14. Théorie de l’attachement
Ep. 14

14. Théorie de l’attachement

Episode description

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la théorie de l’attachement ?

C’est une théorie en psychologie qui décrit 4 styles d’attachement différents. En tant qu’enfant, en fonction de comment nos relations avec nos parents se déroulent, on développe un de ces styles d’attachement, parmi :

  • sécure ;
  • insécure :
    • évitant ;
    • anxieux (ou ambivalent) ;
    • désorganisé.

Là où ça devient intéressant, c’est qu’à l’âge adulte, on reproduit notre style d’attachement principal, notamment dans nos liens amoureux !

Mais ce style n’est pas figé : il peut évoluer dynamiquement. Si vous ou votre partenaire a un style d’attachement insécure, connaitre cette théorie permet de mieux comprendre certains de vos comportements et de vous y adapter, pour développer des liens plus sécurisant et de qualité !

Alors, que vous soyez monogames ou polyamoureux·se, découvrez avec nous cette théorie !

Ressources

Mentionnées dans l’épisode :

  • le livre Polysecure : Attachment, Trauma and Consensual Nonmonogamy de Jessica Fern, sur la théorie de l’attachement et la manière de vivre mieux ses attachements en relation non monogame
  • un questionnaire en ligne vous permettant de vous positionner sur les axes « évitement » et « anxiété » et vous donner une indication sur votre style d’attachement

Inspirations complémentaires pour l’épisode :

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0:02

Adèle Bienvenue dans « À tes amours », le podcast qui propose une autre manière d’aborder les relations. Nous sommes Adèle,

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Alexia Alexia

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Sacha et Sacha,

0:10

Adèle et nous allons vous parler notamment d’émotions, de communication, de polyamour et d’autres formes de non-monogamie. Ce podcast s’adresse à toute personne s’interrogeant sur les relations.

0:26

Sacha Lorsqu’on relationne, que ce soit en amour ou en amitié, on cherche à créer un lien dans lequel on se sent bien. Ces connexions profondes avec autrui, notamment sur les plans émotionnels, physiques et intellectuels, on peut les regrouper sous le terme d’attachement. Cet attachement est, d’après les chercheurs en psychologie, un besoin inné. Tant dans l’enfance, à travers nos liens à nos parents, qu’en tant qu’adultes, notamment par nos liens à nos partenaires amoureux. Notre épisode du jour est donc consacré à la théorie d’attachement. Et à ce qu’elle peut nous apprendre dans notre manière de relationner, qu’on soit monogame ou polyamoureux.

1:07

Alexia Cet épisode est un peu particulier parce que ce sujet est particulièrement important pour Adèle. Alors sur toute une première partie, Sacha et moi, on va plutôt rejoindre le groupe des auditeurices et on va écouter Adèle nous présenter la théorie de l’attachement. Ensuite, on pourra lui poser des questions pour qu’elle nous explique comment elle a découvert cette théorie. Et comment elle a pu l’utiliser pour mieux comprendre ce qui se joue dans ses relations. Et puis on discutera tous les trois librement sur le sujet. Adèle, à toi de jouer !

1:42

Sacha Bon alors, première question, qu’est-ce que c’est que la théorie de l’attachement ?

1:47

Adèle Alors, la théorie de l’attachement, elle a été développée dans les années 50 à 80 principalement par les psychiatres John Bowlby et Marie Ainsworth. En fait, elle part du postulat qu’en tant qu’enfant, nous ne pouvons pas survivre sans l’aide d’un adulte protecteur et aimant. Un enfant, ça a besoin de développer une relation d’attachement avec au moins un adulte qui prend soin de lui. L’adulte, il est appelé dans ce cadre figure d’attachement. Et il va s’assurer de répondre aux besoins physiques et émotionnels de l’enfant. Par exemple, il le nourrit, le protège, il le réconforte par des contacts physiques. Les parents qui nous écoutent vont peut-être penser aux contacts peau à peau ou quand ils prennent leurs enfants dans les bras, par exemple. Et donc, quand l’enfant se sent en détresse, son système d’attachement s’active. Et il va se manifester par des cris, des pleurs, un fort besoin d’attention de la part de sa figure d’attachement. La figure d’attachement, c’est généralement la mère ou le père de l’enfant. Et ils vont réagir pour ramener un sentiment de sécurité chez leur enfant. Lorsque le parent se comporte de manière cohérente et assez constante, l’enfant va développer un style d’attachement dit « sécure » ou « sécurisé ». En gros, il a confiance dans le monde et dans le fait que ses besoins vont être répondus. Il apprend à co-réguler ses émotions et il dispose d’une base solide à partir de laquelle il peut progresser et explorer le monde. Mais si la figure d’attachement ne réagit pas ou mal, ou si elle est indisponible, l’enfant va se retrouver sans ressources pour restaurer ce socle de sécurité. Il peut alors développer des stratégies d’adaptation de son système d’attachement. Qui vont soit le conduire à inhiber ce système. Dans ce cas-là, en gros, il ne manifestera pas d’intérêt pour sa figure d’attachement, ne réclamera plus, n’exprimera plus ses besoins. Ou au contraire, il va hyperactiver son système d’attachement. Et dans ce cas-là, il va surexprimer ses besoins, parfois de manière disproportionnée, pour obtenir enfin une réaction de la part de la figure d’attachement. Dans ces deux cas, l’enfant a moins tendance à explorer en autonomie le monde. Dans le premier, il se renferme, se replie un peu sur lui-même. Et dans le second, il va plutôt développer une peur de l’abandon, un manque d’estime de soi. Ce que la théorie de l’attachement dit, c’est que, en gros, en fonction du vécu dans nos premières années, on va développer un style d’attachement principal. Et là où ça devient intéressant, c’est qu’on va avoir tendance à reproduire ce style d’attachement et les comportements en lien avec ce style d’attachement dans toutes nos relations, même en tant qu’adulte. C’est particulièrement vrai d’ailleurs dans les relations amoureuses où le partenaire joue le rôle de figure d’attachement. La différence avec le lien parent-enfant, où le lien est asymétrique puisque seul le parent est figure d’attachement, c’est que dans les relations amoureuses, chaque partenaire joue le rôle de figure d’attachement pour l’autre. C’est donc un rôle mutuel en gros.

4:46

Sacha D’accord, merci pour le contexte général. Donc là, tu nous as parlé de style d’attachement principal, notamment, et donc on va parler de ce que c’est. Il me semble que ça a été un petit peu observé, découvert avec une expérience. Où ils ont pris un enfant qu’ils ont mis dans une grande pièce avec un de ses parents qui était là. Il y avait des jouets aussi, on observait comment l’enfant interagit avec les jouets dans la pièce. Aussi, il y a un inconnu qui arrive dans la pièce, on observe comment l’enfant interagit avec cet inconnu, s’il lui répond à son sourire ou pas. Et dans un second temps, le parent s’en va, et on observe comment interagit l’enfant à ce moment-là, notamment avec cet inconnu avec qui il est laissé tout seul. Et enfin, on regarde dans un troisième temps la réaction de l’enfant lorsque son parent revient par la suite.

