29. Coming out polyamoureux
Ep. 29

29. Coming out polyamoureux

Episode description

Lorsqu’on s’éloigne des normes relationnelles et/ou sexuelles, certaines personnes éprouvent l’envie ou le besoin d’en parler, que ce soit pour affirmer leur identité ou pour éviter qu’on plaque sur elles des éléments de la norme qui ne leur correspondent pas : c’est faire son coming out ! Lorsqu’on vit des relations non exclusives, on peut donc faire son coming-out polyamoureux !

Dans cet épisode, on démystifie ce concept en vous partageant nos questionnements : pourquoi le faire ou ne pas le faire ? Comment le faire et à qui ? Quelles sont les spécificités du coming out polyamoureux ?

Ressources

Mentionnées dans l’épisode :

Inspirations complémentaires pour l’épisode :

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0:02

Adèle Bienvenue dans « À tes amours », le podcast qui propose une autre manière d’aborder les relations. Nous sommes Adèle,

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Alexia Alexia

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Sacha et Sacha,

0:10

Adèle et nous allons vous parler notamment d’émotions, de communication, de polyamour et d’autres formes de non-monogamie. Ce podcast s’adresse à toute personne s’interrogeant sur les relations.

0:26

Sacha Dans la plupart des contextes sociaux, lorsqu’on interagit avec une personne, elle va supposer, sans même y réfléchir, qu’on est dans une relation monogame. Ou sinon qu’on en recherche une. C’est un impensé, une évidence. Pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans le modèle monogame, il peut y alors avoir envie de rétablir la vérité. De briser la fausse vision de nous que s’est faite la personne en face. Dans cet épisode, on discute de ce processus qu’on appelle le coming out. On y parle de ce que c’est concrètement un coming out. De pourquoi est-ce qu’on le ferait. Et de comment le faire. On parle également de quand ce sont nos partenaires qui font des coming outs et comment est-ce que ça nous impacte. Alors on démarre : qu’est-ce que c’est le coming out ?

1:18

Alexia Alors, je me permets de commencer. Pour moi, le coming out, c’est donner une information. Sauf que l’information, elle est sur toi et potentiellement, elle est assez intime ou importante pour ton identité. Et c’est une information qui va probablement à l’encontre de ce que les gens autour pensent de toi. J’ai bon ?

1:38

Sacha Pour moi, c’est une définition qui est assez pertinente. Après, j’ai l’impression qu’il y a plusieurs significations toutes un peu similaires, mais qui peuvent être autour du coming out. C’est-à-dire qu’à la base, ça vient vraiment l’idée de révéler que quelqu’un est homosexuel aux autres. Et ensuite, c’est un terme qui a été utilisé pour d’autres caractéristiques d’orientation sexuelle ou d’identité de genre dans toute la communauté LGBTQ+. Mais aussi sur un peu tout autre type de choses, qui sont à priori inconnues de la personne en face. Mais souvent qui avaient un lien avec quand même la sexualité.

2:15

Alexia Ouais historiquement, c’est dans les sphères gays, homosexuelles, lesbiennes, que se terme est né. C’est ça que tu veux dire ?

2:23

Sacha Oui, le terme et même le concept, je pense, plus globalement. Et aujourd’hui, par extension, le terme, effectivement, ça peut être, comme tu l’as défini… Ça peut être utilisé pour un peu n’importe quel type de caractéristiques personnelles de absolument tout genre. Qui étaient tenues secrètes pour une raison ou une autre. Après, je me pose un petit peu la question, dans certains cas, est-ce que ça peut être une appropriation d’un terme utilisé par une communauté qui est particulièrement discriminée ?

2:52

Alexia Oui, c’est vrai qu’à la base, sur coming out, l’information n’est pas connue et la révéler, ça peut te porter préjudice aussi. Il y a un enjeu de révélation. Ce n’est pas comme si je disais, je fais mon coming out vegan, par exemple. Il y a moins d’enjeux éventuellement derrière ça. Et se pose la question de à quel point on peut appliquer le coming out à tout et n’importe quoi.

3:14

Sacha Après, pour ce qui est le cas des relations non monogames, le terme est quand même plutôt bien installé. Et il y a quand même vraiment beaucoup de similitudes. Et je pense que c’est pertinent de l’utiliser. Il y a aussi un certain nombre de conséquences à le faire, dont on parlera dans la prochaine partie. Donc on a vu ce que c’est le coming out. Mais maintenant, ce qui est intéressant de se rendre compte, c’est qu’il n’y a pas en réalité un coming out… On ne fait pas un coming out dans sa vie. Mais on fait des coming outs, de multiples coming outs dans le temps et dans différents milieux.

3:46

Adèle Parce que tu ne fais pas une annonce générale à toutes les personnes qui te connaissent. Tu ne vas pas faire une grande réunion de coming out avec ton statut, qui va dire ça y est, maintenant je vous informe collectivement que…

3:59

Sacha Oui !

4:00

Alexia Bah tu peux !

4:01

Sacha Tu peux, mais tu risques aussi de rencontrer d’autres gens plus tard. Et donc ce n’est pas quelque chose qui est écrit sur ton front. Après, tu peux te trimballer avec le drapeau polyamoureux, par exemple. Mais les gens ne sauront même pas le reconnaitre, donc ça n’a pas d’intérêt.

4:13

Alexia Ou un magnifique bracelet brésilien, fait main, accroché ici à mon poignet. Alors on ne verra pas parce qu’on est à la radio.

4:23

Sacha On n’est pas à la radio.

4:24

Alexia Ah oui, c’est vrai.

4:25

Adèle Mais effectivement, du coup, c’est quelque chose qu’à priori, on va faire plusieurs fois auprès de différents publics. Mais aussi plusieurs fois dans le temps. Tu as dit que c’était quelque chose qui, à priori, peut être amené à se répéter dans une temporalité plus ou moins longue.

4:42

Alexia Et la grande réunion où on le dit à tout le monde à priori c’est quand même difficile. Tu vas pas rassembler tous les gens que tu connais pour faire ton coming out. Donc c’est vrai que c’est une longue démarche.

4:52

Sacha On peut généralement distinguer des cercles. C’est souvent un petit peu les mêmes cercles. Donc il y a le coming out à sa famille, que ce soit la famille proche, aussi plus lointaine, ça peut aussi inclure ses enfants. Il y a le coming out au travail. Il y a le coming out avec ses amis, et puis en fait, ses amis, on a différents cercles d’amis. Mais après, on peut imaginer faire une grande réunion, une grande soirée avec tous ses amis, et se dire, ah, au fait, j’en profite pour faire ça. Enfin bon, ça pourrait être une manière de faire, on discutera dans une partie plus loin de techniques éventuellement. Mais en tout cas, si on fait son coming out, il se fait généralement dans ces différents milieux. Et d’ailleurs, c’est plus ou moins facile à faire selon les différents milieux.

5:29

Alexia Et tu parles de milieu, j’aimerais ajouter qu’on peut être amené à faire son coming out auprès de sa ou son partenaire aussi, j’imagine. Si en fait on est dans une relation monogame. Et qu’on était monogame et qu’en fait au final on se rend compte que finalement on éprouve des sentiments pour plusieurs personnes… On se retrouve éventuellement dans la situation où on veut le dire à sa ou son partenaire. Et c’est une forme de coming out aussi. Ça marche ou pas ?

5:51

Sacha Oui, oui, ça peut. Après, du coup, là, on distingue aussi deux coming out un petit peu différents, en quelque sorte. Qui est le coming out de dire « je suis en relation avec plusieurs personnes » ou « je peux ressentir de l’attirance pour plusieurs personnes ». Ce qui sont deux choses un petit peu différentes. On en parle notamment dans l’épisode « Polyamour » dans tous les sens du terme.

6:10

Adèle Sachant que quand même, généralement, le coming out, il va avec une part d’identification de sa propre identité, effectivement. Et je pense que les débuts dans son coming out, c’est aussi commencer par faire l’acceptation de cette partie de soi-même et de la montrer pour la première fois aux autres. Le premier coming out n’est peut-être pas exactement avec le même enjeu que les suivants, entre guillemets.

6:37

Sacha Dans ce que tu dis, il y a un petit peu deux choses. Il y a l’acceptation de soi-même et ensuite le premier coming out. Mais donc du coup l’acceptation de soi-même, il y a un terme pour ça, c’est le coming in. C’est se rendre compte soi-même, ou l’accepter, ou un mix des deux. Mais se rendre compte soi-même que oui, je suis… Donc dans notre cas, je suis polyamoureux, ou je suis intéressé par les relations non monogames. Ou dans le cas du coming out homosexuel, c’est se rendre compte qu’on est homosexuel, même si toute la société nous a dit pour toujours que tout le monde devrait être hétérosexuel. On a la même chose ici, où toute la société nous dit toujours qu’on devrait être dans des relations monogames. Et en fait c’est le fait de se rendre compte que, ah bah non, moi non. Et ça c’est le coming in.

