoir des personnes plus d’une manière temporaire. Et il y a un noyau dur qui reste dans la structure et qui fonde une association, adressée, encore une fois, à un certain public, etc. Du coup, c’est plus des lieux participatifs et un peu des tiers-lieux que nécessairement des habitats. Mais c’est vrai que ça existe aussi de plus en plus.

47:32

Sacha Et puis si ces lieux étaient créés, ça permettrait aussi que ça soit un peu plus démocratisable. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on peut avoir des catégories de gens qui disent « Allez, on va tous aller vivre dans une grande vieille maison et en fait, on va tous… »

47:44

Alexia Un manoir ! Sacha, on va vivre dans un manoir. Ça y est, vous êtes en train de faire naitre en moi une nouvelle obsession. Et je vais encore me retrouver sur bellesdemeures.com à scroller les manoirs. Je m’en fous, je vous envoie toutes les photos. Vous ne viendrez pas vous plaindre.

48:00

Sacha Non mais ça c’est pour une catégorie de la population particulière qui a envie d’une vie collective. Mais j’entends bien que c’est pas forcément pour tout le monde. Il y a des gens qui ont peut-être envie soit d’être seul, mais pas isolé non plus. Ou soit d’être juste à deux. Et notamment, un sujet que j’ai vraiment en tête, c’est toutes les familles, tous les parents, qui se séparent après avoir eu un ou des enfants. Et en fait, aujourd’hui, ces parents se séparent, ils vont se remettre dans des appartements ou maisons individuelles, en couple, etc. Mais en fait, les enfants, eux, n’ont pas vraiment leur place là-dessus. Du coup, ils sont obligés de se dupliquer, enfin, ou de transvaser d’une maison à l’autre, ce qui n’est pas forcément pertinent. J’ai entendu parler, et apparemment, ils en ont fait un film et une série même après, ça s’appelle « L’Amour flou ». Et c’est sur une histoire vraie de Romane Bohringer et Philippe Rebbot. Ça raconte du coup l’histoire vraie d’un couple qui ne veut plus être en couple, mais sont suffisamment en bonne entente pour pouvoir vivre à proximité. Et en fait, vont vivre avec leur enfant, avec chacun leur petit bout d’appartement personnel, avec au milieu la chambre de l’enfant. Et donc la chambre de l’enfant est au milieu de deux appartements. Et ça ça a été possible apparemment dans ce que j’ai lu parce que ils ont récupéré leur appartement au moment où il était en train d’être construit. Et donc du coup ils ont juste eu à s’arranger un petit peu avec les gens qui construisaient pour avoir créé la chambre de l’enfant au milieu. Et ça je trouve ça absolument génial en fait des choses comme ça. De pouvoir avoir les parents de chaque côté et la chambre de l’enfant au milieu. Ça me parait logique, ça me parait ce qu’il y a de plus pertinent.

49:30

Adèle C’est rigolo parce que moi, quand mes parents avaient divorcé, j’avais réfléchi à est-ce qu’il y a moyen de continuer d’utiliser la maison qu’on avait et de la découper entre papa et maman. Mais le problème, c’est qu’il ne faut pas qu’ils se croisent. Et là, la configuration actuelle, c’est compliqué. Et si on découpe l’escalier en deux et qu’il y en a un qui peut utiliser la moitié gauche et l’autre la moitié droite… Donc ce n’était pas des raisonnements aussi aboutis. Mais c’est vrai que même sans forcément que ce soit le même toit et la même maison… Le fait de pouvoir habiter à proximité, ne serait-ce que pour garder la même école, sur des aspects purement logistiques, ça faciliterait énormément pour les enfants.

50:09

Sacha Et ce qui est valable pour les enfants est valable aussi pour un polycule où tu as envie que tes partenaires ne soient pas trop loin.

50:17

Alexia Attends, du coup, c’est qui qui a la chambre au milieu, là, Sacha ? Je peux savoir ?

50:21

Sacha C’est le pivot ! Le pivot qui a plusieurs partenaires. Un partenaire à droite, une partenaire à gauche.

50:28

Adèle Alors du coup il faut des configurations de logements qui collent avec toutes les configurations de polycules c’est pas forcément hyper évident

50:35

Alexia Attends, du coup, toi, Sacha, t’as ta chambre avec cinq portes autour, c’est ça ?