5:30

Adèle Oui, effectivement, cette expérience de la situation étrange, c’est celle-là qui a permis de déterminer les quatre styles d’attachement différents. En fonction notamment de la manifestation justement des éventuels cris ou pleurs quand le parent quittait la pièce. Et de comment se passait la réunion avec le parent principalement.

5:50

Alexia Et on n’a pas fait ça qu’avec un seul enfant.

5:53

Adèle Oui, c’est ça !

5:53

Alexia C’était pas un enfant qu’on a mis, on a fait l’expérience avec plein de petits enfants.

5:59

Adèle C’est ça, un panel d’enfants. Et du coup, ça a mené à les catégoriser entre quatre styles d’attachement principaux. Le premier style, c’était d’abord le style sécure ou sécurisé. En gros, ce qui se passait dans cette situation-là, c’est que lorsque le parent était présent, l’enfant, il pouvait aller jouer tranquillement. Il allait interagir aussi avec la personne tierce si elle se présentait. Mais il vérifiait quand même un petit peu comment son parent réagissait. Donc si son parent souriait aussi, il souriait. En revanche, quand son parent quittait la pièce, il manifestait de l’inconfort et réclamait, ou même il se déplaçait en fonction des âges des enfants, vers son parent. Et il était rassuré quand celui-ci revenait. En gros, ce qu’on peut retenir de ça, c’est que l’enfant se sentait confiant lorsque son parent est à proximité. Lorsqu’il y avait un danger qui se présentait, il cherchait du réconfort près de sa figure d’attachement. Et la plupart du temps, son parent lui apportait. Ça, ça représente d’ailleurs environ 50 % de la population. C’est un style d’attachement qui est quand même majoritaire. Et après, il y avait des styles qui ont été qualifiés d’insécures, qui sont au nombre de trois. Il y avait d’abord le style évitant. Ce style-là, l’enfant manifestait au moins en surface une indifférence à la présence de son parent. Donc quand il était laissé seul ou en présence de la personne qu’il ne connaissait pas, l’inconnu, l’enfant ne réclamait pas spécialement de réconfort. Par contre, il y avait quand même des capteurs qui montraient que le niveau de stress de l’enfant était élevé. Et du coup, qu’il n’était pas si bien que ça, même si en surface, il paraissait OK. Et donc, l’enfant, on peut dire qu’il apprenait un peu à ne pas obtenir de réconfort de sa figure d’attachement. Et du coup, il était conduit après à ignorer son parent. Et ces enfants-là ne manifestaient par ailleurs que peu de curiosité pour les jouets mis à disposition et n’exploraient que peu la pièce. Après, il y avait le style anxieux, ou on l’appelle aussi ambivalent. Au contraire, l’enfant restait très collé à son parent. Et même sans situation de stress, il pouvait manifester une envie de proximité très forte à son parent. Le conduisant à ignorer aussi son environnement, il n’allait pas spécialement rechercher les jouets ou interagir avec l’inconnu. Et lorsque le parent quittait la pièce, l’enfant manifestait un stress très intense, et il mettait du temps à se calmer, même après le retour de son parent. Enfin, un dernier style a été ajouté à posteriori, c’est le style dit désorganisé. Qui en fait mettait à la fois en évidence des traits évitants et des traits anxieux. Et moi, j’aime bien me l’expliquer en me disant, si on rapproche le style évitant de l’inhibition du système d’attachement et le style anxieux d’une suractivation de celui-ci. En gros, le style désorganisé, ce serait un peu une alternance entre les deux, voire les deux en même temps. Ces situations peuvent arriver notamment à des enfants qui se sentent en danger en présence de leur figure d’attachement. Dans certains cas où le parent représente finalement un danger. Parce qu’il a pu avoir des abus ou ce genre de choses, ou de la violence. Dans ce cas-là, l’enfant voudrait du réconfort et le réclame, mais l’objet de sa peur, c’est la personne qui est censée apporter du réconfort. Donc ça peut être assez déstabilisant et ne pas permettre à l’enfant d’élaborer une stratégie de survie claire et constante. Il peut être assez intéressant de connaitre votre style d’attachement, vu que ça se manifeste aussi en tant qu’adulte. Cependant, gardez en tête que ces styles d’attachement ne sont pas du tout figés dans le marbre et qu’ils peuvent évoluer tout au long de votre vie. Moi, j’aime bien voir ces styles d’attachement comme des stratégies comportementales dans les relations. On a appris, enfant, comment relationner aux autres et quoi attendre de la personne en face. Et du coup, on a un modèle par défaut, un script un peu tout fait. Et on n’applique pas nécessairement tout le temps dans tous nos liens. On peut avoir des styles d’attachement secondaires ou même situationnels.

10:04

Sacha Pour résumer, il y a quatre styles d’attachement, mais en fait, il y a deux axes. Il y a l’axe d’anxiété, qui est la suractivation du système d’attachement, et l’axe d’évitement, qui est l’inhibition du système d’attachement.

10:17

Adèle Oui, c’est exactement ça. Et du coup, on peut d’ailleurs retraduire les quatre styles d’attachement par rapport à ces axes. Si on n’est ni anxieux, ni évitant, tout va bien et on est sécure. Si on est anxieux, mais pas évitant, on dit qu’on a un attachement préoccupé, ce qui est en fait l’évolution du style d’attachement anxieux dans l’enfance. Ce que ça veut dire, c’est qu’en tant qu’adulte, on a peut-être ancré la croyance que nos besoins d’amour et de réconfort ne seront jamais remplis. Si on est évitant, mais pas anxieux, on dit qu’on a un attachement évitant ou réticent. En tant qu’adulte, cette inhibition du système d’attachement peut conduire les personnes à minimiser leurs besoins d’attention et d’amour ou leur envie de connexion aux autres. Et enfin, si on est à la fois évitant et anxieux, on dit qu’on a un attachement désorganisé. Ou évitant et craintif. Je trouve que ces axes sont intéressants parce qu’ils permettent peut-être plus facilement de se visualiser soi-même dans une des catégories. En tout cas, ça a été le cas pour moi. Et aussi parce que ces axes-là, ils peuvent être un peu plus graduels que du tout ou rien. Par exemple, même si on est dans un style d’attachement sécure, on peut être peut-être, malgré tout, un peu évitant et un peu anxieux. Et d’ailleurs, il y a des tests en psychologie qui permettent de déterminer où on se situe sur ces axes avec des notes entre zéro et dix. Ça permet de se rattacher à une étiquette, mais ça permet aussi de comprendre plus finement notre vécu. Enfin, j’aime bien ces deux axes personnellement parce qu’on peut aussi les renommer sous des formes un peu plus positives. Par exemple, l’axe de l’évitement, on peut le voir aussi comme notre capacité à être autonome et à se faire passer en priorité, à réussir à être indépendant. Et l’axe de l’anxiété, on peut le voir comme notre capacité à entrer en connexion avec quelqu’un d’autre, à être attentif aux autres et à être capable de répondre aux besoins des autres. Alors bien sûr, poussés à l’extrême, ces deux axes deviennent problématiques. Mais ils reflètent aussi deux besoins fondamentaux, je trouve. Qui sont un équilibre à rechercher entre le désir de connexion à autrui et le désir d’autonomie. Quelqu’un d’ailleurs de sécure a généralement un bon équilibre entre les deux. Quand les autres styles ont plus de facilité à tendre vers un extrême. Par exemple l’isolement pour un axe trop fort d’autonomie et la fusion pour un axe trop fort de connexion aux autres.

