Explicit 21. Asexualité
Ep. 21

21. Asexualité

Episode description

La sexualité est perçue comme quelque chose qui est à la fois agréable et obligatoire dans les couples amoureux. Pourtant, le rapport au sexe varie beaucoup d’une personne à l’autre.

Cet épisode a pour sujet des vécus de personnes asexuelle, c’est-à-dire ressentant peu ou pas d’attraction sexuelle. Est-ce que les asexuel•le•s ne font jamais de sexe ? Est-ce qu’iels peuvent être en relation avec des personnes sexuelles ? Comment les asexuel•le•s vivent cette absence d’attraction ?

Ressources

Mentionnées dans l’épisode :

Pour approfondir :

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0:02

Adèle Bienvenue dans « À tes amours », le podcast qui propose une autre manière d’aborder les relations. Nous sommes Adèle,

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Alexia Alexia

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Sacha et Sacha,

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Adèle et nous allons vous parler notamment d’émotions, de communication, de polyamour et d’autres formes de non-monogamie. Ce podcast s’adresse à toute personne s’interrogeant sur les relations.

0:27

Alexia Parfois, j’ai l’impression d’être un alien. J’ai l’impression de venir d’une autre planète parce que parfois je ne comprends rien à ce qui se passe autour de moi. En fait, le sexe ne m’attire pas. Je me suis longtemps demandé ce qui clochait chez moi. Parce que tout le monde autour de moi avait l’air de dire que le sexe, c’est la meilleure chose, c’est hyper agréable, c’est ce que tout le monde veut, c’est l’acte d’amour absolu. Et aussi apparemment c’est le ciment du couple. Alors pourquoi ça me laisse si indifférente ? Donc moi là-dedans, à ne pas vouloir de sexe, même avec les personnes dont je suis amoureuse, je me disais vraiment que j’avais raté un truc. Je me posais des questions dans tous les sens, à la recherche d’une explication pour me sauver de ma confusion abyssal. Et puis j’ai découvert le concept d’asexualité. Apparemment, une personne asexuelle ressent peu ou pas d’attraction sexuelle. Et apparemment, c’est acceptable d’être comme ça. Genre, j’ai le droit de ne pas avoir envie de ken ? Je vous avoue que ça a été une petite révolution pour moi, mais c’était loin de répondre à toutes mes questions. Avec mes fidèles acolytes, Adèle et Sacha, on discute aujourd’hui d’asexualité, de la variabilité des rapports au sexe et des questions que ça soulève. Dans une première partie, on parle de différents vécus asexuels. Ensuite, on développe un peu les problèmes auxquels on est confronté quand on est asexuel. Et puis, on s’intéresse à comment on relationne quand on est asexuel et en miroir, comment on relationne avec une personne asexuelle. Pour commencer, je veux vous poser une question à tous les deux. Si vous voulez bien, ma question est la suivante. C’est quoi être asexuel ? De ce que vous comprenez.

2:09

Sacha Une personne asexuelle, c’est une personne qui n’est pas ou peu intéressée par de la sexualité. En tout cas, elle est moins intéressée par la sexualité que la normale des gens.

2:21

Adèle Oui, effectivement, on avait déjà parlé des différentes formes d’attirance et on avait parlé de l’attirance sexuelle notamment. Et pour moi, une personne asexuelle, c’est une personne qui ressent peu ou pas du tout d’attirance sexuelle envers autrui. On peut aussi le définir d’ailleurs comme une orientation sexuelle à part entière. C’est d’ailleurs la définition du livre Sexo queer qui commence par dire « c’est une orientation sexuelle ».

2:49

Alexia Moi j’ai un peu du mal avec ce détail d’orientation parce que pour moi orientation c’est une sorte de direction. Et en fait du coup là c’est pas une question de direction c’est juste qu’on n’avance pas. Et du coup genre en étant asexuel on peut être pas attiré du tout, mais ça peut être attiré éventuellement un tout petit peu. Et on peut, en étant asexuel, être attiré par un genre ou un autre, éventuellement. Donc je trouve que ça se superpose un peu avec le concept d’orientation, c’est-à-dire quel genre est susceptible de t’attirer.

3:20

Sacha Tu peux avancer, mais sur d’autres axes.

3:22

Alexia Ouais.

3:23

Sacha Et déjà, tu avances un petit peu sur l’axe sexuel, mais d’une manière moindre que d’autres, et t’avances sur d’autres axes. Ça peut être l’axe romantique, sauf si tu es également aromantique. Mais tu avances sur l’axe de la complicité, l’axe de construire des choses ensemble, n’importe quel autre type d’axe que tu peux vouloir mettre dans une relation.

3:42

Adèle Effectivement pour moi on peut rajouter un degré d’intensité. Cela dit moi je trouve ça assez intéressant de le définir comme une orientation. Parce que personnellement je ne connaissais pas du tout le terme d’asexualité avant ma vingtaine. Et je pense que si c’était une orientation plus reconnue et du coup forcément plus représentée, j’aurais peut-être été exposée plus tôt à ce modèle et à l’existence d’autres personnes asexuelles. Et peut-être que ça m’aurait aidée dans ma construction.

4:20

Alexia Ouais, après, du coup, effectivement, c’est un truc dont on parle pas beaucoup. Et c’est pour ça qu’on veut en parler aujourd’hui. Sacha, tout à l’heure, t’as soulevé qu’on pouvait être asexuel et aromantique. Ça demande un petit peu de clarifier, peut-être, pour des gens qui feraient pas bien la différence. Est-ce que tu veux le faire ?

4:42

Sacha Pour moi, les personnes asexuelles sont des personnes qui ne sont pas intéressées par des actes de nature sexuelle. Après, il y a toute une grande diversité, c’est un très grand spectre. On aura l’occasion d’en parler plus dans l’épisode. Généralement, il n’y a aucune personne asexuelle qui va se targuer d’être la personne représentative de l’asexualité en général. Je vais le redire en mettant plus de pause entre les mots.

5:09

Alexia Ha ha !

5:11

Sacha « La asexualité » en général, parce que il y a tellement de vécus différents. Et pour les personnes aromantiques c’est la même chose, il y a tellement de vécus différents. Donc aucune personne ne va se targuer d’être représentative de ce que c’est l’aromantisme. Mais il s’agit de personnes qui vont ne pas développer de sentiments amoureux. Ou qui ne vont pas ressentir ce besoin de faire couple tel qu’on le montre dans les comédies romantiques ou toute cette vision de l’amour-là. Qui ne comprennent pas du tout et ne se retrouvent pas là-dedans.

5:43

Alexia Ouais, moi, par rapport à ça, il y avait vraiment un truc que je voulais souligner. Qui est, en fait, pour des personnes qui sont sexuelles, on parle d’allosexuelles, pour parler des gens qui ont, entre guillemets, normalement envie de sexualité… Pour ces personnes-là, souvent, le fait d’être amoureux, c’est lié au fait d’avoir envie de faire l’amour avec quelqu’un. Pas pour tout le monde, mais pour certains, le concept d’être amoureux et d’être attiré sexuellement, c’est très fusionné. Et donc, les gens ne comprennent pas forcément qu’on peut tomber amoureux sans avoir de désir sexuel. Et ce n’est pas parce qu’on n’a pas de désir sexuel qu’on n’est pas amoureux.

6:25

Sacha Mais finalement, dans l’image populaire, cette décorrélation entre les deux peut être un petit peu comprise, mais uniquement dans l’autre sens. C’est-à-dire que je pense que c’est assez bien compris que, alors pas pour tout le monde, mais qu’il y a quand même pas mal de gens qui peuvent avoir envie de sexualité sans qu’il y ait des sentiments amoureux derrière. Et donc ça, c’est admis. Mais par contre, l’inverse d’être amoureux sans sexualité, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. En tout cas, c’est ce que dit…

6:49

Alexia C’est ce que dit la société. Du coup, qu’est-ce qui se passe dans la sexualité d’une personne asexuelle ? Est-ce que c’est des gens qui font jamais l’amour, du coup ?