7:13

Alexia Et du coup, en fonction des relations qu’on a, le coming in et le coming out, ils peuvent être mélangés. Par exemple, si je discute beaucoup avec Adèle et en fait, en discutant avec Adèle, je me rends progressivement compte que je suis lesbienne. Peut-être que je parle avec elle et en même temps, je m’en rends compte et elle s’en rend compte en même temps. Et du coup, j’aurais fait mon coming out en même temps que mon coming in en parlant à Adèle.

7:34

Adèle Et d’ailleurs, c’est plus ou moins ce qui s’est passé pour la partie polyamour. Dans des discussions avec Alexia, moi, je me suis rendue compte que j’étais polyamoureuse. Du coup, mon coming out auprès d’Alexia, il était presque déjà fait. Puisqu’elle avait partagé toutes mes réflexions sur est-ce que je suis polyamoureuse ou pas. Et du coup, je lui ai jamais fait une annonce explicite, je crois, de « Ah, en fait, tu sais pas quoi ? »

7:59

Alexia Incroyable !

8:02

Sacha Voilà. Ce qui est intéressant de se rendre compte dans le coming out, c’est que c’est vraiment une question qui se pose un petit peu tout le temps. C’est-à-dire que ce n’est pas juste un moment se dire « Ah bah tiens, maintenant je vais leur dire ». Alors parfois ça peut être ça. Mais en fait c’est présent beaucoup plus que ça. Et ça je m’en suis rendu compte, je l’ai conscientisé réellement quand j’ai écouté un épisode du podcast Meta de choc. Qui s’appelle « Tous hétéros au boulot ». Et donc là, c’est sur l’homosexualité dans le monde du travail. Et en fait, j’ai ressenti directement un rapport avec le coming out non monogame parce qu’en gros, ce que disait… Je ne sais plus si c’est une chercheuse ou une écrivaine qui a été interviewée. En tout cas, elle a dû faire un… Elle a fait des travaux de recherche dessus, je crois. Et elle disait en fait que dans le travail, on a les discussions autour de la machine à café avec les collègues. Et en fait, les collègues nous disent tous « Ah bah tiens, moi, ce weekend, j’étais avec ma femme, on est partis en Bretagne. » Et en fait, tout le monde raconte son weekend, et ça a l’air de rien, en fait. Mais en racontant leur weekend, en fait… D’une certaine manière, d’ailleurs, on pourrait dire que tous les autres collègues sont en train de faire leur coming-out hétéro en disant « j’étais avec ma femme ». Alors bon, est-ce que c’est pertinent de parler de coming-out hétéro ? Pas forcément, il y a pas mal de gens qui diront que ça n’a pas de sens. Vu que le coming-out, ça vient à l’encontre des idées reçues. Et comme tout le monde a comme idée reçue que les gens sont hétéros et monogames… On ne peut pas vraiment faire de coming out. Mais en tout cas, ils font la même chose que le coming out dans le sens où ils sont en train de signifier à tout le monde qu’ils sont hétéros. Alors, ce n’est pas voulu, mais ils sont en train de le signifier quand ils disent « Oui, avec ma femme, j’ai fait ça. » Si c’est un homme qui dit ça, à priori, ça veut dire qu’il est hétéro.

9:37

Alexia Ou bi ! Il peut être bi.

9:39

Sacha Ou bi. Et dans ce cas de l’épisode, une personne homosexuelle va réfléchir à chacun des mots qui va être dit dans la conversation. En disant « Ah, moi, ce weekend, j’étais parti avec mon… un ami… » Et en fait, tu es en train de réfléchir constamment à quels sont les termes que tu utilises. Qu’est-ce que tu es en train de dire. Qu’est-ce que les gens savent déjà sur toi. Qu’est-ce que tu aurais envie de leur dire. Qu’est-ce qui va déclencher un rebondissement parce que du coup, tu vas dire quelque chose que les gens ne s’y attendaient pas. Et c’est exactement la même chose quand on est en relation non monogame. C’est-à-dire qu’autour de la machine à café, quand on dit « Ah bah oui, moi ce weekend, j’étais avec… une amie… » Et en fait, tu peux dire « J’étais avec ma copine ». Et éventuellement fusionner tous tes partenaires en une seule personne. Tu peux essayer de faire des choses comme ça. Mais dans tous les cas, ça veut dire que c’est quelque chose de conscient, continuellement, tous les jours, à toutes les discussions. À moins d’avoir fait le coming-out à l’intégralité des collègues, et donc du coup, c’est facile d’en parler, mais si jamais…

10:33

Adèle Ou de ne rien raconter de sa vie. Ce qui est une autre possibilité, mais qui est excluant aussi. Parce qu’à priori, on a envie de participer à la conversation autour de la machine à café.

10:44

Sacha Exactement.

10:45

Adèle Et ouais, du coup, comme dit Sacha, il y a sans arrêt un choix de mots. Et du coup, la question de est-ce qu’on doit faire son coming out ou pas, elle est perpétuellement posée malgré nous. Ce n’est pas parce que nous, on va avoir décidé de faire notre coming out que les situations vont se présenter et qu’on va mettre en place un plan de coming out. C’est plus la vie finalement romantique et sexuelle des gens… Elle est exposée en permanence dans les conversations banales qu’on a tout au long de notre vie. Dans tous les contextes, y compris au travail.

11:25

Sacha Donc effectivement, c’est une question qui se pose sans cesse de est-ce qu’il faut faire ou non son coming out ? Et donc du coup, je la pose maintenant. Est-ce qu’il faut faire ou non son coming out ?

11:36

Adèle Pour moi, il y a plein de raisons de le faire et plein de raisons de ne pas le faire. Du coup, on commence par lesquelles ?

11:44

Alexia Je trouve que souvent c’est les deux revers d’une même pièce. La raison de le faire elle est en face d’une raison de ne pas le faire, éventuellement. On va voir. Mais en tout cas la réponse simple à ta question Sacha c’est : ça dépend.

12:01

Adèle Déjà une première raison qu’on vient d’évoquer… Pourquoi le faire ? Tout simplement pour pouvoir partager certaines de ses expériences comme les autres, sans se poser de questions. Pouvoir raconter son weekend… Parler même ouvertement de ces aspects par rapport à la logistique que ça génère, même… Dans la vie de tous les jours, moi, par exemple, je suis en télétravail. Et mes collègues, elles disent souvent « Ah bah là, je dois m’organiser avec mon partenaire pour aller chercher un colis. Et du coup, je serai pas là à tel moment. Et du coup, je reviens à mon poste plus tard ». Et en fait, elles en parlent très ouvertement. Ou alors elles vont dire « Voilà, je dois prendre soin de mon partenaire parce qu’il est malade. » En fait, ça affecte éventuellement la planification des tâches, la présence sur les horaires de travail habituels ou leur décalage. Si moi, je fais état aussi que j’ai des partenaires dont je dois prendre soin, ça donne une information.

13:03

Alexia Je trouve qu’avec ça, avec le fait de pouvoir parler librement, il y a vraiment un impact psychologique de sentir qu’on a le droit d’exister tel qu’on est. Et ça fait une grosse différence, je pense.

13:16

Adèle Il y a effectivement… Alors ça fait partie des aspects d’acceptation de soi et d’identité dont on a déjà un petit peu parlé. Mais il y a un vrai aspect sur la santé mentale. Alors ça n’a pas été prouvé par rapport au polyamour. Mais d’autres études ont été faites et montrent que la reconnaissance de son identité d’une manière générale, joue complètement sur le bien-être. Et ça souligne l’importance du coming out et du soutien des proches. Surtout dans une société qui peut être un peu normative. Donc oui, complètement.

13:53

Sacha Pour moi, le bien-être psychologique, il est aussi sur le fait de pouvoir parler librement. C’est-à-dire que ne pas avoir à surveiller chacun de ses mots, c’est quand même sympathique. C’est épuisant de faire attention à toutes les phrases qu’on dit. Et quel angle on va utiliser. Qu’est-ce qu’on va dire, qu’est-ce qu’on ne va pas dire, qu’est-ce qu’on peut dire. Faire attention à tout le monde.

14:09

Alexia Se débrouiller avec des sortes de mensonges par omission ou carrément de mensonges éventuellement. C’est vraiment plus reposant de pouvoir juste dire ce qu’il est

14:19

Adèle Et non seulement c’est reposant, mais en plus, ça évite un auto-jugement. Moi, je sais que je n’aime pas du tout mentir et j’ai l’impression d’être très vite malhonnête. Et c’est un peu particulier parce qu’on l’a dit, je ne crois pas non plus que je dois absolument la vérité à tout le monde sur ma vie privée. Mais en fait, comme à partir d’éléments partiels, les gens vont s’imaginer que je suis mono, hétéro… Ça peut me gêner d’avoir l’impression qu’en fonction de mes actes, les personnes vont se dire… « Oula, mais du coup, là, elle est un peu trop proche de telle autre personne. Et du coup, est-ce qu’elle trompe son copain ? » Ou qu’ils vont se faire des films complètement aussi. Potentiellement sur des choses qui vont être labellisées non éthiques. Et qui, du coup, ne conviennent pas du tout à mes valeurs. Et vont me faire me sentir très mal.