12:52

Sacha Eh bien, merci pour cette présentation, professeure Adèle.

12:55

Alexia Oui, merci beaucoup pour tes explications Adèle, c’était super clair. Et puis moi, j’adore avoir des petites cases pour mettre les gens dedans.

13:02

Adèle Les étiquettes !

13:09

Alexia On va avoir des questions à te poser. Moi déjà, j’aimerais commencer par te demander comment tu as découvert cette théorie et surtout, est-ce qu’elle t’a parlé tout de suite ?

13:18

Adèle Alors, j’ai découvert cette théorie un peu par hasard. Honnêtement, je ne me souviens même plus exactement quand c’était. Et je crois qu’assez vite, je me suis reconnue dans le style d’attachement anxieux. J’ai lu les descriptions et je me suis dit, ah ouais, c’est totalement moi. C’est assez incroyable. Et sur le moment, j’ai un peu oublié que j’avais cette étiquette. Et j’y suis revenue…

13:40

Alexia Tu t’es dit cool, j’ai un attachement anxieux, bon, on passe à autre chose.

13:45

Adèle Ouais, et puis c’était un peu presque une fatalité de « ok, je vais vouloir me raccrocher aux autres ». Et potentiellement ça a l’air d’être peut-être problématique ou pas. J’en sais rien, c’est une étiquette, je sais pas trop quoi en faire.

13:58

Alexia Et ça a l’air d’être une fatalité, quoi.

14:00

Adèle Ouais, je trouve d’ailleurs que du coup la manière dont on me l’a introduit était probablement pas la bonne. Parce qu’en fait, maintenant, pour moi, c’est plus du tout ça.

14:08

Alexia Ouais.

14:10

Adèle La manière dont je l’ai vécue par la suite, c’est effectivement comment je fonctionne par défaut dans les relations. Et pourquoi parfois je suis si « demandeuse » dans mes relations de réassurance. Parce que je constatais qu’effectivement, j’avais une peur de l’abandon énorme, une peur du rejet énorme. Et c’était quand même un peu interpellant parce que je voyais qu’en face de moi, les gens ne réagissaient pas tous pareil. Et donc ça a déjà permis un premier éclairage sur qu’est-ce qui a pu se jouer dans ma vie pour en arriver là. Et c’est passé forcément par une thérapie de mon côté. Où j’ai été accompagnée justement par une psychologue qui m’a un peu parlé de ces éléments. Mais pas forcément d’une manière si directe. Elle, elle avait vu qu’en fait, je faisais passer en priorité, clairement, ma connexion aux autres. Mais que je m’oubliais un petit peu dans l’affaire et que j’oubliais un petit peu l’axe de l’autonomie. Et donc, ce qu’elle a fait, c’est me recentrer sur moi-même et chercher à ce que, justement, j’écoute mes envies, mes besoins. Et que je me rééquilibre sur le fait que je n’avais pas forcément tout le temps besoin des autres. Et que je pouvais être ma propre figure d’attachement, mon adulte qui s’occupe de mon moi enfant. Un peu si je récapitule dans les grandes lignes.

15:29

Sacha Et du coup, cette psy, elle est passée par la théorie de l’attachement pour t’aider là-dessus ? Ou est-ce que c’était complètement indépendant de la théorie de l’attachement ?

15:36

Adèle Alors, elle, clairement, elle avait lu des ressources là-dessus. Puisqu’ensuite, elle me les a envoyées, et je les ai lues, et j’étais là, « Oh, mais c’était ça, en fait ! »

15:44

Alexia Elle avait une idée derrière la tête.

15:46

Adèle Donc, clairement, je pense qu’elle s’est appuyée très fort là-dessus. Ça ne devait pas être les seules choses sur lesquelles elle s’appuyait. Mais vraiment, elle s’appuyait là-dessus, sur certains des exercices. Pour me faire sentir que les connexions que j’avais, elles n’allaient pas s’écrouler. Que j’avais déjà des liens stables dans ma vie. Pour me montrer que, cependant, les liens, ils n’étaient jamais parfaits. Et que du coup, oui, j’allais vivre des situations d’angoisse, mais que c’était temporaire et que ce n’était pas grave.

16:12

Alexia Oui, parfois les adultes sortent de la pièce.

16:14

Adèle Ouais, voilà.

16:15

Alexia Et reviennent.

16:16

Adèle C’est ça. Et du coup, qu’il n’y avait pas besoin d’angoisser quand l’adulte sort de la pièce parce qu’il va revenir. Et je pense que ça m’a un petit peu aidée à travailler sur ces modèles qui étaient peut-être un peu figés dans ma tête. Et sur surtout des croyances que j’avais, que les gens allaient forcément m’abandonner. Alors que finalement, non, j’avais des gens qui étaient fiables dans ma vie. Dont vous faites partie d’ailleurs. Et qui étaient bienveillants et qui voulaient que j’aille bien.

16:41

Alexia Mais c’est vrai que dans ce que tu dis, il y a aussi un fort enjeu de pas seulement gérer ton lien à une figure d’attachement externe. Mais juste te dire que la figure d’attachement, elle est aussi interne. Ce que tu disais, tu es ta propre figure d’attachement. Et t’as pas forcément besoin des autres comme tu avais peur d’en avoir besoin. T’es aussi indépendante et il y avait ce truc-là qu’elle a remis en valeur chez toi, c’est ça ?

17:04

Adèle Ouais, ouais, complètement. Et donc, il y a ce point-là qui était important pour moi. Mais il y avait aussi, en fait, dans les attachements, à ce moment-là… J’avais dû lire quelque chose sur la théorie de l’attachement et me rendre compte que les partenaires étaient présentés comme des nouvelles figures d’attachement. Et bizarrement, je m’attachais un petit peu à des figures qui pouvaient être évitantes et fuyantes. Et qui, du coup, me faisaient vivre mon anxiété dans mes relations amoureuses.

17:34

Alexia C’est pas très pratique.

17:35

Adèle C’était un pattern qui se répétait un petit peu, ouais.