6:58

Adèle Alors, c’est une confusion qui est souvent faite. Et d’ailleurs, il y a des gens qui vont parler aussi d’abstinence, c’est-à-dire le fait de ne pas faire de sexe, de se retenir de faire du sexe. Mais en fait, pour le coup, l’asexualité et l’abstinence, ça n’a absolument rien à voir. Ce n’est pas du tout à confondre. Une personne asexuelle potentiellement peut faire du sexe, ce qui peut être perturbant à comprendre pour les gens. Mais il y a plein de raisons qui peuvent amener une personne asexuelle à avoir malgré tout une sexualité. Qu’elle soit avec elle-même en termes de stimulation pour ressentir une forme d’excitation avec la masturbation… Ou que ce soit avec quelqu’un pour connecter avec l’intimité de quelqu’un. Ce qu’il faut comprendre, ce qui peut être un peu perturbant, c’est qu’une personne asexuelle ne va pas avoir d’impulsion naturelle vers l’activité sexuelle. C’est-à-dire que généralement, ça ne va pas être quelque chose d’important, le sexe. C’est pas pour autant quelque chose qui est strictement impossible, ou alors ça peut l’être pour certaines personnes asexuelles, mais c’est pas nécessairement le cas.

8:10

Alexia C’est pas un besoin, quoi.

8:12

Adèle Oui, et les prédispositions vers la sexualité chez les personnes asexuelles, elles peuvent être très très variables. On peut être totalement repoussé par le concept même du sexe, et pas du tout en vouloir. Mais certaines personnes asexuelles vont apprécier, dans certaines circonstances, avoir une sexualité. Moi, je me souviens que ça m’avait marqué dans le podcast Sin eden sublime, l’épisode 16 sur l’asexualité. La personne interrogée faisait une métaphore avec des fraises et l’appétit pour les fraises. Et elle disait, globalement, être asexuel, c’est un peu comme si on aime les fraises, mais on n’a jamais faim. Du coup, si on mange des fraises, on peut être écœuré par les fraises. Et pourtant, tout le monde nous dit, c’est super les fraises, on adore les fraises, c’est trop bizarre de ne pas aimer les fraises. Mais en fait, ce n’est pas qu’on n’aime pas les fraises, c’est juste qu’on est écœuré et qu’on n’a jamais envie d’en manger. Pour autant, on pourrait en manger.

9:20

Alexia Ouais, dans un autre épisode où il y a Vincent qui intervient et qui parle de trois types d’asexualité… Il y a des gens qui peuvent être Sex-Repulsed, il dit, genre, qui refusent de faire du sexe, en gros. C’est horrible pour eux, c’est plus ou moins horrible, c’est genre, soit absolument ennuyeux, soit complètement dégoutant.

9:39

Sacha C’est pas seulement qu’ils refusent. C’est aussi qu’il y a une répulsion qui est assez forte. Mais parfois cette catégorie-là, ça s’associe à des gens qui vont être horrifiés à l’idée de quand on parle de sexualité. S’il y a des blagues ou s’il y a des allusions à la sexualité dans un média, ça va leur faire un effet assez négatif corporellement. Enfin potentiellement en tout cas, c’est ce qui peut rentrer dans cette catégorisation-là aussi.

10:00

Alexia C’est ça. Que moi, personnellement, j’appelle être sex-neg. Et je considère que j’ai un peu été parfois dans ma vie. Il y a Sex-Indifferent, qui est du coup du sexe, pourquoi pas, ça me fait un peu ni chaud ni froid, mais ça peut être pour faire plaisir, par exemple, à son partenaire. Et il y a Sex-Favorable, qui est… En vrai, la sexualité, ça peut être agréable, c’est juste que j’y pense pas particulièrement. Moi, j’ai un gros truc de, c’est pas que je déteste ça et que c’est horrible… Mais en fait j’y pense même pas quoi. Ce qui fait que parfois genre je passe à côté des… Enfin je suis vraiment hyper nulle à reconnaitre des sous-entendus, parce que j’y pense pas en fait. C’est pas une option dans ma tête quoi.

10:41

Sacha Et du coup ce Sex-Favorable c’est cette idée de… Effectivement t’es pas forcément intéressé mais t’as une ouverture d’esprit et éventuellement une envie d’aller essayer. Pour faire plaisir à ton partenaire, ou parce que tu sais que parfois c’est bien pour toi. Mais en fait juste t’es pas motivé plus que ça mais en tout cas t’as cette ouverture d’esprit

10:57

Alexia Ou par curiosité tu vois. Genre c’est comme… Je sais pas c’est comme les huitres. J’aime pas les huitres, mais de temps en temps je goute pour voir si j’aime plus.

11:05

Adèle Généralement les métaphores avec l’appétit fonctionnent bien pour que les gens se fassent une représentation.

11:11

Alexia Ouais. Il y a vraiment des trucs aussi où des personnes asexuelles peuvent être simplement confuses sur leur envie de sexe. En tout cas, personnellement, je sais qu’il y a vraiment des moments dans ma vie où j’étais pas vraiment capable de savoir si j’avais envie de sexualité ou pas. Mais c’est un peu compliqué, encore une fois, comme on nous dit qu’on est censé en avoir envie. Parfois, c’est un peu difficile de s’écouter, j’ai trouvé. Et donc ça m’est arrivé de performer le fait de vouloir du sexe, de performer l’excitation, parce que je croyais que c’était le truc normal à faire. Donc je pense qu’il y a aussi des choses qui se jouent peut-être au niveau des neurones miroirs. Où quand on voit l’excitation chez un partenaire, ça peut finir quand même par nous exciter.

11:56

Sacha Après, le fait de ne pas savoir si on a réellement envie de sexualité, je pense que c’est quelque chose qui peut toucher absolument tout le monde. Puisque la question de « est-ce qu’on a envie de sexualité » est une question qu’on ne se pose probablement pas assez. De par le fait que si on est amoureux, on doit avoir de la sexualité et c’est censé être quelque chose de présent. Donc la question ne se pose peut-être pas suffisamment pour tout le monde. Mais en tant que personne asexuelle, c’est un problème qui va devenir plus souvent. Puisque la réponse à cette question, si on se la poserait, serait beaucoup plus souvent « non » que pour le reste de la population.

12:28

Alexia D’ailleurs, il y a un truc qui est chez des asexuels de se sentir vraiment soulagée quand ton ou ta partenaire dit qu’il ou elle n’a pas envie de faire l’amour.

12:38

Adèle Ah oui, ça, ça m’est tellement arrivé.

12:41

Alexia Petits indices.

12:43

Sacha Mais ça, pareil, ça arrive à tout le monde qui, en fait, n’a pas envie de faire l’amour, mais n’ose pas dire « Ah, ce soir, j’ai pas envie… » Parce que refuser de la… On en parlera plus plus tard, mais effectivement, refuser de la sexualité, c’est quelque chose qui peut être chargé. Dire « Ah, tu ne m’aimes plus », ou ce genre de choses. Mais encore une fois, ça peut arriver à tout le monde, mais pour les personnes asexuelles, ça va arriver beaucoup plus souvent. Puisque beaucoup plus souvent, ces personnes… Et quand je dis beaucoup, c’est beaucoup, beaucoup. C’est un ordre de grandeur réellement au-dessus. Pour ce qui est de la définition et la présentation des personnes asexuelles… Moi, je trouve qu’effectivement, pour se donner une idée de la représentation de la variété de ce à quoi ça peut ressembler… Cette catégorisation que tu as donnée, Alexia, déjà, de à quel point les personnes asexuelles peuvent avoir une attitude favorable, indifférente ou repoussante à la sexualité, ça donne déjà un bel aperçu de ce que peut être le spectre. Mais il y a d’autres termes qui sont utilisés pour définir différentes personnes à différentes positions du spectre. Alors, selon, plus selon un axe cette fois-ci mais un peu différentes positions. Parce qu’en fait les personnes asexuelles alors il y en a c’est simple, c’est juste effectivement elles ont jamais envie de sexe. Et le sexe ne les intéresse absolument jamais. Bon voilà c’est simple et elles méritent… Enfin non pas que les autres ne sont pas méritantes, mais en tout cas le terme asexuel étymologiquement leur correspond bien. Puisqu’on a le A de absence. Enfin ça veut probablement dire autre chose en latin ou quelque chose comme ça mais en tout cas c’est la signification que ça veut dire. Et après, comme en fait c’est souvent pas si simple… Il y a pas mal de personnes asexuelles qui en fait ont dans certaines circonstances parfois envie de sexualité ou apprécient la sexualité… Eh bien il y a ce terme qui est utilisé de grey sexuel, ou gris sexuel en français. Qui est en gros l’idée de dire qu’en fait on parle de tout un spectre, tout un continuum de personnes différentes. Et à l’intérieur de ce long continuum, il y a plusieurs autres mots qui sont utilisés pour définir des… Des archétypes peut-être, je ne sais pas, en tout cas des catégories un peu de personnes. Et je trouve intéressant de les mentionner, pas pour retenir ces mots, puisqu’ils ne seront pas utiles à retenir. À moins que ça vous concerne, et dans ce cas-là, ça donne une porte d’entrée qui peut être très utile pour trouver des personnes comme vous. Mais parce que ça donne un bel aperçu. Et donc, dans ces mots, on a probablement le plus utilisé, le plus connu en tout cas, celui que j’entends le plus, c’est le mot de demi-sexuel. Qui sont les gens qui… Ce sont des personnes pour qui le désir sexuel n’arrive qu’au fil du temps d’une relation. Au bout d’un moment, qu’il y a vraiment une relation de confiance intime importante qui s’est créée avec quelqu’un. Et c’est uniquement sous ces conditions que le désir sexuel peut commencer un petit peu à arriver.