15:11

Alexia Ça, c’est un point important. Que les gens agissent avec toi ou comprennent ce que tu fais de façon adaptée. Qu’ils ne s’étonnent pas si tu viens avec un plus-un différent à différents évènements. Qu’ils ne s’étonnent pas de ce que tu peux faire dans ta vie.

15:28

Sacha Ça, c’est vrai que c’est important. Mais en fait, même dans une moindre mesure, c’est déjà intéressant que les gens ne se fassent pas des fausses images de toi. Juste le fait que les gens supposent qu’ensuite, quand tu vas rentrer chez toi, tu vas rentrer dans le logement auquel tu habites à deux avec ton unique partenaire. Et vont faire tout un tas de projections, qui ne sont pas réellement qui tu es. Alors bon… Comme disait Adèle, en fait, on ne leur doit pas grand-chose aux gens. Enfin, ça dépend de qui, mais il y a souvent des gens, on ne leur doit pas. Donc, en fait, s’ils veulent s’imaginer ça, ce n’est pas du tout de notre devoir de leur dire non, non, ce n’est pas ça. Mais parfois, il y a tout un tas de relations avec des gens où on aimerait bien qu’ils n’ont pas des idées fausses sur nous.

16:07

Alexia Il y a le point de se faciliter la vie. Par exemple, c’est plus pratique pour moi si mes parents ont le numéro de mes différents partenaires. Au cas où ils cherchent à me joindre et ils n’y arrivent pas, ou qu’ils sachent qui il y a à prendre en compte. De façon très matérielle, organisationnelle, c’est vraiment pratique d’être out.

16:25

Sacha À tes parents ça leur permet aussi de tout simplement leur parler de gens qui sont importants pour toi aussi. Parce que si tu caches… Enfin je dis à tes parents, c’est n’importe qui en fait, là c’était pour rebondir sur ton exemple. Mais le fait de pouvoir parler des gens qui comptent pour soi, c’est quand même quelque chose qui est bien.

16:42

Alexia Ça renforce les liens, ça permet la confiance, ça permet d’être proche de tes proches, tout simplement. Qu’ils te comprennent, qu’ils sachent ce qui se passe pour toi. De pouvoir être aidé·e si jamais tu as un souci lié à ça.

16:56

Sacha Moi, quand j’avais fait mon coming out à ma famille élargie, on m’avait posé la question un petit peu de pourquoi tu nous dis ça ? Merci de nous le dire, mais pourquoi tu te prends la peine ? Pourquoi tu nous dis ce truc-là ? Ma réponse la plus évidente, c’était juste que ça me simplifie la vie. Je n’ai plus besoin de réfléchir à vous dire qu’est-ce que je vous dis, qu’est-ce que je ne vous dis pas. Je dis tout et comme ça, ma vie est plus simple. Je n’ai pas à réfléchir, à faire des mensonges par omission ou des choses comme ça. Tout est beaucoup plus simple pour moi.

17:26

Alexia Je pense que ça, ça vient un peu d’une incompréhension aussi. Les gens, ils voient les relations plurielles comme des relations sexuelles. Ils sont là genre, en fait, on ne veut pas savoir ta vie sexuelle. Et t’es là, mais je ne vous parle pas du tout de ma vie sexuelle. Je vous parle des gens avec qui je partage de la vie de tous les jours ou régulière. Qui comptent pour moi, qui savent des choses de moi. Et ça n’a éventuellement aucun rapport avec la sexualité. Et je comprends les réactions auxquelles on peut être exposé comme ça. J’ai l’impression que ça peut vraiment venir de ce malentendu.

17:55

Sacha Oui, probablement. Et ça ne me viendrait pas à l’idée de dire à toute ma famille des particularités de certaines pratiques sexuelles que j’ai ou des choses comme ça.

18:03

Alexia Oui, ben voilà, c’est ça.

18:04

Sacha Ce n’est pas l’idée ici.

18:06

Alexia Donc quand tu disais tu racontes tout, tu racontes pas vraiment tout.

18:10

Adèle Et de la même manière que quand ton collègue te dit à la machine à café « Ah, j’étais avec ma femme ce weekend »… T’es pas en train de lui dire « Oula, me parle pas de ça parce que je veux pas savoir ce qui se passe dans ta sexualité en fait ». Ça nous viendrait pas du tout en tête de lui répondre ça.

18:25

Sacha Surtout que les collègues, ils font souvent bien pire, ils nous disent « Ah, on attend un enfant ! » Sous-entendu…

18:31

Alexia je veux pas savoir ta vie sexuelle en fait.

18:37

Adèle Donc oui, effectivement, ça arrive ce genre d’incompréhension. Et moi, je suis là, mais je ne vous parle pas de ça, en fait.

18:45

Sacha Bon, et pour moi, un bénéfice qui est un des plus importants, finalement, mais bon, plus altruiste, disons… C’est que ça fait avancer la cause, disons. La cause non monogame. C’est que c’est, en fait, on a besoin que des gens parlent du fait d’être non monogame. Parce que ça va donner de la visibilité auprès de tout le monde, du grand public. Si toutes les personnes non monogames vont dire à leurs collègues, à leurs familles qu’ils sont non monogames… Eh bien, ça permet qu’à un autre moment, si grand-tonton est au courant que sa nièce est non-monogame… Quand grand-tonton va rencontrer un nouveau stagiaire qui va lui dire « ah bah moi je suis non-monogame »… Grand-tonton va pouvoir se dire « ah bah oui, comme ma petite nièce » plutôt que « oula, c’est quoi ce truc de déviant sexuel ? »

19:30

Adèle Il y a ça et puis il y a le fait que, de par les normes, il y a beaucoup de choses qui sont excluantes dans les formulations. Moi, là, récemment, il y a un certain nombre de mes clubs où je fais des activités qui ont envoyé des invitations pour des évènements conviviaux. Et en fait, la seule phrase qu’ils indiquaient, c’était « Venez avec votre famille ». Entre parenthèses, conjoint, virgule, enfant, fermez la parenthèse.

19:54

Alexia Bah t’y vas avec tous tes partenaires.

19:57

Adèle Ça aurait pu, effectivement, mais ça aurait été chouette s’ils avaient juste mis « Venez avec vos proches ». Et en fait, dans une situation, moi, je me sens incluse, et dans l’autre, je me dis « En fait, l’évènement, il n’est pas du tout pour moi ». Et potentiellement, ça peut ne pas m’affecter. Ou alors ça peut renforcer un sentiment d’exclusion si jamais je me vis un petit peu comme une minorité. Et que j’ai du mal, justement, à me sentir à ma place, quoi.

20:24

Sacha Et si la personne qui a écrit ce texte-là a eu son cousin qui lui a fait son coming out non monogame le mois dernier… Peut-être qu’elle va penser à ça et se dire peut-être qu’il faut que j’écrive le truc différemment.

20:36

Adèle Exactement.

20:37

Sacha Probablement pas, mais s’il y a suffisamment de coming out ça va finir par faire pencher la balance.

20:42

Alexia Donc ouais, on parle de rendre la société plus acceptante. Et avec ça, il y a un truc qui me semble hyper important qui est donner des modèles. C’est-à-dire que quelqu’un qui ne connait pas le polyamour ne va pas se poser la question de est-ce que ça peut se jouer pour lui ou pour elle ? Je vais en profiter pour placer le livre Coming Out que j’ai lu ces derniers jours. Dedans, il y a une phrase par Augustin Trappenard qui dit « Lorsqu’on fait partie d’une marge, on est sans cesse en train de se chercher des modèles. » Et ce truc-là est hyper important aussi. Et on a d’ailleurs des messages de personnes qui nous disent « bah merci en fait de ce que vous racontez, ça me permet de comprendre qui je suis moi en fait ». Parce qu’on a d’autres exemples de relations non monogames. Ou on parle d’asexualité par exemple, ça donne des repères quoi.

21:33

Sacha Ça c’est quelque chose qui du coup est quand même légèrement différent de l’acceptation sociale. C’est juste que les gens puissent s’accepter individuellement. Comprendre que oui c’est possible, oui ils ne sont pas seuls, etc. L’acceptation sociale c’est d’arriver à faire changer progressivement l’ensemble de la société. Et c’est quelque chose qui a été vu notamment pour ce qui est l’homosexualité. C’était que la tolérance à l’homosexualité s’améliore beaucoup lorsque les gens connaissent des personnes homosexuelles.