17:39

Alexia Tu peux pas trouver des figures d’attachement anxieuses comme ça vous…

17:43

Adèle Voilà, du coup, c’est pas exactement ce qui s’est passé, mais en gros… Moi, ça m’a fait me rendre compte qu’effectivement, j’avais peut-être, à ce moment-là, vraiment besoin d’une personne qui prenne soin de moi physiquement, émotionnellement. Qui puisse avoir une présence importante et régulière dans ma vie. Qui l’investisse émotionnellement. Qui vraiment coche toutes les cases de ce que c’est qu’une figure d’attachement et ce qu’elle est censée apporter à l’enfant. Peut-être parce que sur certains points, même si j’ai eu énormément d’amour de la part de mes parents, il y a peut-être eu quand même des craintes qui se sont fixées. Et donc, en tant qu’adulte, je cherchais vraiment, je pense, une figure d’attachement et une sorte d’amour inconditionnel chez quelqu’un. Et ça, en fait, c’est très difficile à trouver parce que les gens sont faillibles. Ils font des erreurs et il n’y a pas d’amour inconditionnel parfait qui existe, à mon sens.

18:41

Alexia Et ce que j’allais dire même chez les parents, c’est une grosse pression, je pense, pour les éventuels parents ou futurs parents qui entendent ça. De se dire « Oula, il faut vraiment que je fasse tout parfait ! » C’est possible aussi de faire des erreurs. Et si votre enfant, malgré tous vos efforts et malgré peut-être un cocon hyper sécurisé dans lequel vous l’avez baigné, s’inscrit dans un attachement insécure, c’est pas une fatalité. Et c’est pas toute votre faute et c’est pas la fin du monde. Faites au mieux ! Que vous soyez parent ou figure d’attachement d’adulte à adulte.

19:15

Adèle Ouais, clairement. C’est vrai que ça peut être justement très culpabilisant, comme tu l’as dit. Et moi, je pense pas que j’ai manqué d’amour ou que mes parents, ils ont mal fait. En réalité, je pense par contre, que les styles d’attachement, ils peuvent potentiellement aussi se répercuter, entre guillemets, un petit peu…

19:36

Alexia Se transmettre.

19:36

Adèle Comme un bâton de relais…

19:37

Alexia C’est héréditaire.

19:37

Adèle Se transmettre, c’est ça. Et pour le coup, quand j’ai lu sur le modèle anxieux, j’y ai aussi reconnu un petit peu ma maman. Et je me suis dit, je ne sais pas ce qui, initialement, a créé ce style anxieux dans la famille. Mais potentiellement, ça peut aussi être situationnel. Ça peut être des contraintes de travail. Ça peut être tout un tas de choses qui font qu’à un moment donné, certaines fois peut-être, les besoins ont été répondus d’une manière qui a créé des adaptations chez l’enfant. Il faut vraiment voir les styles d’attachement comme des adaptations et pas comme des pathologies. À part le style désorganisé qui peut être, d’après visiblement les études que j’ai lues, un petit peu plus lié à des risques de pathologie. Les autres styles, il n’y a aucun souci. Et d’ailleurs, ça représente une portion importante de la population. À peu près une personne sur deux est insécure.

20:34

Alexia Après c’est vrai que c’est une grille de lecture. C’est pas un diagnostic psychiatrique ou quoi. C’est quelque chose pour nous aider à faire le point et qui s’explique un petit peu par le vécu. Mais c’est vrai que c’est un peu difficile de mettre le doigt sur des choses exactes. On est sur la complexité de la psyché humaine quoi.

20:53

Adèle Je pense qu’il faut le voir vraiment comme les stratégies comportementales qu’on va développer pour créer un nouveau lien dans nos relations. Et quel va être notre modèle, on va dire, par défaut. Mais ces stratégies, déjà, elles peuvent changer en fonction des individus qu’on a en face de nous, en fonction de situations. Si on est en situation de stress, même quelqu’un d’évitant va peut-être se montrer dans un style un petit peu plus anxieux ou un petit peu plus en recherche de lien. Enfin bref, il y a énormément de variations. Et je pense que cette théorie, elle peut être utile à mieux se comprendre. À mieux comprendre ce qui se joue pour nous dans les relations et à ce qu’on recherche dedans. Et ça peut aussi éclairer les comportements qu’on ne comprend pas forcément dans les adultes qui sont en face de nous. En comprenant mieux leur éventuelle peur.

21:46

Alexia Comme tu dis, tu parles de stratégie. Je vois vraiment ça comme l’enfant, quand il était petit, il voyait qu’il ne pouvait pas forcément se reposer vraiment sur l’adulte. Éventuellement parce que l’adulte n’était pas vraiment là ou pas vraiment disponible moralement ou des choses comme ça. L’enfant, il devient évitant pour éviter d’être déçu, pour pouvoir continuer sa vie. C’est une stratégie qui sert éventuellement à un moment et qui après peut poser problème dans d’autres liens. Mais qui nous a servi à un moment et c’est normal qu’on s’y raccroche. Et comme tu disais tout à l’heure, c’est un script qu’on a par défaut. C’est quelque chose qu’on peut retravailler, changer un petit peu en fonction des situations dans lesquelles on se trouve. C’est ça.

22:24

Adèle Oui, oui.

22:26

Sacha Et du coup, la question qu’on n’a pas posée, mais qui est pourquoi est-ce qu’on a fait dans notre podcast un épisode sur la théorie de l’attachement. Quelle est la réponse ? On a déjà évoqué plusieurs pistes. Il y a, de ce que j’ai retenu là, il y a le fait de pouvoir disposer déjà de cet outil sans attendre qu’un psy nous le donne. Donc ça peut être pas mal. Il y a éventuellement de se dire que ça peut nous aider à trouver des compatibilités ou incompatibilités avec certaines autres relations. Ça peut nous aider pour de l’introspection. Ça peut aussi quand on fait un podcast sur les relations et le polyamour, forcément on va parler de théorie de l’attachement. Parce que tout le monde en parle et donc du coup pourquoi pas nous. Est-ce qu’il y a d’autres raisons ?

23:11

Alexia Ça c’est vraiment le meilleur argument.

23:14

Adèle Non, mais cela dit, sur ce dernier point, c’est pas du tout absurde de parler de théorie de l’attachement dans un podcast sur les relations. En fait, d’ailleurs, souvent, la théorie de l’attachement, pour les adultes, elle est présentée comme le partenaire se substitue à la figure d’attachement parental. Et devient vraiment quelque chose de très central. Il y a finalement peu de littérature sur la théorie de l’attachement et le polyamour. Et vous pouvez peut-être vous demander comment on fait dans ces cas-là.

23:41

Sacha On a deux parents, donc il faut bien les remplacer par deux partenaires amoureux.

23:45

Alexia J’étais en train de me faire la même réflexion.

23:48

Adèle Eh bien figurez-vous que effectivement en tout cas, c’est un spoil… On en parlera plus tard, mais les relations non monogames elles sont tout à fait compatibles avec le fait d’avoir des attachements sécurisants. Ce qu’on recherche tous quel que soit notre style d’attachement. Et d’ailleurs, il y a une autrice exceptionnelle qui m’a beaucoup accompagnée, moi, dans mon parcours, qui s’appelle Jessica Fern. Qui a fait un livre sur toutes ces questions qui s’appelle Polysecure. Et qui est justement comment vivre des relations saines et sécurisantes dans vos liens polyamoureux, basés sur les études de psychologie, sur la théorie de l’attachement.