15:16

Alexia Après beaucoup de complicité et de trucs auparavant quoi.

15:20

Sacha Et à l’opposé de cette catégorie-là, il y en a une autre dont j’avais jamais entendu parler, mais qui est les frays sexuels. Et ça, ce sont les personnes asexuelles qui n’ont d’attirance sexuelle qu’avec des inconnus. En gros, qu’au tout début d’une relation, peut-être avec l’énergie de une nouvelle relation, ça va leur donner envie de sexualité. Et puis une fois que ça s’est passé, il n’y a plus rien.

15:46

Alexia Est-ce qu’on peut être les deux genre ? On a besoin de complicité et même après quand on connait trop la personne. Parce que ça me parle.

15:54

Sacha Peut-être, mais dans ce cas-là, tu n’as jamais envie de sexualité.

15:57

Alexia Si juste à un moment très spécifique tu vois.

16:00

Sacha Au bout d’exactement deux semaines ?

16:03

Alexia C’est ça. C’est pas très pratique mais que voulez-vous ?

16:08

Sacha Et enfin, le dernier que je trouve intéressant, c’est un terme qui s’appelle « aegosexuel ». Et ce sont des personnes pour qui l’excitation sexuelle existe. Il y a un attrait pour la sexualité qui est présent. Notamment quand ils peuvent le voir dans des médias, dans de la fiction, dans des fantasmes… Mais qu’en pratique, ça peut éventuellement se traduire par de la masturbation, mais ça ne se traduit pas du tout avec l’envie de réaliser des pratiques sexuelles avec d’autres gens.

16:42

Alexia Comme quoi, ça nous fait pas mal de trucs. Plein de Fifty Shades of Asexuality. Petit warning aussi sur les asexuels et la consommation d’alcool. Je pense que c’est pareil. Quand on est confus sur est-ce qu’on veut de la sexualité. Ça peut être compliqué de mélanger les injonctions et l’alcool.

17:06

Adèle Ce qui est le cas d’une manière générale vis-à-vis du consentement. Est-ce qu’on est lucide pour prendre une décision et dire un vrai oui ? Je pense que c’est une question qui n’est que peu posée. Puisque pour beaucoup de gens, finalement, l’alcool est un facilitateur de lien. Et ça peut être super traitre pour des personnes qui sont un petit peu moins dans la norme et qui vont avoir plus de difficultés à se positionner. Et qui vont vraiment avoir besoin de toutes leurs capacités cognitives et physiques pour se rendre compte de si elles ont envie ou non de s’investir dans un rapport.

17:42

Alexia L’alcool, ça inhibe les warnings et les trucs de « en fait, j’ai pas envie ».

17:46

Sacha Pour rappel, évident, mais pour avoir une relation sexuelle avec quelqu’un, il faut s’assurer du consentement de cette personne-là. Et pour s’assurer du consentement de cette personne-là, il faut qu’elle puisse être en mesure de donner son consentement de manière éclairée et réfléchie. Et si cette personne est alcoolisée, elle n’est plus en mesure de donner son consentement.

18:10

Alexia Maintenant qu’on a vu qu’être asexuel, ça recouvre une très large palette d’expériences, j’aimerais qu’on aborde plus particulièrement à quels problèmes on est confrontés en tant que personne asexuelle. Par où on commence ?

18:24

Adèle Moi, je voulais déjà rappeler le gros problème qu’il y a par rapport à la pathologisation du fait d’être asexuel. En fait, ce dont il faut se rappeler, c’est que jusqu’en 2013, l’absence de désir sexuel était considérée comme un trouble mental et/ou physique, voire une maladie. Dans le manuel diagnostique des troubles mentaux. Qui est un ouvrage de référence en psychologie et en psychiatrie. Et finalement, 2013, c’est assez récent. On sait d’ailleurs que d’autres orientations sexuelles avaient été jugées anormales. L’homosexualité avait aussi été inscrite dans ce manuel jusqu’en 1980. Mais en gros, ce que ça signifie, c’est que finalement… Le fait d’être asexuel, c’est vraiment considéré comme un problème, un truc bizarre. Et c’était vraiment très récemment seulement que ça commence à être reconnu comme quelque chose de possible sans qu’il y ait une pathologisation de ce truc-là. Et moi, je trouve ça assez choquant. Il y a un jugement moral très très très fort sur l’asexualité. « La asexualité », pardon.

19:35

Alexia C’est vraiment une sorte d’interdiction d’exister en tant que telle.

19:38

Adèle Oui, et 2013, finalement, bon, on va dire que c’était il y a une douzaine d’années. Moi, j’avais la vingtaine à ce moment-là. Vous imaginez bien qu’en termes de construction, c’est pas facile de se dire qu’on a un souci si jamais on n’aime pas le sexe. Ou qu’on n’a pas de désir sexuel. Et je trouve ça assez choquant de me dire que des adultes même de référence, des médecins ou autres, je ne pouvais pas parler de ces problématiques-là sans qu’on me dise que finalement j’avais un truc à soigner.

20:12

Alexia D’ailleurs, du coup, sur ce qui concerne la pathologisation… Il y a des personnes qui sont asexuelles et on leur dit « Ah non, mais en fait, si t’aimes pas le sexe, c’est parce que t’as un trauma. » Et c’est vraiment compliqué parce que d’une part… Éventuellement ça peut être le cas. Mais déjà c’est pas vous qui savez. Laissez nous savoir ce qui nous concerne. Et ensuite il y a des trucs aussi je sais plus où est-ce que j’avais entendu ça… Mais il peut y avoir des personnes qui ont été violentées justement parce qu’elles sont asexuelles. Et du coup, elles se mettent dans des situations sans les voir venir, entre guillemets. Et du coup, c’est un peu l’œuf ou la poule potentiellement aussi, quoi.

20:55

Adèle Oui, pour rebondir sur ce sujet-là, moi, c’est quelque chose qui m’avait vraiment travaillé. Parce que, justement, beaucoup de personnes se permettaient de me dire que si j’étais asexuelle, c’était probablement lié à un trauma. Et j’ai éprouvé le besoin de consulter une sexologue à ce sujet tellement ça me travaillait, cette question. Et elle m’a dit deux choses qui m’ont énormément aidée par rapport à ce point-là. C’est que déjà, effectivement, comme tu le disais, Alexia, quand on n’a pas ou peu de désir, en fait, le trouble peut venir du fait qu’on s’est forcé à un moment où le désir n’était pas là. Et donc, le fait de ne pas s’écouter peut créer un trauma. Mais en fait, on pouvait être asexuel avant le trauma. Et c’est juste que ça rajoute une énième couche au fait de sentir qu’il y a un problème avec l’asexualité. Le problème là-dedans qui a créé le trauma, ce n’est pas le fait d’être asexuel, mais c’est de s’être forcé à un moment où finalement, ce n’était pas bon pour soi. Et après, elle m’a dit une autre chose qui est que globalement, la sexualité, c’est compliqué pour tout le monde. Surtout dans une société où finalement, on l’a déjà dit, mais le consentement n’est pas forcément mis en avant. La pression autour du sexe, elle est super importante. Il y a des enjeux de performance. Et finalement, c’est très rare de voir des personnes qui n’ont pas eu d’expérience au mieux un peu nulle… Au pire, carrément traumatisante avec le sexe. Et d’une certaine manière, ce témoignage de sa part m’avait aidée. Parce que avoir des problèmes avec le sexe ne fait pas qu’on est nécessairement asexuel. Et par contre, le fait d’être asexuel renforce ces problématiques liées au sexe, forcément.

22:46

Alexia Mais du coup, c’est vrai qu’en tant qu’asexuel, on se sent assez vite cassé ou incomplet par ce que nous renvoie la société à cause de ça. Et c’est assez déstabilisant comme truc, quoi. Et avec ça, il peut y avoir une peur de ne pas avoir de valeur. Parce que le sexe, c’est tellement valorisé qu’on se dit, bah, si je veux pas de sexe, est-ce que les gens veulent bien de moi quand même, quoi.