22:02

Alexia Une autre bonne raison de faire son coming out c’est pour que vos crushs sachent que votre cœur n’est pas fermé. C’est peut-être juste moi

22:16

Sacha C’est vrai que c’est utile éventuellement de le faire rapidement au début d’une relation. Mais bon ça c’est un tout autre sujet qu’on n’aura pas le temps d’approfondir dans cet épisode.

22:25

Alexia Moi, je le fais auprès de tout le monde immédiatement. À la troisième phrase que je dis, je suis là genre, ah, un de mes copains. Ou genre, non, mon autre copain. Histoire que…

22:37

Adèle Attends, tu spoiles le « comment faire ? ».

22:39

Alexia Ah, pardon. Du coup, j’ai un autre point sur pourquoi faire son coming out. C’est que ça peut ouvrir des discussions super intéressantes autour de l’amour, des relations, des émotions. Et ça, c’est super cool. Pour moi, en tout cas. Et pour nous, à priori, puisqu’on aime tellement ça qu’on en fait un podcast.

23:00

Sacha C’est cool ou c’est pas cool ! Là, on peut commencer à arriver dans le côté négatif. Qui est qu’en fait, si on fait son coming out, ça peut déclencher facilement sur toute une discussion derrière, qu’on n’a pas forcément envie d’avoir. Et c’est une des raisons pour lesquelles, parfois, je ne fais pas vraiment de coming out. Parce que je suis en train de raconter une histoire… Je me souviens, l’autre jour, j’étais au bar avec un ancien collègue. Et je lui dis « Bon, ben voilà, là, hier soir, j’ai dormi chez une amie. » Et je pense que je dis juste amie pour simplifier, parce qu’en fait, ce n’était pas du tout l’histoire de ce que je voulais raconter. C’était juste un point de mon histoire que j’avais dormi chez quelqu’un. Et là, il me dit, ah, mais une amie ou une amie-amie ? Et je dis, oui, je ne sais plus ce que je réponds…

23:42

Alexia Une de mes amoureuses en fait.

23:43

Sacha Une partenaire ou une amoureuse, je ne sais plus ce que je réponds. Mais je passe à autre chose, parce que je n’ai pas envie d’interrompre mon…

23:49

Alexia Que ce soit le centre de la discussion

23:50

Sacha C’est ça que ça soit le centre de la discussion. Et là, en l’occurrence, j’étais au sein d’une histoire, mais peut-être qu’on n’avait plus rien à se dire. Mais peut-être que même en n’ayant plus rien à se dire, je n’ai pas envie non plus de passer de l’énergie à faire du prosélytisme polyamoureux. Et expliquer comment se passent les choses. Ce n’est pas forcément mon rôle et mon envie d’être toujours en train d’expliquer à tout le monde comment ça marche.

24:08

Alexia On est si différents, Sacha.

24:11

Adèle Sachant que ça dépend aussi beaucoup de la réaction de la personne en face, effectivement. Et en fait, si la personne en face, elle est très ouverte à la discussion, éventuellement, moi, je peux me dire « Ok, why not ? » Mais il y a des fois où, en fait, j’ai l’impression de devoir m’expliquer, de devoir me justifier. Et en fait, ça devient tout de suite beaucoup plus inconfortable parce que la personne va avoir plein de présupposés sur ce que je suis en train de dire. Et en fait, ça va finir par aller jusqu’à m’exposer. Et j’ai l’impression que ça, c’est un autre argument de pourquoi ne pas le faire. Et qui d’ailleurs peut se mettre sur beaucoup de plans différents avec une intensité différente. Typiquement… Par exemple, moralement, si des gens attaquent mon modèle en disant « non mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de polyamour, c’est n’importe quoi »… Je vais avoir un moment un petit peu dur à vivre moralement. D’autant plus si je suis en exploration ou si je suis en insécurité par rapport à ça. Et après, les expositions, elles peuvent être aussi à des agressions pures et dures, qu’elles soient physiques ou verbales. Voire même il y a des pays qui criminalisent certaines orientations sexuelles ou les relations non-exclusives. Et donc là, on est carrément sur un plan légal, exposé. Où du coup, ça peut ne pas être super chouette de mettre ça en avant.

25:34

Sacha Au-delà des problèmes plus structurels, dont on pourra peut-être revenir juste après… Rien que le fait, effectivement, de susciter une réaction en face, même si elle n’est pas violente… Heureusement, elle est rarement violente. Mais ça fait beaucoup écho à ce qu’on racontait dans notre tout premier épisode. L’épisode 1, qui expliquait ce que c’est le polyamour. Et où on donnait tout un tas d’idées reçues. Et en fait si on fait le coming out, eh bien toutes ces idées reçues elles ont de fortes chances d’être dans la tête des gens. Et donc les gens vont penser éventuellement, de dire « ah oui d’accord donc tu couches avec tout le monde », etc. Non, non, ce n’est pas ça. Et donc du coup, soit on perd de l’énergie à expliquer ces idées reçues. Qui potentiellement d’ailleurs c’est peine perdue. Parce qu’en fait la personne s’est déjà fait son idée et n’a pas envie d’en savoir plus. Soit juste on accepte en fait que la personne va avoir tout un tas d’idées reçues qui va lui arriver dans la tête. Tout un tas de stéréotypes. Et il n’y a pas besoin que ça aille jusqu’à des violences… Que ce soit des violences verbales, physiques, ou d’être viré de son boulot, etc., ou tout un tas de choses qui pourraient arriver… Pour se dire qu’en fait on n’a pas très envie d’être stéréotypé. D’être vu comme une menace parce qu’on va penser qu’on va aller briser des couples parce qu’on a envie de coucher avec tout le monde. Ou même sans ça, juste de mettre les gens mal à l’aise. Qui du coup sont pas à l’aise avec quelque chose qu’ils comprennent pas. Et qui du coup disent ah mais en fait je comprends pas trop… Mais en fait peut-être que du coup tu vas vouloir aussi coucher avec moi… Et du coup je comprends pas et je sais pas comment interagir avec toi. Et donc du coup juste mettre les gens mal à l’aise, ça peut être suffisamment chiant pour ne pas avoir envie de le faire.

26:59

Adèle Oui, moi, je vis beaucoup cet aspect de je n’ai pas envie de me sentir une menace. Et du coup, j’ai l’impression de parfois me restreindre d’en parler. Non pas que je veux nécessairement le cacher ou mentir dessus, mais juste je lance deux, trois possibilités qu’on me pose la question. Et si je vois qu’on ne la prend pas, je me dis peut-être que c’est qu’il y a une raison. Et je n’ai pas envie d’insister sur le fait que je relationne très différemment et que je peux être une menace.

27:27

Sacha Donc ça, c’est les choses, entre guillemets, pas très graves. Et si on va dans des choses plus graves, on les a déjà un peu évoquées… Mais ça peut aller jusqu’à, éventuellement, si jamais l’incompréhension est trop grande ou les préjugés sont trop grands, etc., ça peut aller jusqu’à la perte d’un lien familial ou amical, tout simplement. Et après, d’un point de vue plus structurel, on peut éventuellement avoir une difficulté à obtenir un logement ou un prêt bancaire, peut-être. Alors je ne sais pas à quel point ce sont des choses qui sont forcément très présentes en France. Mais bon, par exemple, pour un logement, les propriétaires, souvent, ils aiment bien un couple bien rangé, etc. Et en fait, s’ils comprennent qu’il y a un truc un peu chelou… Ils vont peut-être se dire « Non, non, moi, je préfère donner ça au couple bien normal qui est à côté, je comprends mieux. »

28:08

Adèle D’ailleurs, souvent, dans ce genre de circonstances, on est un peu obligé de mentir ou d’accepter que les personnes vont se figurer quelque chose. Moi, par exemple, pour avoir mon appartement, j’avais mis le nom d’un de mes partenaires sur le bail. Et en fait, les gens pensaient qu’on était un couple. Je vais pas les détromper, en fait. S’ils pensent qu’on est un petit couple et qu’on va s’installer pour avoir un enfant dans leur appartement, bah… Tant pis. Et là, c’est typiquement le genre de situation où je ne vais pas aller lever la projection que les gens se font. Parce qu’en fait, c’est une projection qui est labellisée comme positive. Et qui, du coup, me permet d’obtenir ce que j’avais envie d’avoir, à savoir le logement, là, en l’occurrence. Même si ce n’est pas ouf, du coup, je ne voulais pas, au contraire, risquer d’être source de discrimination. Et puis, encore une fois, j’estimais que ça ne les regardait pas.