24:27

Sacha Et d’ailleurs, comme c’est considéré comme un des meilleurs livres écrits sur le polyamour qui existe aujourd’hui… C’est aussi probablement pour ça qu’on parle autant de théorie de l’attachement dans les discussions autour du polyamour. Même si c’est un petit peu moins le cas, j’ai l’impression, dans les communautés francophones. Notamment parce que le livre n’est pas traduit en français.

24:44

Adèle Non je pense qu’ils t’attendaient pour ça Sacha.

24:48

Sacha Moi, j’ai une autre question un petit peu sur la théorie de l’attachement, une question plutôt du côté méchant. Il y a une partie de moi, quand j’entends parler de la théorie de l’attachement, qui me fait beaucoup penser à tous ces… Comme c’est quelque chose qui met dans des cases, ça me fait penser aux tests de personnalité…

25:02

Alexia Aux signes astrologiques.

25:04

Sacha Aux horoscopes ou ce genre de choses. Et en fait… Il y a une petite part de moi qui me dit, ah, est-ce que la théorie de l’attachement… Alors pas forcément dans ses racines, mais peut-être dans l’utilisation qui peut en être faite aujourd’hui ou demain. Est-ce qu’on rentre pas dans un côté de « Ah, moi je suis évitant, et toi t’es quoi ? » Et c’est mis en avant, en gros, sur les sites de rencontres, et c’est un nouveau truc d’horoscope.

25:27

Alexia Comme disait Adèle, à un moment, à priori, ce n’est pas des cases. Là, on en parle en mettant des grosses cases, mais c’est plutôt des spectres sur certaines façons dont tu vas t’attacher. Et il n’y a rien d’horoscopique à voir si tu as plutôt tendance à éviter de trop t’attacher et à réclamer de l’attention et à faire comme si tu avais besoin de personne. Ou plutôt avoir tendance à chercher beaucoup de présence dans tes liens.

25:56

Adèle En fait, pour le formuler différemment, j’espère que ça ne va pas être une étiquette sur les sites de rencontres parce que ce serait un peu absurde. De mon point de vue, c’est un outil pour mieux se comprendre soi. Et éventuellement aborder la communication d’une manière différente dans ses liens. Je sais que moi, par exemple, dans une de mes relations, j’avais exprimé justement que quand j’étais un peu plus sous situation de stress… Que ce soit au travail ou dans la relation en elle-même… J’allais avoir besoin de beaucoup de réassurance. Sur le fait que la personne m’apprécie, sur le fait que le lien ne va pas s’écrouler, etc. Et en fait, ça, je le savais parce que j’avais avant vu que j’étais anxieuse et que j’avais un peu fait ces tests sur ces axes. Et que j’avais vu que le contact et le partage aux autres étaient un de mes moteurs principaux. Et que sans ça, j’avais du mal à faire des choses seule et pour moi. Et je pense que pour la personne en face, c’était beaucoup plus lisible que je lui présente comme ça. Plutôt que tous les trois jours, je lui demande… « Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu m’aimes encore ? » Parce que la personne en face, pour le coup, il se trouve que son style d’attachement, c’était plutôt évitant. Et en fait, il est là, mais pourquoi elle me poserait tout le temps cette question ? C’est pénible, en fait. Alors que comme j’avais dit, moi, j’ai vraiment besoin de cette réassurance. Je sais que c’est potentiellement compliqué à me donner. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, j’attends un petit peu de ça dans mes liens parce que j’en ai encore besoin. Et j’espère que ce sera transitoire et que je vais pouvoir m’en détacher plus tard. Mais là, pour le moment, j’en ai besoin. Je pense que c’était utile et il n’y a pas besoin nécessairement de ces cases et de ces étiquettes pour faire ce travail. On peut bien communiquer, mais ce n’est pas toujours le cas. Et donc, parfois, c’est un peu un raccourci et ça peut aider.

27:52

Alexia Oui, au final, je trouve que c’est un outil d’aide à la description. Ça permet de voir ce qui se joue pour nous, comment on réagit, et de l’objectiver et de constater. Moi, je constate que dans mes relations, j’ai tendance à agir de telle ou telle manière et d’avoir besoin de telle ou telle manière. À priori, selon la théorie de l’attachement, c’est peut-être parce que dans mon enfance, il s’est passé ça ou ça. Mais je trouve que ce qui est vraiment important, c’est de voir où on en est aujourd’hui et de faire avec, en fait.

28:21

Adèle Oui, et puis il y a aussi des solutions qui sont données par rapport à nos styles d’attachement. Parce qu’en fait, ce qui peut se passer, c’est qu’en fonction de notre style d’attachement, on va parfois rencontrer des difficultés un peu types dans les liens. Moi, par exemple, mes difficultés liées à mon style d’attachement anxieux, c’est que j’ai du mal à fixer des limites dans mes relations. Des limites tant vis-à-vis de moi-même que vis-à-vis des autres. Et en gros, c’est beaucoup trop perméable. Je donnais beaucoup et je voulais beaucoup recevoir. Et ça, en le sachant, il y a aussi des pistes qui existent pour solutionner ce genre de choses. Moi, je suis passée, par exemple, par le fait d’essayer de vraiment plus séparer quels étaient mes besoins à moi, et les besoins de la personne en face. Et est-ce que je pouvais chercher à amplifier mes besoins, à mieux écouter mes propres besoins. Et pas systématiquement faire passer les besoins des autres en priorité. À l’inverse, quelqu’un avec un style un peu plus évitant, ça a été le cas pour un de mes partenaires, lui il disait que son problème dans les liens, c’est que parfois il n’arrivait pas à en faire. Il n’arrivait pas à faire de lien, et du coup qu’il se retrouvait isolé. Là aussi, il y avait des pistes sur ce besoin de connexion, comment il pouvait faire des efforts pour l’amplifier d’une certaine manière. Chacun a aussi potentiellement des pistes sur comment mieux entrer en lien d’une manière équilibrée à soi et à l’autre. Du coup, je ne sais pas si pour vous aussi, potentiellement, cette théorie a éclairé des choses. Ou si maintenant que je vous l’ai présentée, vous vous rappelez de certaines situations, vous vous dites « Ah mais oui, c’est ça qui s’est joué ». Est-ce que vous pensez que cette théorie pourrait vous être utile ?

30:12

Alexia Je pense que c’est une grille de lecture intéressante, effectivement. Moi, évidemment, j’ai tout de suite fait le premier test en ligne que j’ai trouvé parce que je voulais voir dans quelle case je tombais. Non, plus sérieusement, je sais que j’ai un attachement sécure parce que globalement, je n’ai pas de grosses difficultés dans mes liens de ce style. Et je m’attendais à être un petit peu évitante quand même. Parce qu’effectivement, quand je commence à être en stress ou que je ne vais pas bien, j’ai tendance à me renfermer sur moi-même. Et voilà. J’ai un score de 1.7. Non, 2.7. Oh, j’ai oublié. Sur l’axe évitant d’un test que j’ai fait. Qu’on pourra peut-être mettre en commentaire si les gens veulent voir un peu ce que ça donne.