23:10

Adèle À ce propos d’ailleurs, je trouve qu’en tant qu’asexuelle, en particulier en tant que femme asexuelle, c’est assez terrible parce qu’on est coincé entre deux pressions sociales que je trouve très fortes. En gros, souvent déjà en tant que femme, on a le choix entre être une allumeuse… Quand on aime le sexe et qu’on va vers le sexe ou qu’on s’habille d’une manière sexy, etc. Ou être une prude. Et potentiellement en tant qu’asexuelle, c’est assez terrible parce qu’on est les deux. Dans le sens où on s’habille sans forcément voir que ça va créer du désir pour les personnes et du coup on va nous labelliser comme allumeuse. Mais on va être un objet de désir qui ne s’offre jamais puisqu’on n’aime pas le sexe et donc on va être labellisé prude. Et ce truc-là est très très problématique aussi. Peut-être que pour les hommes, il y a aussi d’autres problèmes liés au fait d’être asexuel. Mais en tout cas, de mon expérience, être une femme asexuelle, c’est très dur parce qu’on a vraiment les deux pires jugements liés au sexe pour les femmes. Et c’est vraiment pas cool.

24:22

Alexia Ouais, j’ai été très déstabilisée récemment quand quelqu’un m’a dit « Mais si tu veux pas de sexualité, pourquoi tu t’habilles sexy ? » Et j’étais là genre « Euh, je sais pas ! » Et en fait, j’ai capté… En fait, c’est juste que… Être habillée sexy, se comporter de façon sexy, c’est tout ce qui est valorisé par la société. C’est les exemples qu’on a, quoi. Et moi, je grandis en voyant des femmes maniérées à l’écran, dans les séries ou je sais pas quoi. Et les femmes valorisées, elles ont des manières ou des façons de s’habiller qu’on m’a vendues comme étant valorisées. Et du coup, moi, je fais que copier comme un petit mouton que je suis. Mais juste, j’ai pas le sens sexuel qui vient avec, quoi. Donc… Je suis un peu une impostrice de la sexitude.

25:10

Adèle Donc quand on est une personne asexuelle, on peut être soumis à des critiques, voire à des insultes. C’est forcément des jugements moraux qui peuvent faire se sentir mal déjà, ou se sentir anormal et en décalage par rapport à d’autres personnes. Et ça peut être assez douloureux à vivre, surtout si c’est très récurrent comme commentaire. Et qu’on y est exposé très très fréquemment. Quand bien même on a une estime de soi et une confiance en soi assez solide, et qu’on sait qu’on est asexuel… Parce qu’il y a ça aussi, au début on ne le sait pas forcément. Ça peut être difficile d’y faire face. Sachant que, par ailleurs, le fait de parler de sexualité chez les jeunes, à l’adolescence, et puis ensuite lors de la vie adulte, c’est assez fréquent. Et du coup, ça peut être difficile d’y être non seulement exposé, de ne pas y être intéressé, et puis que les gens nous posent des questions à ce sujet-là. Et de se sentir pointé du doigt parce qu’on ne vit pas les choses de la même manière que les autres. Donc, ça peut être assez douloureux à vivre.

26:20

Alexia Et tu parles de propos qui peuvent être assez agressifs de la part des gens. Mais c’est hyper révélateur ces propos de juste à quel point ils comprennent pas en fait. Et ils arrivent pas à comprendre potentiellement qu’on est absolument pas excité. Ils sont là mais t’es sure t’es pas excitée ? Bah non pas du tout, enfin si je suis sure je suis pas du tout excitée.

26:39

Adèle Et ça amène parfois d’ailleurs des pensées chez les gens en face qui sont très très problématiques. Du type, quand tu dis que le sexe ne t’intéresse pas et que t’as pas envie de sexe… Moi ça m’est déjà arrivé que des hommes en face se disent dans leur tête, sans me le dire nécessairement, avec moi ce sera différent et elle va aimer le sexe.

26:58

Alexia Ouais, il y en a qui prennent ça pour un défi, mais non, non, c’est pas un défi. J’ai juste pas envie de sexe. Calmez-vous.

27:05

Adèle Ou tu le racontes à tes amis et ils vont te dire c’est parce que tu n’as pas rencontré la bonne personne. Et ce discours-là est aussi très douloureux à recevoir parce que tu es là, mais non, mais ce n’est pas du tout ça.

27:17

Alexia C’est ça. Et c’est très agaçant, ce truc-là, parce que ça décrédibilise nos amours, en fait. Et il y a des gens qu’on peut aimer très fort et on fait pas de sexualité avec ces personnes, mais c’est des personnes qui sont dans notre vie. Et pour les gens qui associent sexe et amour, ils sont là, bah non, mais cette personne compte pas vraiment. Et ça aussi, c’est un truc très agaçant, quoi. C’est juste, c’est pas parce que j’ai pas envie de sexe que mes amours n’ont pas de réalité, quoi.

27:41

Sacha Sexualité et amour sont tellement fusionnés dans la tête des gens que si tu expliques que tu es amoureux de quelqu’un mais qu’il n’y a pas de sexualité, ils vont te dire « En fait, vous êtes amis. »

27:54

Alexia À ne pas vouloir de sexualité, du coup, on a parlé du décalage. Il y a ce truc, comme tu disais, Adèle, effectivement, de complicité. D’aimer éventuellement de la complicité, de bien aimer être proche des gens et de ne pas vouloir de sexe. Et du coup, ça peut poser problème. Et il peut y avoir des sortes de sous-entendus ou de choses que t’es censée comprendre et que tu comprends pas forcément. Moi, j’ai été invitée à boire un thé un jour. Et pour moi, j’allais boire un thé, quoi. Et en fait, j’arrive et cinq minutes après, le gars, il est en train de m’embrasser. Je suis là, mais qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai vraiment pas vu comment on en est arrivé là, quoi. Et donc, bon, après, je me suis un peu éloignée. Il a été respectueux, mais il y avait un vrai malentendu sur ce que ça veut dire boire un thé.

28:40

Sacha Mais ça, c’est aussi la culture du sous-entendu. Où les gens trouvent ça romantique d’avoir du sous-entendu, de ne pas dire les choses, que comme ça, ça serait plus fluide, plus simple, etc. Mais le fait de ne pas dire ce qu’on veut, etc., ça mène juste à des situations absurdes. Moi, je repense régulièrement à toi, Alexia, qui disait… « Oh, j’en ai marre, si je me mets à dormir dans un lit avec un mec… Parce qu’on dort dans un lit, parce qu’il n’y a pas assez de place, ou juste c’est sympa parce qu’on se fait deux, trois câlins avant de s’endormir… Eh bien lui, il va se dire qu’on dort dans un lit, donc on va avoir du sexe, etc. » Et à côté de ça, une amie à nous qui disait « Oui, moi, je me suis mis dans un lit avec un gars. Et le gars, il a eu l’outrecuidance de ne pas se rapprocher de moi et me faire de bisous. Mais vraiment, il est complètement stupide. Évidemment, si j’étais dans un lit avec lui, c’était clairement que j’avais envie qu’il me fasse des câlins. Donc, il ne m’a rien fait du tout. Et quel scandale, quoi ! » Et en fait, le côté de deux personnes différentes, qui sont deux femmes en plus, donc il n’y a pas le côté genré qui pourrait changer une histoire là-dessus… Qui se disent, ok, je veux dormir dans un lit avec un mec… Qui ne disent rien, alors c’est pas pour jeter la pierre sur aucune de vous deux, mais qui ne disent rien. Et cette culture du sous-entendu qui dit, oui, le sous-entendu est évident. Et le sous-entendu est toujours évident dans la tête des gens.

29:59

Adèle Je suis totalement d’accord avec les aspects sur l’implicite qui peuvent être perçus dans les deux directions. Après, moi, ce qui me pose vraiment problème, c’est qu’en tant qu’asexuel, même quand tu verbalises que tu n’es pas attiré par le sexe… Et que tu mets un cadre pour dire aux personnes si on dort ensemble, finalement il n’y aura pas de sexe… Si les personnes se retrouvent par exemple à te faire des grattes un peu sur le bras etc., moi ça m’est arrivé que les personnes ressentent l’excitation en face. Et se disent bah en fait du coup je pensais qu’il y aurait du sexe. Et t’es là mais on avait dit que non. Donc tu n’es pas entendu. Parce que les gens ne comprennent pas finalement que c’est possible de ne pas avoir d’attirance et que ton désir ne soit pas là. Moi, ça m’est arrivé de me retrouver face à une personne qui est là, mais vraiment, t’es pas excitée ? Mais même si je te touche les seins et tout, t’es pas excitée ? Je suis genre, au secours !