29:02

Alexia J’ai vu pas mal de témoignages, vu ou entendu pas mal de témoignages sur la question du polyamour dans des zones plus rurales. C’est vrai que nous trois, on a toujours vécu dans des villes plutôt où il y a pas mal d’espaces queer, mine de rien. Et où on ne connait pas forcément nos voisins, par exemple nos voisines. On n’est pas trop confrontés à des observations constantes du voisinage, chose qui peut apparemment se passer en ruralité. Et donc ne pas faire son coming out autour de son voisinage, ça a l’air parfois assez important pour certaines personnes qui vivent à la campagne comme ça. Où les gens vont beaucoup les observer, les épier, raconter des choses à leurs propos.

29:46

Sacha Mais d’un autre côté si tu fais pas ton coming out les gens ils risquent de se dire encore plus qu’il y a quelque chose qui va mal. S’ils voient différentes personnes venir se présenter chez toi. Mais oui…

29:57

Alexia Je sais pas trop… Enfin chaque situation est différente évidemment quoi, mais… Mais c’est parfois compliqué quoi.

30:04

Sacha Un autre point qui peut être assez grave, mais ça, pour le coup, je ne suis vraiment pas sûr que ça puisse arriver en France… C’est de pouvoir perdre, par exemple, la garde de ses enfants ou perdre un travail à cause des préjugés sur l’hypersexualisation, etc. Je suppose que c’est un argument qui peut être utilisé dans le cas d’un divorce, par exemple, pour dire « non, non, vous ne pouvez pas lui laisser la garde des enfants ». Cette personne couche avec plein de monde, ou ce genre de choses. Et donc du coup d’amener tout un imaginaire. Et pour le travail, ça peut être… Le droit du travail en France est quand même assez fort… Mais j’imagine notamment si on travaille par exemple avec des enfants… Ce côté hyper sexualisation qui peut être lié à ça, fait que on est mal vu. Je sais pas si on est prof et qu’on peut être mal vu par les autres parents d’élèves par exemple. Ou même sans être lié au travail. Je suppose que si t’es des parents polyamoureux, quand tu vas discuter avec les autres parents des amis de tes enfants… Peut-être qu’ils auront moins envie de leur laisser leurs gamins chez toi ou ce genre de choses. Et là, il y a peut-être aussi une différence entre la ruralité et la ville. Et c’est vrai que dans le sondage IFOP qui avait été fait pour le site Gleeden, qui parle de pas mal de couples libres, tromperies, etc. Le sondage était fait de deux manières, entre Paris et le reste de la France. Et il y a quand même une différence de chiffres, notamment où on voit qu’à Paris, c’est quand même beaucoup moins exclusif. Il y a quand même une différence assez nette.

31:26

Adèle J’ajouterais, c’est pas exactement la même chose, mais dans « pourquoi ne pas le faire ? »… Parce que les personnes vont potentiellement justement avoir l’impression qu’on fait du prosélytisme. Et qu’on vend un modèle en disant à tout le monde « il faut que vous soyez polyamoureux parce que c’est génial ». Et en fait, du coup, il peut aussi y avoir une défense et une réaction en face. De « non, c’est nul, et il ne faut pas être comme ça ». Ou alors un sentiment de se faire attaquer par l’autre. Qui peut faire monter aussi une forme d’agressivité dans la discussion, qui peut aussi ne pas bien se passer. Donc on peut ne pas avoir envie de se mettre dans cette situation-là. Moi, ça m’arrive beaucoup. Je le dis un peu à la légère et les gens vont se mettre à faire des petites remarques assez agressives et c’est pas très agréable.

32:14

Sacha Un dernier point que je voudrais rajouter sur est-ce qu’il faut faire son coming out ou pas, c’est qu’il y a toute une question aussi de temporalité. Les gens peuvent se poser la question de est-ce qu’il faut le faire tôt. Alors que je me dis que oui, j’ai envie de relationner avec plusieurs personnes mais je ne suis pas encore en train de le faire. Ou est-ce qu’il faut attendre vraiment que tout soit très mis en place ? Bon, il n’y a pas forcément de réponse là-dessus, mais c’est intéressant de se poser la question là. Et c’est une autre question qui se pose aussi, qui est la question de la légitimité. Dans le sens où j’ai déjà vu des gens qui disent bah non moi je ne vais pas dire que je suis non monogame, parce que je suis pas en train de sortir avec plusieurs personnes en ce moment. On peut considérer que c’est un risque, en quelque sorte. Mais que le coming out ne soit pas accepté par des monos. Et ça on m’a raconté des choses. Et je trouve ça fou. C’est qu’une personne va dire à ses amis monos moi je suis polyamoureuse… Et ses amis lui disent « Bah non. T’es pas en relation avec plusieurs personnes. » Elle dit « Bah si, si, j’ai telle personne et puis l’autre ». Ils disent « Bah non, mais l’autre vous êtes juste amis. »

33:16

Alexia MDR !

33:17

Sacha Ça compte pas comme, enfin en tout cas, ça rentre pas dans le côté d’une dimension romantique par les monos. Et donc du coup il y a un côté qu’en fait potentiellement, si t’es pas suffisamment dans la bonne image d’épinal du polyamour… Ton coming out risque d’être pas accepté par des monos. Qui, eux, n’y connaissent absolument rien. Mais qui vont faire douter, en plus, une personne qui, en face, n’est pas forcément tout à fait sûre de sa légitimité, qui n’est pas sûre, etc. Il y a aussi un petit peu ce risque-là de, selon quand est-ce qu’on le fait dans son parcours et à qui on va le faire, ça peut potentiellement nous remettre encore plus en question.

33:50

Adèle Ouais, ça clairement, moi ça m’est arrivé. D’autant plus que souvent je fais un double coming out. Parce que je suis obligée de dire que je suis polyamoureuse. Mais ensuite, comme les gens s’imaginent que je fais du sexe avec tout le monde, généralement je fais mon coming out suivant, à savoir, bah non, parce que je suis asexuelle.

34:05

Alexia On dirait un jeu de cartes genre « Eh non, car voici ma carte asexuelle ! »

34:10

Adèle C’est grave ça. Et en fait, on m’a déjà répondu, mais comment tu peux être polyamoureuse si t’es asexuelle ? Genre, en mode, c’est pas possible, en fait. Les deux étiquettes ne sont pas combinables. C’est impossible. Et du coup, t’es là, genre, comment faire pour tout vous expliquer ? Et ça, ça m’est arrivé plein, plein de fois que les gens, du coup, nient probablement la première étiquette, donc polyamour, parce que j’en ai ajouté une seconde. « Non, non, ça, ça, ça marche pas. »

34:38

Alexia Il faut les renvoyer vers notre épisode sur l’asexualité. Histoire de…

34:48

Sacha C’est pas forcément évident de faire son coming out. Il peut être mal compris par exemple, comme on vient d’en parler. Et donc là on va discuter de comment est-ce qu’on peut faire son coming out. Pour qu’il soit à la fois bien compris, bien accepté, et qu’il soit le plus agréable possible pour tout le monde. Sachant que, comme on en a déjà parlé, on va faire son coming out à priori à plusieurs cercles. Et donc ça sera probablement pas la même méthode qu’on va faire si on fait son coming out à ses collègues, à ses amis, ou à ses enfants.

35:18

Adèle Déjà, je trouve qu’il y a effectivement la question de est-ce qu’on le fait en tête à tête ou à un groupe. Ou même beaucoup plus largement en, par exemple, mettant à jour son profil réseau sociaux et en indiquant en gros, en énorme, je suis polyamoureuse. Je trouve que ça n’amène pas du tout la même manière de faire son coming out en fonction de la taille du groupe. Si on connait bien la personne en face de soi, si c’est un de nos proches… Donc déjà, rien qu’en fonction de qui on a en face, ça va changer beaucoup de choses, comme tu le dis, Sacha. Il n’y a pas que le type de public. Est-ce que c’est famille, amis, etc. Il y a aussi, est-ce que c’est une seule personne ou est-ce que c’en est plusieurs ?