31:00

Sacha Si tu ne mets pas d’échelle, ça ne vaut rien. 2.7 sur indéterminé…

31:04

Alexia Sur l’échelle de Richter.

31:07

Sacha Non.

31:09

Adèle C’est 2.7 ou 1.7 sur 10. Et en gros du coup ils testent justement les deux axes évitement et anxiété dans les relations

31:19

Sacha Et Alexia a 2.6. Donc, on nous ment depuis tout à l’heure.

31:24

Alexia Bon. Par contre, c’est vrai que je pense que je vois dans des personnes avec qui je relationne… Des comportements que je pourrais associer à ces catégories ou à certains styles d’attachement. Après, ce n’est pas à moi de les étiqueter à leur place. Mais c’est vrai que ça m’aide encore plus à accepter le fait que chacun est différent. Et que parfois, on fait avec les outils avec lesquels on a grandi. Et que ça peut un peu compliquer la fluidité du lien, dirons-nous.

31:57

Sacha C’est vrai que quand on a préparé l’épisode… Où on s’était posé du coup cette question avec Alexia, on s’était dit bah oui, nous, tous les deux, individuellement, on est secure. Et donc la théorie de l’attachement, bon, on en avait entendu parler, mais…

32:10

Alexia Ça nous a pas attiré très fort, quoi. Enfin, on s’est dit, OK…

32:13

Sacha C’est ça, et ça nous a pas été utile, même après la connaissance qu’on a eue. Et on a d’ailleurs un petit peu oublié par la suite. Mais moi, ce que je me suis dit, c’est que, bon, c’est pas utile personnellement pour ma propre vie de moi-même. Mais c’est quand même une grille de lecture intéressante pour comprendre l’altérité des gens avec qui je peux être en relation. Oui, comprendre, et plus que comprendre même. Je vais dire plus conceptualiser et plus se rendre compte que certaines personnes, en fait, ont un vécu et une manière de ressentir les choses différent du mien. Et ensuite ça apporte aussi des outils éventuellement pour pouvoir traverser ces difficultés. Mais de comprendre ces difficultés qui ne me viendraient pas immédiatement en tête si j’imaginais ce qui allait se passer. Si je me projette en fait, je ne vais pas forcément imaginer toutes les conséquences que peuvent avoir un style d’attachement insécure. Je ne vais pas forcément l’imaginer puisque ce n’est pas quelque chose que je vais ressentir moi, ou rarement dans certaines situations.

33:15

Alexia Oui, ce que tu veux dire, c’est qu’en tant que personnes avec un attachement plutôt sécure… Dans l’absolu, on aurait du mal à anticiper ce que pourraient vivre des personnes avec des attachements moins sécures. Et que le fait d’en parler un peu, de travailler sur la question, ça nous permet de faire plus attention à ça. Et d’agir de façon à ménager éventuellement les attachements de chacun ou accompagner sur des évolutions, des choses comme ça.

33:38

Sacha On peut même comparer ça peut-être aux privilèges. Les privilèges de classe…

33:42

Alexia Complètement, oui.

33:43

Sacha … de race, de tous ces privilèges-là. Je ne sais pas si on peut dire qu’avoir un attachement sécure, c’est un privilège. Peut-être, je ne sais pas. Je ne vais pas répondre à cette question.

33:50

Alexia Franchement, je pense… Moi je réponds, je dis oui.

33:54

Sacha Mais voilà, comme tous les privilèges, on ne se rend pas forcément compte du vécu des personnes qui n’ont pas ce privilège. Et donc, mettre de la lumière dessus, c’est intéressant. Et souvent, on n’a pas envie forcément de faire… Comme tous les privilèges, on n’a pas forcément envie de faire l’effort, de se dire, ah oui, quel est le vécu de ces gens-là et comment je peux les aider. Et analyser la théorie de l’attachement permet de faire cet effort et de mieux relationner avec les gens qui n’ont pas ce privilège.

34:19

Adèle Maintenant que vous le dites, d’ailleurs, moi, je m’aperçois… Que je n’avais pas forcément la compréhension de pourquoi certains événements qui se passaient mal dans les relations… Tu vois, un petit dysfonctionnement, un petit accroc, une petite dispute… Pour moi, avaient autant d’impact. Et je me disais, ça y est, le lien, il est mort. Alors qu’en face de moi, parfois, les personnes, elles étaient tranquilles le lendemain à me proposer un petit café. En mode « Hey, coucou, on est en lien, tu veux pas prendre un petit café, tout va bien ? » Et moi, je me disais « Mais je ne comprends pas, le lien, j’ai l’impression qu’il est mort et enterré et que là, il y a eu un drame. » Et je pense que, tu vois, rétrospectivement… Ça a dû m’arriver parce que moi, j’avais mon style d’attachement anxieux et qu’en face de moi, la personne, elle était sécure. Et en fait, pour elle, c’était un petit incident. Mais elle était revenue dans la pièce. Tout allait bien. On allait renouer. Alors que moi, j’étais encore dans mon anxiété du lien et de me dire je suis en train de faire le deuil de quelque chose de très, très grave.

35:15

Alexia Ouais.

35:16

Adèle Et ça m’a mis du temps de comprendre ce truc-là. Voire même, ça me crée une alerte de me dire, mais attends, l’autre, il s’en fiche totalement, en fait, qu’on se dispute ou comment ça se passe. Alors que ce n’était pas ça, c’était plus que l’autre personne rationalisait plus rapidement. Et ne se sentait pas en danger ou ne sentait pas le lien en danger, là où moi, je me sentais en permanence en danger. Et ça, franchement, si je l’avais su plus tôt dans ma vie… Je pense que même vis-à-vis de vous, j’aurais pu vous dire « Ok, en fait, je suis une grande flippette. Et à chaque fois qu’il y a un petit dysfonctionnement, j’ai vraiment besoin que vous me disiez que vous m’aimez encore et que le lien, il existe. » Et je pense qu’à un moment, j’ai dû vous le demander. En tout cas, j’ai l’impression que vous l’avez fait. Merci pour ça. Mais ouais, ça m’a pris beaucoup de temps. Donc oui, le prisme que j’avais dans les relations était totalement biaisé. En fait, ça n’était pas forcément partagé par les gens. Et la théorie de l’attachement m’a quand même permis de mieux m’en rendre compte. Est-ce qu’on ne ferait pas un petit zoom aussi sur les mauvaises combinaisons ou les bonnes combinaisons qui peuvent exister entre styles d’attachement ?

36:26

Alexia Là, on est dans l’astrologie.