30:53

Alexia Laisse mes seins tranquilles à ce stade s’il te plait. Ouais. Et c’est compliqué. Et c’est hyper genré aussi. Toi j’ai l’impression Adèle que tu parles de relations hétéro avec une meuf asexuelle et un mec du coup qui comprend pas. Et qui est là genre mais vraiment mais c’est pas possible comment peut-on ne pas être attiré par mon corps ? Et ce qui est pénible, c’est qu’il y a aussi des asexuels mecs et des femmes qui ont du mal à comprendre ce truc-là. Et là, l’enjeu, il se fait un peu différemment. C’est-à-dire que je pense que les femmes sont plus éduquées à avoir besoin de validation extérieure. Et en plus, on nous dit que les mecs, ils sont attirés par tout ce qui bouge. Et du coup, si t’es une meuf allosexuelle et que tu te retrouves avec un gars qui est asexuel, potentiellement, ça va te donner un sacré coup dans ta confiance en toi. Parce que t’es là, mais qu’est-ce qui se passe si ce gars veut pas coucher avec moi ? Est-ce que ça veut dire que je suis absolument horrible ? Qu’est-ce qui va pas avec moi ? Il y a des choses comme ça où on peut se monter la tête. Et du coup, pour le gars, il est là genre non, non, c’est juste que j’ai pas forcément envie de faire du sexe, tu vois.

32:04

Adèle Oui, effectivement. J’ai une relation qui me partageait ça et qui me disait « Mais en fait, moi, le sexe, ça me gave et je n’arrive pas à le faire comprendre. » Du coup, parfois, c’est même plus simple, vu qu’il n’est pas repoussé par le sexe, de faire du sexe pour satisfaire sa partenaire. Et puis, même si ce n’est pas spécialement quelque chose qu’il recherche, ça me permet d’éviter justement l’aspect incompréhension, prise de tête, etc. Et c’est pas forcément quelque chose que je recommanderais à faire aux personnes.

32:37

Alexia Oui c’est ça c’est hyper touchy tu vois.

32:40

Adèle Mais ouais, très compliqué.

32:44

Alexia On recommande de ne pas faire de sexe si on n’a pas envie de faire du sexe. Mais effectivement, il arrive des situations où, même en tant qu’asexuel, tu te retrouves à… Éventuellement, faire du sexe, c’est moins pire qu’assumer les conséquences de ne pas vouloir faire du sexe. Assez compliqué comme truc. Et dans les soucis que j’ai pu rencontrer aussi en tant qu’asexuelle, il y a une sorte de sentiment d’injustice et d’impression de louper quelque chose, de fear of missing out. Parce que tout le monde n’arrête pas de dire le sexe c’est trop bien, ça donne des sentiments, des émotions incroyables, tu te sens dans ton corps d’une façon waouh, ça fait des feux d’artifice. Et moi je suis là, mais pourquoi moi non en fait ? C’est hyper frustrant quoi.

33:29

Adèle Oui, d’un autre côté… Maintenant, j’ai un petit peu renversé les choses aussi. Parce qu’il y a plein de contacts, par exemple physiques et intimes, que je suis en capacité d’avoir et d’apprécier d’une manière très intense. Et j’ai l’impression que beaucoup de personnes, parce que ça les conduit à une sexualité très vite, ce genre de gestes, passent à côté de moments d’intimité très précieux pour moi et très intenses. Et du coup, il y a un peu un aspect de « Eh bien, vous savez quoi ? Moi, je rate peut-être le sexe, mais vous, vous ratez tellement d’autres contacts qui sont incroyables ! » Donc ça a compensé un peu ma FOMO et je pense que j’avais cette peur de rater quelque chose effectivement pendant très très longtemps. Et que maintenant j’ai un revers.

34:10

Alexia Allez cool. Moi, j’avais quand même un truc aussi dans les relations polyamoureuses qui sont… Il y a un moment où moi, je me suis sentie particulièrement asexuelle. D’ailleurs, on n’a pas parlé de ça, mais il y a ce truc de… On peut être plus ou moins asexuelle ou plus ou moins attirée par le sexe en fonction de nos périodes de vie. Et c’est pas parce qu’on est asexuel aujourd’hui qu’on le sera pour toute notre vie. Et c’est pas parce qu’on a envie de contact sexuel aujourd’hui qu’on en aura toujours envie. Il y a une fluidité et une évolution possible de ce truc-là. Et donc, ce que je voulais dire, c’est qu’en relation polyamoureuse, en étant très asexuelle et en voyant mon partenaire avoir de la sexualité avec une autre personne… Ça a pu être très difficile parce que j’étais là wow c’est quelque chose que mon partenaire aime beaucoup et il y a une autre personne qui arrive à lui apporter. D’une façon que moi, je n’arrive pas à lui apporter. Ça a été difficile de me dire, mais je n’arrive pas à avoir cette complicité dans la sexualité avec mon partenaire. Et quelqu’un d’autre l’a, j’avais une forme de jalousie et ça a pu être difficile.

35:21

Sacha Je voudrais revenir sur quelque chose que tu as dit tout à l’heure, Adèle. Quand tu parlais de dormir avec quelqu’un qui ne t’écoutait pas et qui commençait à ressentir de l’excitation. Bon, cette situation est complètement inacceptable de la part de cette personne. Mais la manière dont t’en as parlé en disant que cette personne ressent une excitation et après ne comprend pas que toi, tu n’en ressens pas aussi, etc. C’est quelque chose que moi, en fait, il m’a fallu du… Il m’a fallu un temps pour le réaliser. Et c’est pour ça que j’ai envie de le mettre vraiment en lumière. Ça devrait peut-être être évident pour tout le monde, mais vraisemblablement, ça ne l’est pas. C’est qu’en fait, dans une interaction sensuelle avec quelqu’un, lorsqu’on commence à ressentir une forme d’excitation ou une forme d’intensité qui augmente… Ça veut pas dire que c’est réciproque chez la personne en face. C’est pas parce que la relation sensuelle se passe bien et qu’il se passe un moment cool et que nous, on ressent quelque chose. En fait, je sais pas, on doit se dire qu’il se passe la même chose pour la personne en face… Mais potentiellement, la personne en face, elle est juste en train d’être à moitié endormie, en train de faire quelques petits gestes avec sa main et en fait, il se passe absolument pas la même chose sur la personne en face. Et là, c’est dans le cadre dans un lit, mais c’est valable aussi si, je sais pas, on est en train de danser et de se tourner autour et de faire quelques petits bisous et quelques petits frottements avec les bras… Et tout à coup, on sent beaucoup de choses en soi, et on se dit, ah, il se passe quelque chose. Et en fait, j’insiste vraiment sur ce fait que c’est pas parce qu’on ressent quelque chose dans une interaction à deux que forcément, la personne en face, elle ressent la même chose.

36:47

Adèle Oui, c’est vachement intéressant que tu le soulignes. Parce qu’en fait, tout ça, moi, ça a été vachement plus facile de le réaliser quand j’étais face à des personnes qui étaient très sexuelles. Et qui, en fait, d’une certaine manière, s’attendaient déjà à ce que nos rapports soient différents par rapport à la sexualité. Et finalement, c’est les personnes qui étaient les plus sexuelles qui acceptaient le mieux que je sois pas trop sexuelle et que j’en ai pas envie. Parce qu’elles avaient déjà été confrontées au fait que des personnes pouvaient ne pas avoir envie de sexe alors qu’elles, elles en avaient envie. Et c’est assez intéressant, je trouve, parce que finalement, la connexion que je pouvais avoir en termes d’intimité et de rapport au corps, elle était plus forte avec des gens très, très, très sexuels. Et c’est un peu paradoxal quand même pour une personne qui se labellise asexuelle d’avoir des rapports apaisés avec des personnes très, très sexuelles. Donc voilà, un peu marrant.