35:58

Sacha Et c’est vrai que j’aurais plutôt tendance à dire que c’est intéressant de faire l’annonce à tout le monde. Par exemple, si je suis à une soirée avec des amis, de le dire à tous les amis. Bon aujourd’hui j’ai plus trop ce problème-là à titre personnel puisque juste les gens sont au courant. Et puis quand je rencontre d’autres je leur dis rapidement. Mais si jamais j’avais à revivre ça aujourd’hui, je pense que c’est ce que je préférerais faire. Avec tous mes amis, leur dire : ah au fait j’ai envie de vous dire ça. Alors je sais pas si je ferais une annonce en faisant gling gling gling sur un verre. Mais de le dire à un maximum de gens. Et puis si des gens n’entendent pas, ils entendront parler par d’autres etc. Mais c’est vrai que j’ai entendu parler d’un ami qui voulait faire son coming out à tout un groupe… Et qui pour lui c’était important de le faire individuellement. Et pourquoi, notamment, est-ce que c’était important ? C’était une question de respect de son côté. De se dire, en fait, j’ai envie de pouvoir m’adapter, en fait, à la réaction de chaque personne en face. Notamment parce qu’il y a des gens qui vont être perdus. Et qui vont dire « Ah mais en fait, du coup, qu’est-ce que je fais ? Parce que du coup, on était habitués à devoir avec une personne… Mais donc du coup, maintenant, comment est-ce que je me comporte avec cette personne ? Est-ce que je dois faire les choses différemment ? » Donc les gens sont perdus. Et donc du coup, pour cet ami, c’est plus respectueux de le faire aux personnes individuelles. Ce à quoi moi j’avais plus envie de répondre en fait c’est plus respectueux de le faire à tout le monde. Parce que si tu le fais aux personnes les unes après les autres ça veut dire que tu maintiens dans le mensonge et dans le secret tout le reste du groupe. Qui du coup n’a pas les mêmes informations que les autres. Et du coup je trouve pas ça particulièrement respectueux. Donc je pense qu’il n’y a pas vraiment de bonne réponse…

37:20

Adèle Après, sur comment le dire… Je trouve qu’il y a encore une fois une manière très explicite de le dire. En disant « je suis polyamoureuse » ou « je relationne de manière non exclusive ». Ou des manières un petit peu plus implicites. Par exemple, si tu laisses trainer dans ta maison de famille des livres sur le polyamour. Ou alors effectivement des bracelets avec le drapeau polyamoureux que, de toute manière…

37:46

Alexia Personne ne connait.

37:47

Adèle Je ne suis pas sûre que ta famille connaisse ! Il y a un petit peu de différents degrés aussi qui peuvent mettre en lumière le fait que tu es polyamoureux ou non. Et je trouve qu’en fonction des publics, parfois des indices peuvent suffire. Et du coup, tu n’as pas besoin de faire d’une manière très explicite un coming out et les gens vont comprendre. Et dans d’autres, ça va nécessiter d’être beaucoup plus frontal. Si je vais à la Pride ce weekend avec un bracelet polyamoureux, pour le coup, il est très probable que tout le monde comprenne. C’est un coming out suffisant.

38:21

Sacha Mais je pense que ça rejoint aussi un petit peu les raisons du pourquoi dont on parlait avant en fait. Quelle est la raison ? Si la raison de faire son coming out c’est de pouvoir s’exprimer clairement… Et de pouvoir dire j’étais avec une amoureuse à tel truc et puis j’étais avec un amoureux à tel autre… Bon bah en fait j’ai pas besoin de dire avant forcément à tout le monde « ah et au fait j’ai une annonce importante à vous faire ». Si l’idée c’est de pouvoir m’exprimer clairement, je peux tout simplement juste m’exprimer clairement. Et ensuite, les personnes, si elles ne comprennent pas, elles posent des questions. Mais effectivement, il peut être plus subtil dans ce cas-là de juste dire les choses comme elles sont dans les phrases. Sans forcément avoir besoin d’expliquer exactement ce qui est en train de se passer.

38:59

Adèle Mais c’est clair que d’ailleurs du coup on peut faire son coming out d’une manière très directe. Ou en fait presque laisser les gens venir à nous et poser des questions. Et ça c’est aussi deux stratégies qui sont complètement différentes.

39:12

Sacha Le côté de laisser les gens venir à nous, du coup, moi, ce que ça me fait penser… C’est aux inquiétudes qu’avait cet ami, du coup, qui voulait vraiment anticiper les besoins de tout le monde. Qui est que si tu laisses les gens venir à toi, peut-être qu’ils vont rester dans une forme de malaise. Et pas forcément oser venir vers toi. Et c’est là où il y a un dosage. Pour moi finalement le plus important dans comment faire son coming out c’est d’essayer d’anticiper les réactions de ton entourage. Les réactions des gens à qui tu vas faire le coming out directement ou indirectement. Parce que c’est des gens qui peuvent l’avoir entendu par bouche à oreille disons. Et du coup de te préparer à ça. Et après en fonction de quel niveau de préparation tu veux avoir et quel niveau d’accompagnement tu veux avoir avec les gens derrière… Parce que tu peux aussi te dire mes collègues s’ils savent pas trop comment gérer, ils se démerdent et tant pis pour eux.

40:00

Adèle Mais puis je pense que ça dépend aussi de si c’est important qu’on reconnaisse ton identité. Ou si justement c’est plus une information que tu passes, mais que finalement c’est plus pour que toi tu puisses raconter un peu les choses comme tu veux. Mais que finalement tu n’es pas impacté par ce que les gens projettent sur toi. En fait, si tu as besoin qu’on fasse une place au fait que tu es polyamoureux… Obtenir éventuellement même du soutien. Ou que ta famille par la suite pose des questions sur tes partenaires. Ça ne va pas être la même chose que si finalement c’est un oncle éloigné que tu ne vois jamais, avec qui tu n’interagis pas trop. Et tu dis dans la conversation que tu étais avec un de tes partenaires. Mais s’il ne relève pas, ce n’est pas grave. Le motif du coming out va directement être relié à la manière de le faire. Et même au public à qui le faire. Parce que si justement l’idée c’est que l’identité elle soit reconnue… Pour moi il est absolument nécessaire de commencer par les personnes en qui on sait qu’on va avoir du soutien. Qui vont éventuellement même nous donner du feedback positif. Et qui vont nous soutenir quoi qu’il arrive. Et du coup si on le fait pas ça peut être plus compliqué. Et on se sentira d’autant plus impacté, ou remis en cause.

41:13

Alexia Libby Sinback est une personne qui fait un podcast qui s’appelle Making Polyamory Work. Et elle a un épisode sur le coming out. Et elle propose une question que je trouve grave intéressante. Qui est, donc tu vas t’adresser à un public comme tu disais Adèle, et qu’est-ce que tu veux que ce public comprenne de toi et pense de toi ? Et je trouve que c’est une bonne façon d’aborder, en anticipant potentiellement ce que la personne peut mal comprendre. La personne, elle peut être très déstabilisée, avoir des traumas autour de la tromperie, ou s’inquiéter pour des enfants. Ou réaliser que finalement, elle aussi, elle est polyamoureuse et elle ne s’est jamais autorisée à le faire. Donc, essayer de faire le point sur qu’est-ce que ça va changer aussi pour la personne que tu as en face. Par exemple, si tu fais à un parent, tu peux lui dire, déjà, en fait, ce que ça implique, c’est qu’il y a différentes personnes que j’aime et qui sont importantes pour moi. Et j’aimerais que tu puisses les accepter et les reconnaitre en tant que telles. Tu peux dire aussi, dans les évènements familiaux, du coup, je préfère venir seule ou bien venir toujours avec le ou la même partenaire. Ça ne veut pas dire que l’autre n’existe pas. Ou bien, est-ce que c’est possible de venir avec deux partenaires, par exemple ? Et dire aussi si tu es ouvert·e aux questions. Tu peux lui dire, voilà, en fait, je voulais te dire ça. Est-ce que tu as des questions ? Si tu veux, on peut se rappeler la semaine prochaine pour refaire le point ou des choses comme ça. Il y a une véritable préparation qui commence par, comme vous l’avez dit, dire pourquoi on le dit. Pour, par exemple, que la personne ne croit pas que tu es en train d’essayer de la séduire. Mais aussi faire le point sur ce que tu veux véhiculer dans ton message.