36:27

Adèle Ouais, exactement. Mais en fait, moi, je ne peux pas m’empêcher… Malgré tout, quand on m’a décrit la théorie de l’attachement, je me souviens m’être dit « Ah mais oui, je me souviens. J’étais amie avec ce couple d’amis. Et une des deux personnes disait “J’ai l’impression qu’il s’en fiche tout le temps de moi, qu’il préfère faire ses activités dans son coin, je ne me sens pas valorisée.” Et l’autre personne en face, qui me disait… “Je ne comprends pas pourquoi la personne a sans arrêt besoin que je la rassure sur l’attachement que j’ai à elle, sur le fait que la relation va durer dans le temps.” » Et en fait, en y réfléchissant un peu à postériori, je pense que là, il était question de deux styles d’attachement complètement à l’opposé sur le prisme évitement-anxiété. Et en fait, peut-être par une mauvaise communication, les deux cherchaient à relationner. Pour les deux, la relation était importante. Mais qu’en fait, ce qu’ils voulaient dans la relation… À savoir l’un garder son autonomie et l’autre d’être rassuré par rapport au fait que le lien allait continuer d’exister… N’était pas explicité et du coup était incompréhensible, voire même menait à une incompatibilité. Parce que du coup, les deux se sentaient frustrés dans la relation.

37:47

Alexia Moi j’ai un petit détecteur d’éducation genrée qui s’allume à l’écoute de cette anecdote. Et je me demande du coup si en tant que femme on se retrouve éventuellement plus facilement à développer des attachements anxieux. Et à quel point ça peut être lié à l’éducation. J’en sais rien, mais ça m’y fait penser.

38:06

Adèle Eh bien, je me suis renseignée et…

38:08

Alexia Ah !

38:09

Adèle Dans les chiffres, il n’y a pas plus de personnes anxieuses ou évitantes dans une des deux catégories de genre. Et je pense que c’est parce que ça intervient finalement, ces styles d’attachement et ces modèles d’attachement, très tôt dans la vie des enfants. Quand ils ont moins de deux ans et qu’il y a peut-être moins d’éducation genrée encore à cet âge-là. Après, peut-être que ça évolue. Et que, on va dire, l’axe de, justement, le développement de l’autonomie chez les garçons est plus favorisé que chez les filles. Et que l’axe de faire attention aux autres et prendre en considération leurs besoins est plus développé chez les femmes. Et du coup, que ça amplifie, on va dire, peut-être des gens qui étaient sur ces axes-là, on va dire, à un niveau intermédiaire. Mais en tout cas, chez les enfants, c’est pas détecté.

38:57

Alexia Sinon, une autre complication que je peux imaginer. C’est par exemple un enfant qui serait assigné garçon à la naissance. Qui développerait un attachement anxieux. Mais en grandissant, on lui donne une éducation garçon, où il n’a pas le droit d’exprimer ses sentiments, de faire des demandes d’affection, des choses comme ça. Ça peut être un peu un double combat entre l’éducation genrée et l’attachement insécure.

39:25

Adèle Je pense qu’en tout cas, on manque clairement d’études sur ce sujet. Et du coup, pour revenir sur les compatibilités et incompatibilités, en gros, il n’y a pas spécialement de modèle incompatible. Vous pouvez relationner avec qui vous voulez.

39:40

Alexia Après quand même si les deux sont évitants ça devient vraiment difficile.

39:45

Adèle Bizarrement, en fait, ça marche bien. Parce que les deux sont contents d’avoir leur autonomie. Et c’est plutôt un modèle, quelque chose qui est bien labellisé comme étant fonctionnel.

39:54

Alexia Valide.

39:55

Adèle Même si ça peut paraitre surprenant. Mais dans les études que j’ai lues, en fait, ce qu’ils alertent, c’est plutôt d’identifier effectivement les éventuels pièges qu’il peut y avoir. Le principal étant un évitant avec un anxieux. Puisque c’est vraiment l’un qui va être très dans la recherche de contacts et de réassurance. Là où l’autre veut plutôt, au contraire, ne pas avoir à fournir ça. Et du coup, ça peut mener à des difficultés. Mais encore une fois, là, on parle sur des grandes étiquettes et ça peut quand même être compatible en fonction de la manière de communiquer. Moi, je sais que j’ai eu des relations comme ça où ça s’est très bien passé.

40:35

Sacha Et en parlant de piège, on n’en a pas parlé, mais dans tous ces trucs qui donnent des étiquettes, il y a toujours le piège de trop s’identifier à une étiquette. Et donc si on fait le test et on se rend compte qu’on est anxieux, attachement anxieux, il y a le risque de se dire… La prophétie un peu autoréalisatrice… De se dire, ah oui je suis comme ça. Et donc de devenir plus anxieux qu’on ne l’est réellement. Parce qu’on va s’identifier à ce schéma-là. On va s’identifier et du coup on va s’accentuer là-dessus. Soit pour soi, ou même d’ailleurs pour un partenaire. Où on va se dire, ah ce partenaire est anxieux. Et donc on va lui projeter ça au visage. Et ça va, au partenaire, le rendre plus anxieux. Ou nous on va surinterpréter des choses de manière néfaste et inutile

41:21

Alexia On vous renvoie à l’épisode étiquette si vous ne l’avez pas encore écouté.

41:25

Adèle Clairement, on ne vous recommande pas la stratégie d’aller voir votre partenaire et lui dire… « Bon, écoute, j’ai écouté l’épisode d’À tes amours sur la théorie de l’attachement. Je pense que tu es tel style. Est-ce que c’est le cas ? » Ce n’est pas la bonne approche.

41:38

Alexia Mais moi, si j’ai fait l’épisode, je peux dire, moi, j’ai fait l’épisode du podcast et je considère que tu as un attachement chaotique.

41:45

Sacha Ce n’est pas un vrai attachement, Alexia.

41:46

Alexia Oh là là.

41:52

Adèle Avant de conclure cet épisode, j’aimerais aussi qu’on fasse un petit zoom sur la théorie de l’attachement et les relations polyamoureuses. On l’a dit tout à l’heure, la théorie de l’attachement, elle n’a pas forcément été envisagée sous le prisme du fait qu’on ait plusieurs figures d’attachement, on peut dire. Et personnellement, je pense aussi que… Comme l’exploration du polyamour, elle est moins normée et il n’y a pas trop de modèles, tout est un peu plus à définir. Et ça peut un peu faire ressortir des insécurités. Et en particulier si on a un style d’attachement insécure. Et du coup, je voulais vous demander si vous, vous aviez eu ce vécu, même en étant justement sécure, à priori, par défaut. Est-ce que vous avez eu des styles ou des moments un petit peu plus insécures, situationnels, finalement, par rapport à votre exploration du polyamour ?

42:42

Alexia Je dirais que oui, complètement, dans le sens où je pense qu’il y a des moments où j’avais vraiment besoin d’être rassurée. Et même quand on me donnait toute la réassurance du monde, j’étais de toute façon en train de penser que tout était perdu et que je ne valais rien. Mais j’ai du mal à rattacher ça à des questions d’attachement. Je pense que je voyais ça différemment, en tout cas jusqu’à présent. Et inversement, je me suis vue dire, de toute façon, j’ai besoin de personne. À un moment où un partenaire pouvait commencer à relationner avec quelqu’un d’autre. Pour me protéger aussi. J’ai tendance à dire que c’est une forme d’ego que j’ai qui me protège un petit peu de la peur de ne pas être assez face à quelqu’un en général.

43:22

Sacha Ou alors c’est ton attachement évitant.