37:42

Sacha Je pense que c’est une question, on en discute tout au long de cet épisode, mais qu’en fait, malgré le fait qu’on se veut aujourd’hui une société où le consentement est important… Et là, ils en reparlent à l’Assemblée nationale, etc., et c’est quelque chose. Mais en fait, en réalité, ça l’est peu. Et si on en parle aujourd’hui, c’est parce qu’on réalise qu’en fait, il faut parler un peu de consentement. Et pour la plupart des gens, en fait, cette notion de consentement, elle existe. Mais en fait, c’est une question qu’il n’y a pas vraiment besoin de se poser. Parce qu’en gros, il se trouve que, par hasard, la plupart de la manière dont ils relationnent avec les gens… Les gens qu’ils vont rencontrer en face d’eux avec des sous-entendus et en posant une fois par-ci par-là une maigre question, ils vont arriver à ce que les gens soient alignés. Parce qu’on va se retrouver avec des gens qui sont plutôt normaux, qui vont interagir avec des gens qui sont plutôt dans la même norme. Et du coup, en fait, avec des sous-entendus, ça va un petit peu marcher. Et en fait, c’est là que ça devient très sérieux et très grave, c’est que… Si on considère qu’il n’y a pas forcément besoin de se poser plus de questions que ça, puisqu’en fait, il n’y a jamais eu de problème… Potentiellement, tu n’as jamais de problème sur les dix prochaines personnes avec qui tu vas interagir. Mais la onzième, c’est une personne qui, en fait, n’est pas exactement dans cette norme. Tu ne vas pas te poser de questions. Et donc, du coup, pas de chance. Et c’est très, très grave, mais pas de chance pour les deux personnes. Il y en a une qui va agresser l’autre, mais sans s’en rendre compte. Parce qu’elle ne va pas lui dire « Ah, en fait, est-ce que tu as vraiment envie de faire ça ? » Parce que il y a ce sous-entendu qui est présent. Et qui, par chance, dans les 20 dernières années de sa vie, elle n’est jamais tombée sur une personne qui n’était pas dans la même norme qu’elle. Mais là, pas de chance, on arrive sur un truc et ça devient une agression et c’est très grave.

39:15

Alexia Ouais. Et je pense que ça arrive plein aussi que les personnes ne savent pas qu’elles ont fait l’amour avec quelqu’un qui n’avait pas envie de faire l’amour avec elle. Là-dessus, je voudrais donner des exemples. C’est-à-dire que quand on n’a pas envie de faire du sexe, on peut se retrouver quand même à faire l’amour. Pour plein de… Pour quelques raisons OK et pour de mauvaises raisons qui sont… Qui peuvent être par exemple la peur de décevoir, la peur de dire non. Et il peut y avoir d’autres choses qui sont ne pas savoir quand ou comment dire non aussi. Parce que le contact physique, il va en évoluant. Et il y a un peu des moments où tu te dis OK, j’ai pas vraiment envie que ça aille plus loin mais comme on est déjà là, peut-être c’est trop tard. Et ça m’est déjà arrivé d’être un peu embarquée là-dedans et pas savoir quand dire stop en fait. Et si la personne en face de moi, elle ne prend pas le temps de dire « Ok, est-ce que tu as envie qu’on continue ? » Juste cette question. Ou est-ce que tu préfères qu’on arrête ? Ou si tu veux, on arrête. Ou bien la personne arrête de me stimuler et voit si moi, je vais vers elle ensuite, quoi. Pour laisser l’ouverture au fait que le contact, il peut s’arrêter.

40:23

Adèle Oui, et puis là, on parle de nous aujourd’hui, mais moi, plus jeune, je me disais aussi qu’il y avait une forme de pression sociale. Quand on n’a jamais fait l’amour, il y a un moment où on se dit, est-ce que c’est OK à X ans de ne pas avoir fait l’amour ? Est-ce qu’il faudrait que je fasse ma première fois ? Est-ce que si je n’aime pas, c’est juste parce que c’était ma première fois et du coup qu’il faut que je réessaye ? Parce qu’il parait que le sexe, c’est trop bien. Donc à cause, entre guillemets, d’une norme, d’exposition très forte à la sexualité, à une pression sociale, on va avoir tendance aussi à ne pas forcément vouloir dire non, à ne pas savoir le faire, en tout cas sur ce plan. Donc c’est très compliqué, surtout dans les débuts.

41:11

Sacha Tu parlais, Alexia, du fait que peut-être à un moment, c’est trop tard, puisqu’on a déjà atteint un stade. Il y a une particularité du consentement qu’on n’a pas évoqué, qu’un vrai consentement, il doit être révocable. Et donc, il ne peut y avoir de consentement que si, à tout moment, même au moment le plus frustrant d’un rapport sexuel, eh bien, n’importe laquelle des personnes peut dire stop, on arrête. Et en fait, il y a un truc très important et assez facile à concevoir, c’est qu’en fait, ok, ça peut être très frustrant d’arrêter une interaction. Pour certaines personnes, ça peut être très frustrant. Enfin, même, je suppose, pour toutes les personnes, ça peut être frustrant. On est en train de faire quelque chose qu’on aime bien, et puis tout d’un coup, on nous dit stop. Bon, c’est frustrant. Mais qu’est-ce qui est pire ? La frustration temporaire de quelque chose ou le fait de savoir après coup que cette personne n’a rien dit et qu’en fait, on a agressé sexuellement une personne ?

42:01

Alexia Moi j’en sais rien.

42:05

Sacha Et du coup, quand on hésite à dire « Ah, est-ce que je devrais dire non ? »… On peut garder ça en tête. C’est qu’en fait, peut-être que la personne ne va pas apprécier de recevoir un non… Mais en fait, quasiment tout le monde va préférer être frustré sur un moment que de savoir après coup qu’elle a agressé quelqu’un.

42:20

Alexia Mais après, si tu le dis jamais, tu vois.

42:22

Sacha Oui.

42:24

Alexia Mais bon, ne faites pas ça. Sachez dire stop. Et puis si les gens sont frustrés, ils pourront se défrustrer ailleurs. Va te défrustrer ailleurs.

42:35

Adèle Moi, ça m’a énormément aidée finalement, effectivement, qu’une personne me fasse remarquer que si vraiment la personne, elle était frustrée, elle était capable de se satisfaire elle-même. Je ne sais plus qui m’avait dit ça. Et il y avait un aspect hyper réconfortant. À me dire, en fait, c’est vrai que certes, la personne, elle a envie d’une interaction avec moi, mais elle n’a pas besoin d’une interaction avec moi. Et il y a une différence. Et du coup, si elle a un besoin sexuel, elle peut le remplir ailleurs. Et je ne suis pas du tout nécessaire.

43:04

Sacha Après, je ne dis pas que c’est facile forcément de dire non.

43:08

Alexia Oui, oui, bien sûr.

43:09

Sacha Mais on parle de tout ce qui peut aider à dire non, de se rendre compte qu’en fait c’est quelque chose de positif de dire non, si jamais on n’a pas envie. C’est positif sur plein de sujets. Mais ça reste difficile pour plein de sujets qu’on a évoqués. Parce que, comme disait Adèle à un moment, parfois ce n’est pas entendu, ce qui est extrêmement grave, mais du coup ça rend le truc plus difficile de le dire, de se dire… C’est difficile à dire ; même si je le dis, c’est pas entendu. Donc ça c’est très très grave, mais ça peut expliquer. C’est difficile parce qu’on a envie de faire plaisir à l’autre potentiellement. Et donc du coup peut-être se dire à quel point je peux faire quelque chose dont j’ai pas trop envie. À quel moment je dépasse ce que je suis prêt à offrir. Et c’est difficile aussi pour d’autres sujets dont on n’a pas encore évoqué. Mais qui est toute la romantisation de la sexualité dans la société. Qui est que le sexe, c’est important pour l’amour. Que le sexe, c’est le ciment du couple. Et que si tu n’as pas de sexualité, en fait, tu n’es pas vraiment amoureux.

44:05

Alexia Ouais. Par rapport à ce truc de dire non à quelqu’un et cette personne va être frustrée, je voulais juste raconter cette anecdote. Qui est que il y a une fois où j’étais dans une situation où on faisait des câlins avec quelqu’un… Et cette personne m’a mis un stop. Et c’était la première fois de ma vie, je pense, que quelqu’un me mettait un stop comme ça. Et… À ce moment-là, je me suis rendue compte que j’avais envie d’aller plus loin. Et c’était la première fois de ma vie, du coup, où c’était moi la frustrée. Mais sauf que dans ce contexte-là, j’étais là trop bien. En fait, ce qui se passe là, c’est que l’envie que j’ai, c’est vraiment la mienne. Et ce n’est pas une envie de j’ai l’impression qu’on attend ça de moi. Parce que la personne, en l’occurrence, ne veut pas ça de moi. Et ça a été hyper agréable de me prendre ce non. Parce que du coup, ça m’a fait sentir que mon désir était le mien. Et donc, c’était la meilleure frustration de l’histoire. Et ce qui était trop cool aussi, c’est que par la suite, comme cette personne, elle m’a dit non… Je savais qu’elle serait capable de comprendre si moi je disais non. Et ça a permis une relation qui a été beaucoup plus saine et beaucoup plus sereine. Parce que c’est une personne à qui je peux dire non sur le plan sexuel très facilement.