42:54

Sacha On peut essayer de faire une petite liste des réactions auxquelles c’est intéressant d’avoir une préparation. Là, Alexia, tu as quand même… Tu as fait un petit peu le tour des trucs communs avec les parents, notamment. Mais ce n’est pas forcément les seuls qui peuvent être démunis. Le côté de gens qui vont être démunis, c’est quelque chose d’intéressant à anticiper. Ça peut être des amis ou des parents à qui il faut donner des clés pour savoir comment ils peuvent se comporter. Les parents, qu’est-ce qu’ils font pour les diners de famille ? Les amis, pareil. S’ils font une soirée, qui est-ce qu’ils invitent ? Ils ne savent plus comment faire. Surtout si tu commences à sortir avec plusieurs personnes du même groupe d’amis par exemple, ou des groupes d’amis qui sont proches… Tes autres amis sont un peu perdus en mode attendez mais vous pouvez être tous les trois dans la même soirée ? Oui, non, etc. Il y a plein de choses qui peuvent être perdues. Des choses qui peuvent sembler assez évidentes pour nous par ailleurs. Mais qui comme sont des choses assez inconnues pour la plupart des gens… Pouvoir leur donner des clés pour comprendre comment se comporter. Et comment ne pas être mal à l’aise, enfin pourquoi ne pas être mal à l’aise finalement. Une autre préparation intéressante, c’est de s’armer pour contrer toutes les idées reçues. Pour ça, on a notre premier épisode. Pour avoir des arguments, éventuellement. Pour tous les gens qui vont dire « Ah, mais en fait, c’est parce que t’aimes coucher avec tout le monde. » Non, peut-être pas, c’est pas ça. Ou alors des gens qui vont dire « Ah, mais en fait, toi, du coup, t’as envie que tout le monde se trompe. » Une des stratégies qui peut être utilisée, par exemple, c’est de dire « Non, non, je suis d’accord avec toi. Je trouve que tromper les gens, c’est mal. » On est d’accord là-dessus, on est sur le même point. C’est juste que moi je relationne d’une manière différente. Mais tout le monde est d’accord… Mais on reste fondamentalement d’accord sur le fait que tromper des gens, c’est pas top. Et enfin, dernière préparation que je vois qui est importante, et j’en ai déjà un peu parlé avant… C’est d’être préparé au fait que les gens vont éventuellement nous remettre en question. Et vont aller nous challenger pour nous dire, en fait, non, t’es pas vraiment dans une relation de monogame, ou non, c’est pas vraiment ce que tu veux. Surtout si tu fais le coming out depuis un couple déjà existant et où c’est l’autre partenaire qui a voulu ouvrir le couple, par exemple. Et donc ça, c’est le truc le plus dur de faire le coming out à ce niveau-là. Parce que les gens vont te dire « Ah, mais en fait, t’es en train de te faire arnaquer, c’est pas ce que t’as envie, etc. » Et donc du coup il faut pouvoir être prêt à ce moment-là à se défendre. Ou alors juste à dire « non mais j’ai pas envie qu’on en parle plus etc. » Mais c’est, vraiment on peut se faire attaquer sur nos choix à ce niveau-là. Et donc être prêt à se défendre, de dire mais si c’est vraiment ce que je veux. Il faut savoir que ça risque d’arriver.

45:26

Alexia Et tout à l’heure tu parlais de quand faire le coming out, Sacha. Et c’est vrai que trouver le bon moment c’est pas forcément évident. Parce que à la fois tu veux ne pas trop attendre pour plein de raisons. Et une des raisons ça peut aussi être que les personnes elles vont s’en rendre compte à un moment. Et t’as peut-être envie de leur dire toi-même avant qu’elles commencent à croire des choses qui sont fausses. Et en même temps, potentiellement t’es pas encore stabilisé dans comment tu te sens par rapport à ce mode de vie. Et dans le podcast que je citais tout à l’heure, Libby Sinback dit « tu veux écrire à propos de tes cicatrices et pas de tes blessures ouvertes ». Et c’est vrai que c’est difficile de parler des choses quand tu es encore en train de comprendre ce qui se joue pour toi.

46:09

Adèle Et d’où l’importance, dans ces moments-là, effectivement, de le faire à des proches compréhensifs. Moi, je me souviens qu’un de mes coming-out, je l’avais fait à une personne dont je savais qu’elle était queer. Qu’elle était passée par des étapes de coming-out aussi. Donc elle savait ce que c’était que faire un coming-out. Et ça m’avait rassurée, en fait, de pouvoir expérimenter ma manière de m’exprimer qui était toute maladroite. D’abord auprès de quelqu’un qui avait vécu ça et qui en fait pouvait presque m’accompagner, me soutenir. Et me donner justement aussi des conseils sur comment mieux l’annoncer.

46:43

Sacha Oui, parce qu’à l’inverse, faire son coming out à son groupe d’amis normal, qui n’a jamais entendu parler de non-monogamie, c’est hyper dur. Parce qu’il y a de fortes chances que les gens disent « Mais non, tu te fais arnaquer, ça va pas, etc., c’est pas bien. » Et du coup, c’est hyper dur à vivre, surtout sur un début où on n’est pas complètement sûr de soi.

47:02

Adèle Moi, je me souviens d’une discussion récente que j’ai eue avec des gens… Qui disaient que quand ils annonçaient qu’ils étaient polyamoureux, les gens faisaient « waouh, mais trop stylé, moi je pourrais pas gérer, mais incroyable ». Alors que moi, les réactions que j’ai eues, c’est plutôt genre « oula, mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Et c’est pas du tout la même réaction, et on a besoin de se préparer dans l’un des deux cas, potentiellement. Il y a un autre truc sur la temporalité de quand le dire, spécifique à ce que tu as évoqué en rigolant tout à l’heure, Alexia, par rapport au crush. Mais effectivement, si on est dans un contexte de séduction, c’est important que l’autre sache vite qu’effectivement, on veut des relations non exclusives. Parce que sinon, ça peut être perçu comme quelque chose de… Comme une trahison, en fait. Après, ça peut être difficile. J’ai vu beaucoup de polyamoureux s’interroger sur est-ce qu’on le fait dès la première rencontre ? Est-ce qu’on attend qu’on se rapproche un peu ? Est-ce que… Enfin, voilà, il y a plein de questions autour de quand le faire. Je pense que le bon moment, c’est aussi très personnel, finalement. Moi, j’aurais tendance à dire de le faire le plus vite possible pour que l’autre puisse savoir dans quoi elle s’engage. Mais j’ai aussi eu des amis hommes qui me disaient que, en fait, quand ils le disaient dès le début, ils se faisaient… Enfin, limite, la personne se levait et partait. Parce qu’il y a aussi des mauvaises conceptions de ce que c’est que le polyamour. Et des personnes qui utilisent cette étiquette pour faire un peu n’importe quoi. Et où, du coup, ça peut être mal associé. Du coup, ça peut aussi être compliqué de choisir une temporalité par rapport à ça.

48:41

Sacha Oui, il y a plusieurs écoles. Mais moi je suis d’accord avec toi qu’il vaut mieux le dire dès le début. Parce qu’en fait, effectivement, tu prends le risque qu’une personne, ça ne lui plaise pas du tout. Mais dans ce cas-là, il vaut mieux s’en rendre compte tout de suite plutôt que d’essayer de la convaincre au fil des rendez-vous. Et de faire accepter à reculons la non-monogamie. Parce qu’elle a trouvé que tu étais une personne géniale et donc du coup, pour toi, elle veut bien essayer. Alors qu’en fait, elle n’avait pas du tout envie.

49:02

Adèle Alors, je ne parlais pas forcément de ce genre de cas. C’est plus une histoire de… C’est aussi quelque chose d’intime et tu peux avoir envie de l’annoncer aussi à un moment où tu as déjà une confiance un petit peu qui est en place dans la relation. C’est ce que défendent certaines personnes. Moi, je ne sais pas si j’adhère, mais je peux concevoir.

49:19

Alexia J’imagine que ça le fait dans des relations pas forcément romantiques. Maintenant, si tu vas en date avec quelqu’un, j’imagine que tu le dis tout de suite. C’est ce genre de cas.

49:29

Sacha Encore une fois, il y a des gens qui ne veulent pas le faire, mais bon, je pense que ce n’est pas forcément une bonne idée. Et donc, pour compliquer les choses, le coming out, ça ne concerne pas que nous. Mais ça concerne aussi les gens avec qui on relationne. Car notre coming out va aussi impacter nos autres partenaires. Et c’est de ça dont on va discuter dans cette dernière partie.

49:54

Adèle Ça me fait immédiatement penser à un de mes partenaires qui, lui, n’a pas forcément envie de faire un coming out parce qu’il ne relationne qu’avec moi. Et du coup, il dit à tout le monde que je suis sa copine. Et ça me met vraiment en porte-à-faux. Parce que moi, je suis genre, du coup, maintenant, comment je raconte que j’étais avec une autre partenaire le weekend d’avant à ses parents ? Heureusement, je ne les vois pas, mais… Le fait qu’on fasse ou non un coming out a des conséquences, effectivement, sur son ou ses partenaires.

50:24

Sacha Et dans les deux sens, c’est-à-dire que si jamais on décide d’être out… Donc du coup d’avoir fait son coming out. Si on décide d’être out, et bien du coup ça va impacter nos autres partenaires qui vont du coup être eux d’une certaine manière outés aussi. Donc c’est-à-dire que ça va les rendre visibles. Dans le sens de là, ton partenaire, si jamais tu dis aux gens, bah oui je suis sa copine, mais moi j’ai aussi d’autres partenaires… Eh bien du coup ça signifie à tout le monde que ce partenaire-là il est dans une relation non monogame. Même si lui il n’a qu’une seule partenaire. Mais dans l’autre sens, lui le fait de ne pas être out, ça t’impacte toi. Parce que du coup ça te restreint dans ce que tu dis. Et du coup tu peux plus vraiment être out, parce que tu dois garantir son secret. Et donc du coup ça t’oblige et ça te donne tous les désavantages dont on a parlé plus tôt dans l’épisode.