50:41

Adèle Non, mais sans rire et même sans forcément, encore une fois, être sous le même toit… Moi, il y avait un projet de vie en collectif avec une amie. Et on voulait même se pointer devant une agence pour dire, en fait, on aimerait trouver des logements un peu indépendants, mais vraiment à proximité. Est-ce que c’est possible ? Et même ça, aujourd’hui, c’est hyper compliqué. Quand bien même on serait prêtes à avoir plein de configurations de logements possibles. Des logements individuels, des logements dans le même immeuble, des logements potentiellement un peu en coloc… C’est compliqué. Et moi, ça me met face à des réflexions difficiles. De qu’est-ce que je suis prête à accepter, comment, pourquoi ? Et de voir qu’il n’y a pas forcément de possibilité. Là où mon projet il me semble très simple. Je veux qu’elle habite pas loin.

51:26

Sacha Alors, je mets la suggestion ici pour les gens qui nous écoutent et qui ont un gros portefeuille. Il existe la possibilité d’acheter des immeubles complets. Et ce n’est pas forcément extrêmement plus cher que d’acheter une grosse maison. Enfin, c’est moins cher que d’acheter une grosse maison par rapport à la taille de la maison si l’immeuble est petit. Mais ça nécessite un certain apport. Et ça, en fait, le problème, c’est que le logement est trop cher. Mais en fait, ça donnerait envie de se dire, bon, en fait, c’est l’immeuble d’un polycule.

51:52

Adèle Et j’émets encore une fois une réserve, mais ça met en place aussi des dynamiques par rapport à des rapports d’argent qui sont compliquées. Mais peut-être qu’on pourra parler de ces dynamiques dans un épisode spécifique consacré à l’argent et les relations.

52:05

Alexia Oui, c’est vrai.

52:06

Sacha Oui, le problème de tout ça, c’est à qui appartient le logement. Et du coup il y a des dynamiques de pouvoir qui sont hyper gênantes. Ou alors il y a des différentes parts, et chacun a sa part, et ça pose d’autres problèmes de qui peut partir quand, enfin… C’est compliqué. Mais c’est aussi des problématiques qui existent quand il y a juste un couple qui vit à deux, hein ! C’est la fin de cet épisode sur le logement. On a parlé du fait que ce n’était pas forcément évident d’imaginer d’être en couple sans cohabiter. Parce qu’il y a tout un tas de mécanismes qui font pression pour que ce soit le cas. Mais c’est intéressant de se poser la question de si c’est réellement ce dont on a envie. Parce qu’il y a des bonnes raisons de le faire ou de ne pas le faire. Et pour aider à s’imaginer plus de possible, on vous a donné des exemples de configurations de logements alternatives. Qu’est-ce que vous retenez de cet épisode ?

52:59

Alexia Il y avait beaucoup de choses à retenir, mais moi, j’aimerais bien encourager les gens à considérer le fait d’avoir sa propre chambre, même si c’est une petite chambre. Parce que c’est vraiment quelque chose qui est incroyable, je trouve.

53:11

Adèle Moi, de mon côté, je retiens que j’aimerais encore développer cet imaginaire vis-à-vis de logements partagés. Puisqu’à chaque fois que je découvre des projets, notamment, par exemple, pour bien vieillir ensemble, je me dis, mais j’aimerais trop ça. Et j’aimerais ça maintenant, et pas dans trente ans.

53:28

Sacha Moi, je voudrais inviter à réfléchir à ce dont on a réellement envie par rapport à ce que la société attend d’un couple. Est-ce qu’on a vraiment envie d’être uniquement à deux dans un seul appartement ? Ou est-ce qu’on préfère vivre dans un petit village autogéré avec tout le polycule ?

53:48

Alexia Alors, j’ai trouvé un manoir à Étretat ! Vous m’en direz des nouvelles. Merci d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. S’il vous a plu, n’hésitez pas à en parler autour de vous. C’est vraiment grâce à vous, par le bouche à oreille, que ce podcast gagne en visibilité. Vous pouvez aussi nous envoyer un mail sur contact@atesamours.fr ou nous retrouver sur les réseaux sociaux. Vos charmants messages sont pour nous une grande source de motivation. Le script et les sources de cet épisode sont disponibles sur notre site atesamours.fr. À bientôt pour le prochain épisode !