45:24

Sacha Malheureusement, c’est pas toujours complètement symétrique. Il y a des personnes bien peu respectueuses qui n’ont aucun problème à dire quand le moindre truc les embête, mais qui n’ont pas forcément envie d’écouter les autres.

45:37

Alexia Ouais. Eh bien, c’est des gros nuls. Super. Donc, on a vu plein de problèmes. Maintenant, j’aimerais autant de solutions. Alors, comment on fait ?

45:54

Adèle En gros, pour moi, il y a différents soucis. Il y a la reconnaissance en elle-même de l’asexualité. Et ça, on en a parlé. Il faut juste que ce soit dépathologisé et que les personnes réagissent d’une manière un petit peu plus ouverte au fait du vécu de plein de personnes. Et du fait que les vécus peuvent être très différents. Et après, il y a effectivement l’aspect de, dans une relation, comment on gère les différences de libido. Et si une personne veut plus de la sexualité que l’autre, comment on fait ? Et ça peut être le cas d’ailleurs dans des relations monogames. Ça peut aussi être le cas dans les relations polyamoureuses. C’est très variable et c’est un vrai sujet dans plein de circonstances.

46:32

Sacha Et ça peut être le cas entre des personnes allosexuelles. Ça peut être des personnes entre des personnes effectivement qui sont toutes les deux asexuelles mais pas exactement sur le même spectre. Mais c’est surtout le cas s’il y a une personne asexuelle et une personne allosexuelle.

46:46

Alexia Du coup il y a des moments où c’est quand même possible. Si par exemple la personne allosexuelle n’a pas besoin de forcément énormément de sexualité. Ou qu’elle peut développer de la sexualité de son côté, par la masturbation par exemple. Et que c’est pas important pour elle d’avoir vraiment de la sexualité pour se sentir aimée. Parce que comme tu le disais Sacha tout à l’heure il y a ce lien qui est très fort entre… Cette romantisation du sexe qui est assez forte. Et ça peut être assez difficile de comprendre qu’on est aimée s’il n’y a pas de sexe pour des personnes qui sont allosexuelles.

47:20

Sacha Ou ça peut prendre plusieurs années, effectivement, de déconstruire ça, de se dire, en fait, il n’y a pas de sexualité, mais c’est complètement décorrélé.

47:29

Adèle Je pense qu’une possibilité aussi, c’est en fait revaloriser d’autres formes d’intimité qui sont possibles. Même avec des différences de perception de la sexualité. Par exemple, moi, je considère que je n’ai pas spécialement envie de sexe, en particulier de sexe au sens génital. Ça ne m’intéresse vraiment pas et je n’ai pas envie d’en avoir. Ça ne veut pas dire que je ne vais pas apprécier d’autres types de contacts physiques, éventuellement qui impliquent de la nudité ou pas. Des grattes sur le bras, des contacts entre deux mains, ça peut générer énormément d’intensité pour moi. Et en fait, je me suis rendue compte que chez mes partenaires, ça pouvait aussi être le cas. Et qu’ils pouvaient découvrir une nouvelle forme de jeu, d’une certaine manière, avec la corporalité. Auquel ils n’avaient pas accès avant. Et qui peut être très intense. Du coup, je pense que ça peut aussi être une réponse pour construire une intimité un petit peu différente. Et un rapport finalement différent au corps et à l’intimité construite avec l’autre.

48:38

Sacha Oui, et comme tu dis, changer ou explorer d’autres types de pratiques. Qui, selon les définitions, vont être considérées comme des pratiques sexuelles, mais qui ne vont pas être le type de sexualité qui va gêner la personne asexuelle. Et rester dans la sensualité qui peut s’apparenter clairement à de la sexualité, mais où on aura effectivement moins de place à la pénétration, moins de place à la génitalité, moins de place… Et par moins, ça peut être une absence totale par ailleurs. Mais par exemple, il y a pas mal de personnes asexuelles qui vont être intéressées par tout un tas de pratiques dans le champ BDSM. C’est-à-dire des pratiques comme de l’attachement, enfin de la contrainte quoi. Ou ce qui s’appelle des impacts, c’est-à-dire donner de la sensation par des coups, qui sont plus ou moins douloureux selon ce que les gens apprécient. Tout ça, c’est une forme de corporalité, de sensualité. Qui peut être considérée comme de la sexualité, mais qui n’est pas la même chose que la sexualité standard que les gens ont en tête. Et qui peut, selon les gens, plaire à certaines personnes asexuelles.

49:37

Alexia C’est effectivement du coup là aussi une exploration possible du corps et de ce qu’on ressent à travers sa peau

49:45

Adèle Oui, je pense que l’éloignement de la norme, elle aide dans le sens où, ne serait-ce que ça, ça permet aux deux personnes qui sont impliquées dans la relation de se questionner sur ce qu’elles veulent. D’être à l’écoute sur ce que l’autre désire. Sur ce qui plait, sur ce qui déplait au contraire. Et finalement, c’est une manière de co-construire un espace de sécurité et de plaisir. Je pense que c’est effectivement très intéressant de le construire de cette manière-là. Ça permet d’introspecter, en fait. À deux.

50:21

Alexia J’allais en venir à ce sujet d’introspection. Je pense que quand on est dans des sujets comme ça où on vit les choses différemment de notre partenaire… Et où il y a beaucoup d’injonctions qui se mêlent à tout ça. C’est vraiment important d’essayer de faire le point sur ce qu’on ressent et sur ce dont on a envie. Pour réussir à l’exprimer aussi à un ou une partenaire. Tout l’exercice d’introspection puis de communication de où est-ce qu’on en est… Alors qu’on ne sait pas forcément tout le temps où est-ce qu’on en est… C’est un jeu qui est hyper important dans la relation.

50:58

Sacha Et savoir ce dont on a envie, c’est aussi important pour la personne qui a le plus de libido. Parce qu’en fait, parfois, il peut y avoir cette envie d’avoir de la sexualité qui est en fait comme si c’était une idée de fond. Ou comme si c’était quelque chose parce que c’est important, parce que c’est normal ou parce que souvent, on en a envie. Mais en fait, se poser la question de la personne qui a le plus envie de libido, en fait, parfois, elle n’a aussi pas envie. Et c’est important qu’elle s’en rende compte aussi que peut-être qu’elle en a moins envie que ce qu’elle ne pense.

51:28

Adèle Ou peut-être qu’un contact tendre ou une réassurance sur l’amour qu’il y a dans la relation est finalement ce qu’elle désire obtenir à travers un acte sexuel. Mais qu’elle peut l’obtenir différemment. Et que si l’autre personne lui cuisine un truc ou lui montre son amour d’une autre manière, elle sera très contente.

51:47

Alexia Moi, je veux bien qu’on me rassure avec des pancakes.

51:51

Sacha Après, on a parlé de toutes ces difficultés de dire non, etc. Du coup, ça peut être un frein aussi pour les personnes qui ont le moins de libido d’aller vers une activité de type sexuel si jamais on sait que dire non, ça va être compliqué, ça rajoute une couche. Donc, un point important, c’est du coup de faire le point sur à quel point est-ce que tout le monde est d’accord et conscient. Et mettre des outils en place éventuellement pour que tout le monde soit à l’aise de pouvoir dire non, de s’arrêter, de vérifier fréquemment. Que s’il y a une personne qui sait qu’elle va avoir du mal à dire non, que l’autre sache ça et donc proactivement en face, fasse des efforts pour soit poser la question souvent. Mais poser la question ça ne peut ne pas suffire si la personne en face n’est pas capable de dire non. Mais donc du coup faire des choses comme tu as un petit peu évoqué Alexia. Éventuellement ça peut être des choses où de temps en temps on fait un peu une pause. Et on attend que ça soit proactivement la personne qui ne sait pas dire non qui doit faire un effort pour relancer. Et si c’est la personne qui ne sait pas dire non qui doit faire un effort, ça n’empêche pas tous les problèmes mais en tout cas ça les limite très fortement

52:55

Alexia Vraiment, l’utilisation de l’étiquette asexuelle, ça m’a quand même bien aidée dans mes relations. Non pas que je veuille absolument jamais de sexualité. Mais juste cette étiquette me permet de poser les bases et de dire aux gens avec qui je suis susceptible de relationner… De leur dire qu’en fait, il existe ce truc. Moi, j’ai très très peu de libido et je vous préviens tout de suite. Et comptez pas sur moi pour satisfaire des envies que vous pourriez avoir. Et c’est quelque chose que j’aime beaucoup dans le polyamour, du coup, qui est vraiment très confortable pour moi… De me dire que je suis pas responsable de la sexualité de mon ou ma partenaire. Parce qu’en plus… Déjà, c’est pas le cas, je considère, dans les relations mono. Mais là, d’autant plus que la personne peut facilement… Enfin, facilement, n’a pas de contraintes de relation pour aller passer du temps sexuel avec d’autres personnes, quoi.