51:10

Adèle C’est un petit peu à côté aussi, peut-être, mais… Quand on ne fait pas son coming out, par exemple auprès de sa famille, et qu’on parle de nos partenaires… Ils vont pouvoir se dire que tu as plaqué ton ancien partenaire pour un nouveau. Parce que le modèle monogame est omniprésent. Et moi, je me souviens d’avoir invité une de mes partenaires au mariage de mon petit frère. Et tout le monde avait pensé que je faisais mon coming out lesbien, et m’avait félicité. Et en gros du coup ils se disaient ah bah l’ancien partenaire, ciao bye bye. Maintenant, Adèle sait qu’elle est lesbienne et c’est super. Et j’étais là genre, le message est pas exactement passé. Et je suis toujours avec l’ancien partenaire en fait. Donc ne le mettez pas à la poubelle, quoi. Donc ne pas faire le coming out… Si à ce moment-là j’en étais restée à ne pas souligner qu’il y avait erreur… Les gens auraient cru aussi que l’autre partenaire n’existait plus. Et ça aurait probablement été très dur à vivre pour lui, si jamais il avait été confronté à nouveau à ma famille. Ça c’est pour le coup une spécificité vraiment du polyamour. De la même manière que quand on drague quelqu’un, pareil, en fait, à priori, normalement, c’est explicite sur notre orientation. Mais dans le cas du polyamour, ça ne l’est pas. Et c’est aussi pour ça qu’on insistait tout à l’heure pour dire, il faut le dire. Parce que si on ne le dit pas… Si on est en milieu rural notamment et qu’effectivement on en parle, on le disait tout à l’heure, comme tout le monde se connait, ça peut être vite déduit de avec qui tu sors, etc. Et impacter son identité à lui, ou à elle.

52:55

Sacha Mais c’est vrai que le cas de la famille, notamment des autres partenaires, c’est toujours un cas un peu compliqué. Parce qu’en fait, si tu vas dans une réunion de famille, tu te dis, est-ce que les gens… Dans une réunion de famille, tu peux avoir de la famille en plus plus ou moins proche. Qui est au courant ? Est-ce que je dois faire attention, etc. Et donc du coup, c’est ton autre partenaire qui t’impose en quelque sorte de faire attention à ce que tu dis. Pour ne pas révéler à tout le monde cette relation. Et il y a un côté éthique un peu questionnable à ce niveau-là. C’est-à-dire que tu peux pas contrôler comment l’autre parle de nous. Donc tu peux pas empêcher l’autre de nous cacher, ou de cacher d’autres gens, etc. Mais est-ce que l’autre du coup a vraiment aussi le droit de contrôler toi, et de demander de te cacher. Est-ce que c’est éthique que ton partenaire qui n’ait pas envie d’être out, du coup, t’impose de faire attention à tout ce que tu dis, etc. C’est une question qui peut se poser quand même.

53:40

Alexia À mon sens, ça dépend pas mal de la proximité que t’as avec la famille, là, si on parle de la famille. Moi, j’ai beaucoup ressenti ça avec un partenaire où il n’était pas du tout out auprès de ses parents. Enfin, c’est compliqué parce qu’il n’était pas sûr d’être vraiment polyamoureux et tout. Et donc, sur un début de relation où… Bon, il ne m’a pas présenté à ses parents et tout, mais à un moment, il a commencé à me présenter à ses parents et j’ai commencé à voir ses parents. Et autant au début, j’étais : ah bon, c’est pas grave, ils me voient un peu comme la copine de leur fils et ils projettent probablement un couple mono, il n’y a pas de souci. Mais au fil du temps… Je les voyais de plus en plus. Il y avait une relation de confiance qui se tissait. Et à ce moment-là, j’ai commencé à me sentir pas bien parce que j’avais l’impression de moi leur mentir. Et qu’ils projetaient en moi la future femme de leur fils. Et que je porterais ses enfants et qu’on achèterait une maison. Et à un moment où j’ai commencé à me sentir un peu amie de ses parents… Là, je lui ai demandé : est-ce qu’on peut envisager un coming out auprès de tes parents ? Parce que c’est désagréable pour moi d’avoir l’impression de vraiment leur mentir sur la marchandise. La marchandise étant moi. Et du coup, oui, avec la discussion, il l’a fait. Mais il y a un moment où je me suis carrément dit, est-ce que moi, je ne vais pas le faire, le coming out auprès d’eux directement ?

55:05

Adèle Parce que ça t’impactait toi aussi.

55:08

Sacha Ça c’est vrai que c’est une spécificité, effectivement, du coming out non monogame. Comparé par exemple au coming out homosexuel. Dans le sens où, si tu invites ta relation homosexuelle avec tes parents… Bon bah à priori tes parents, ils sont au courant.

55:24

Alexia Non, non, non, les parents ils pensent toujours que c’est un ami ou une amie, t’inquiète pas.

55:30

Sacha Non, mais si tu le présentes en tant qu’amoureux, ils sont au courant. Et voilà, il n’y a pas besoin d’aller plus loin que ça. Alors que là, du coup, il faut dire, OK, ce que vous voyez, vous le voyez, c’est vrai, mais il se passe aussi d’autres choses qui sont complètement différentes de ce que vous imaginez.

55:44

Alexia Ou alors, il faut venir avec tout le polycule et faire un bisou sur la bouche à chaque personne en disant, voici mes partenaires.

55:52

Adèle Sachant que dans ce cas-là, il faut aussi que les partenaires soient d’accord pour faire du kitchen table. Ce qui peut être compliqué dans la pratique.

56:01

Sacha Mais là on en revient du coup à faire son coming out. Mais là la question du coup est si des gens ne veulent pas faire leur coming out. Il y a aussi la question de est-ce que c’est vraiment nécessaire en fait que différents partenaires aient le même niveau de outness ? Est-ce que ça peut être complètement compatible sans trop d’accro s’il y a une personne qui est out et l’autre qui ne l’est pas ?

56:20

Alexia Si les cercles sont pas fusionnés, les cercles d’amis, je pense que ça se fait assez facilement, éventuellement. Mais dès qu’il commence à y avoir fusion des cercles, ça devient un peu plus difficile, j’imagine.

56:30

Sacha Puis il y a la question des réseaux sociaux aussi, dont on n’a pas parlé. Mais il y a plein de gens qui postent plein de photos de leur vie sur les réseaux sociaux. Et donc du coup… Ça d’ailleurs c’est une question importante à parler dans les relations non exclusives, pour les gens qui utilisent les photos des réseaux sociaux. C’est est-ce que je peux te mettre dans mes réseaux sociaux et que les gens vont voir qu’on a passé le weekend ensemble, etc. Ça fait partie… On ne peut pas faire ça avec quelqu’un qui n’est pas out. Ou alors il faut bien choisir les photos… Et bien c’est tout pour notre discussion d’aujourd’hui sur le coming out. Il y a plein de choses à en dire, mais on retiendra pour le moment que le coming out c’est une affaire de tous les jours quand on est dans des relations non monogames. Qu’on le fasse ou qu’on choisisse de ne pas le faire, c’est une question qui se pose quotidiennement. Choisir de le faire a un certain nombre d’avantages, notamment pour la communauté non monogame dans son ensemble. Mais un coming out, ça peut aussi venir avec un certain nombre de risques que tout le monde n’a peut-être pas le privilège de prendre. On a donné quelques conseils et outils pour se préparer à faire un coming out parce que ce n’est pas toujours évident. Et ce qui n’est pas toujours évident non plus, c’est de ne pas avoir le même niveau de outness que ses partenaires. Et ça, c’est quelque chose sur lequel on a moins le contrôle. Adèle et Alexia, est-ce qu’il y a des choses que vous voulez particulièrement retenir sur le coming out ?

57:51

Alexia Moi, j’aimerais rappeler que faire ton coming out ne concerne que toi, principalement toi. C’est à toi de savoir quand et comment tu veux faire ton coming out auprès de tes proches. Quand ton coming out va impacter tes autres partenaires, c’est important d’en parler ensemble pour voir les points positifs et négatifs et trouver l’attitude qui convient à tout le monde.

58:14

Adèle Moi, j’aimerais rappeler que le coming out, c’est un processus un peu constant qui est à faire en continu. Vous n’allez pas être débarrassé de cette question du coming out une fois que vous l’aurez fait une fois. Même si ça devient de plus en plus facile.

58:29

Sacha Et moi, j’aimerais répéter la ligne de conduite qu’on peut entendre assez souvent, qui est que… Si vous avez suffisamment de privilèges pour le faire, je vous invite à faire votre coming out. Ça sera bénéfique pour tout le monde.

58:47

Alexia Merci d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. S’il vous a plu, n’hésitez pas à en parler autour de vous. C’est vraiment grâce à vous, par le bouche à oreille, que ce podcast gagne en visibilité. Vous pouvez aussi nous envoyer un mail sur contact@atesamours.fr ou nous retrouver sur les réseaux sociaux. Vos charmants messages sont pour nous une grande source de motivation. Le script et les sources de cet épisode sont disponibles sur notre site atesamours.fr. À bientôt pour le prochain épisode !