43:25

Alexia Mes 2,6 points d’attachement évitant.

43:27

Adèle Sacha !

43:28

Sacha Virgule six, virgule six.

43:31

Adèle Vous êtes les pires.

43:35

Alexia Donc ouais moi je l’avais pas rattaché à la théorie de l’attachement. Comme c’est vrai que c’était excessivement situationnel j’ai du mal à le voir comme ça. Mais peut-être que ça correspond, je saurais pas dire. Et toi Sacha ?

43:47

Sacha Moi je pense qu’on peut l’ATTACHER à la théorie de l’attachement.

43:51

Alexia Bon, et le podcast est terminé, merci de nous avoir écouté !

43:56

Sacha Je pense qu’une écrasante majorité des gens qui vont démarrer dans un modèle polyamoureux vont augmenter leur score d’attachement anxieux. Parce qu’on sort des modèles. Et on est quand même dans un modèle où l’adulte quitte la pièce, il va dans la chambre à coucher de quelqu’un d’autre… Et le modèle, il dit qu’il ne revient pas après. C’est ça que t’explique le modèle.

44:21

Alexia Ouais, le modèle, la norme romantique, quoi.

44:24

Sacha Oui, c’est ça, oui. Les modèles qu’on a à voir dans les médias, etc., et la norme romantique, effectivement, nous disent que si notre partenaire fait des choses intimes avec d’autres gens, eh bien, ça va être fini.

44:37

Alexia Ou bien est amoureux d’une autre personne, ça veut dire qu’on est chassé de son cœur à jamais.

44:42

Sacha C’est un petit peu ça. Et donc, du coup, rentrer dans l’inconnu là-dessus, dans des choses où le modèle nous dit que le lien devrait à priori s’arrêter, eh bien, ça rend forcément un peu plus anxieux. C’est-à-dire que moi, je sais que j’ai vraiment pas été anxieux de manière générale, très peu jaloux. Je veux dire, j’ai pas été jaloux dans le sens où si j’avais une partenaire, même quand j’étais mono, qui allait avoir des moments de complicité fort avec un mec, par exemple, j’allais pas me dire… « Oh là là, la relation va se terminer, elle va me quitter pour lui ». Je me disais pas ça. Mais quand ça commence à être vraiment beaucoup plus concret, qu’on sait qu’il y a des sentiments ou des choses comme ça… Eh bien là, tout de suite, il y a la question de se dire, oui, est-ce que je ne vais pas être remplacé ?

45:22

Adèle C’est marrant parce que finalement, moi, j’ai pas eu… Enfin, j’ai eu ces choses-là aussi, mais j’ai eu aussi autre chose. C’est que le fait de m’autoriser à vivre plusieurs liens, d’une certaine manière, c’était m’autoriser à pouvoir reposer sur plusieurs personnes. Et je me sentais plus équilibrée d’aller demander la réassurance un coup à un partenaire, puis à un autre, puis à un autre, plutôt que d’avoir un besoin toujours dirigé vers la même personne. Et par ailleurs, j’ai pu vivre des relations un peu différentes. Par exemple, des relations comètes, où du coup, je n’avais pas d’assurance que j’allais spécialement revoir la personne ou qu’elle allait vraiment partager énormément de temps avec moi.

45:58

Sacha Pour rappel, une relation comète, c’est quelqu’un qu’on voit très occasionnellement, par exemple une fois par an.

46:06

Alexia Et éventuellement avec une périodicité inconnue. Ça se passe ou ça se passe pas.

46:12

Adèle C’est ça. Et en fait, l’expérience de ce type de lien, que je n’aurais pas du tout pu avoir dans des expériences monogames, je pense, a été très, très satisfaisante. Et m’a fait aussi, je pense, avoir un peu plus confiance dans le fait que finalement, je pouvais laisser les gens s’explorer, avoir de l’autonomie à côté. Et que ça ne les empêchait pas de relationner avec moi.

46:38

Alexia C’est rigolo parce que ça s’inscrit en contraste avec ce que tu disais la dernière fois sur l’épisode de hiérarchie. Sur l’épisode de hiérarchie, tu disais que tu avais l’impression d’avoir besoin d’avoir une personne unique par moment dans tes liens. Et puis là, tu as eu un autre truc qui t’a aussi apporté du réconfort de te dire qu’il y avait plusieurs personnes auxquelles tu pouvais te rattacher.

47:01

Adèle Et oui, parce qu’on est aussi fait de contradictions, effectivement. Et je pense que les deux, vraiment, ont été présents à différentes phases de ma vie. Voilà. En tout cas, oui, dans les attachements, d’ailleurs, c’est ce que défend comme thèse l’autrice Jessica Fern, dont je vous ai déjà parlé… C’est que c’est tout à fait possible de vivre des attachements sécurisés multiples. Et que, d’ailleurs, ça peut même aider à vivre des situations très diversifiées. Qui peuvent aider les gens qui ressentent vraiment des difficultés, voire qui souffrent de certains modèles comportementaux qu’ils ont développés à partir de leur style d’attachement. Donc voilà, ça peut, si vous vous sentez concerné, être une ressource vers laquelle aller vous tourner. Et voilà, on vous a présenté la théorie de l’attachement. Vous vous êtes peut-être reconnus dans un des quatre styles d’attachement décrits. Peut-être que vous préférez plutôt visualiser vos comportements en relation sous l’angle des axes d’évitement ou d’anxiété. Ou encore entre un équilibre à chercher entre autonomie et désir de contact aux autres. Moi, en tout cas, cette théorie m’a permis de mieux me positionner, d’accepter mon fonctionnement et de mieux combiner avec. J’espère que ça sera tout aussi utile pour vous. Alexia et Sacha, qu’est-ce que vous en retenez, vous ?

48:21

Alexia Alors je retiens que la théorie de l’attachement peut donner une grille de lecture pour nos relations. Elle n’explique pas tout et n’est pas forcément utile à tout le monde, mais c’est toujours intéressant de faire un peu d’introspection. Et si elle n’est pas utile directement à vous tout de suite, c’est quand même intéressant d’imaginer comment les autres peuvent vivre les choses.

48:41

Sacha Oui, c’est effectivement une corde de plus à notre arc pour se comprendre ou comprendre les autres. Après, je maintiens une mise en garde de ne pas se laisser emprisonner par ces nouvelles étiquettes qui arrivent, mais d’utiliser ça uniquement comme outil de compréhension.

48:56

Adèle Oui, d’ailleurs, rappelez-vous que votre style d’attachement n’est pas forcément figé. Vous pouvez d’ailleurs avoir plusieurs styles d’attachement ou plusieurs modèles comportementaux différents dans vos attachements.

49:13

Alexia Merci d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. S’il vous a plu, n’hésitez pas à en parler autour de vous. Ce podcast en est à ses débuts, et on est avides de vos retours, n’hésitez pas à nous envoyer un mail sur contact@atesamours.fr et on se fera un plaisir de vous répondre. Vous pouvez trouver le transcript et les sources de cet épisode sur notre site atesamours.fr. À bientôt pour le prochain épisode !