53:53

Adèle Oui, il n’y a pas de restriction de la part de l’autre personne. Et effectivement, le terme asexuel, c’est un terme un peu parapluie qui va renvoyer une image à l’autre personne. Et qui dit « le sexe ne sera pas central dans notre relation. Donc si c’est ce que tu cherches avec moi, eh bien ça ne va pas fonctionner ». Je suis d’accord avec toi sur l’utilité de cette étiquette et de ce terme parapluie. Quand bien même il y a plein de subtilités, on l’a dit, et plein d’autres types de manières de relationner qui se cachent derrière ce mot.

54:21

Alexia C’est ça. Avertissement de contenu : je ne contiens pas de libido !

54:26

Adèle Mais oui, c’est un peu ça !

54:30

Sacha Mais ça peut être difficile à vivre, puisqu’il existe en début de relation l’énergie de nouvelle relation, qui va faire que même une personne asexuelle va probablement avoir plus envie de sexualité à ce moment-là. Et donc sur le début d’une relation, il peut y avoir un certain niveau de sexualité qui peut presque même sembler normal dans certains cas. En tout cas peut sembler normal à la personne qui a le plus de libido. Qui va se dire, eh bien là, ça ressemble à un niveau qui me convient. Et c’est ensuite quand ce niveau descend que ça devient compliqué. Notamment, et ça, c’est un problème de magazines féminins, de chansons ou de je ne sais quoi. C’est « Ah, on n’a plus de sexualité, c’est grave, on ne s’aime plus, c’est un problème. » Et il y a vraiment cette notion d’avoir une sexualité qui diminue ou ne plus avoir de sexualité ou ne pas en avoir assez, eh bien, ça serait un grave problème. Parce que le sexe étant le ciment du couple, dit le dicton, eh bien, c’est grave. Du coup, là, vu qu’on parle de solution, la solution, c’est d’arriver à passer outre ce système de pensée. Et réaliser que la sexualité, c’est une chose parmi d’autres.

55:34

Alexia Oui, tu fais bien de parler de ça, Sacha, parce que c’est vrai que l’ENR est une phase de relation vraiment particulière. Et c’est vrai que des personnes qui sont plutôt asexuelles peuvent avoir un peu plus de désir sur cette phase-là. Et un désir qui va se ré-estomper après. Et dans les relations polyamoureuses, ça peut être compliqué aussi. Parce que quelqu’un qui est globalement asexuel peut d’un coup devenir sexuel avec un nouveau partenaire. Et ce truc-là peut être un peu déstabilisant, j’imagine, pour les partenaires existants.

56:09

Sacha Ça peut être dur à vivre, effectivement. S’ils se disent « Bon, ok, j’ai accepté qu’on n’ait plus trop de relations sexuelles parce que la personne avec qui je relationne est asexuelle. Donc ok, on a moins de sexualité, mais c’est vraiment parce que ça n’intéresse pas l’autre personne. » Et puis tout d’un coup, ça intéresse quand même l’autre personne…

56:27

Alexia Ouais, c’est ça.

56:28

Sacha Mais pas avec soi-même. Et du coup, c’est quelque chose qui, sociétalement, est encore plus difficile à avaler.

56:37

Adèle Après, d’une manière générale, la sexualité, c’est un sujet qui est assez tabou encore dans nos sociétés et qui pose des problèmes. Et plus communiquer autour de ça et accepter qu’on peut avoir des différences d’intérêts et que ça peut varier avec le temps, ce serait constructif pour tout le monde, je pense.

56:56

Sacha Et après si on est en relation et qu’il y a une différence de libido… Donc là on a surtout parlé de peut-être faire d’autres choses. Ou accepter le fait qu’en fait avoir moins de sexualité que ce qu’une des personnes pouvait imaginer c’est pas si grave. Mais il y a aussi potentiellement des gens qui vont avoir envie de favoriser le fait qu’il y ait de la sexualité. Et dans ce cas là c’est important de discuter de quels sont les facteurs qui peuvent aider à avoir de la sexualité. Et donc si une personne veut avoir plus de sexualité elle peut aussi faire les efforts… Qui sont les efforts de faire en sorte que l’environnement soit propre, rangé, que ça sente bon, potentiellement… Que toutes les tâches en cours sont terminées. Que s’il y a des enfants à s’occuper, que les enfants aient bien été occupés et soient au lit. Et avoir ce cadre qui soit créé. Parce qu’en fait, si une personne a envie qu’il y ait plus de sexualité, il faut aussi pouvoir créer ces moments de sexualité. Et parmi les grands mythes qui sont bien embêtants autour de la sexualité, il y a ce mythe que la sexualité doit être spontanée. Une bonne sexualité, bien passionnelle et amoureuse comme il le faut, il faut que ça soit quelque chose qui vienne spontanément et qu’on en ait envie tout de suite. Alors qu’en fait, dans la pratique, une fois que l’énergie de nouvelle relation est passée, c’est quelque chose qui n’arrive plus beaucoup. Et en fait, c’est plus quelque chose qui va être provoqué et qui va être en réaction à différentes choses. Et qu’en fait, les gens vont recevoir de l’excitation en réaction à une situation.

58:29

Adèle Sachant que ces excitations et ces sexualités, en fait, elles ont le droit aussi d’être différentes pour les deux personnes. Il y a aussi généralement une confusion sur le fait que du bon sexe doit être absolument symétrique. En fait, ça, c’est pas forcément nécessaire. Alors, bien sûr, il faut se poser la question de de quoi a envie et de quoi a besoin son partenaire. Mais ça peut aussi passer par une phase d’acceptation de on va avoir des envies et une excitation qui passe vraiment par différentes choses. Et donc on va se stimuler d’une manière différente mon partenaire et moi pour…

59:08

Alexia Mais du coup, je voudrais revenir sur ce que tu disais tout à l’heure par rapport à la préparation d’un cadre, Sacha. C’est vrai que c’est très fort. Je peux, par exemple, être très facilement stressée par « il y a tel truc à faire ». Et avoir la charge mentale, ça peut vraiment finir de me couper de toute ouverture sexuelle. Donc effectivement si je me retrouve avec quelqu’un qui veut de la sexualité avec moi et que j’en veux pourquoi pas aussi. Si cette personne elle fait les efforts pour m’aider à faire en sorte que le contexte soit plus agréable bah effectivement ça va aider à avoir de la sexualité. Après, attention parce qu’on se met à faire des efforts, peut-être en se disant ok on aura éventuellement de la sexualité… Mais on peut toujours ne pas en avoir quoi. Ce qui est pénible c’est que si quelqu’un me prépare un cadre et tout, je vais être là genre merde cette personne attend de la sexualité de ma part. Et je vais me mettre la pression. Et ne faites pas ça chez vous quoi.

1:00:08

Adèle En fait, c’est construire un cadre favorable, mais ce n’est pas avoir des attentes et le faire dans le but que la sexualité soit cochée et que ce soit le point d’aboutissement. Et la préparation de ce cadre et la charge mentale dont parlait Alexia, qui coupe l’accès à la sexualité, c’est quelque chose d’ailleurs qui est fréquent d’une manière générale chez beaucoup de personnes. Et en particulier des femmes. Et d’ailleurs, il y a une BD qui a été faite sur la charge mentale. Et le fait que dans beaucoup de couples, l’accès à la sexualité était compliqué, pour les femmes. C’est les BD de Emma, pour les personnes que ça intéresse.

1:00:45

Sacha Oui, il ne faut pas non plus que des gens se disent « Ah bah attends, j’ai passé l’aspirateur, donc maintenant tu me dois du sexe. »

1:00:50

Alexia Oh no. Cauchemar. Je dois à présent amener ce moment que nous redoutons tous, la conclusion de l’épisode. En tout cas, moi je la redoute. Mais je suis contente d’avoir pu aborder ce sujet d’asexualité. On a parlé de la diversité de vécu que ça recouvre, des soucis qu’on peut rencontrer quand on est asexuel… Et on a même pu discuter de comment composer avec une sexualité différente de celle de sa ou son partenaire. Pour terminer, Adèle et Sacha, est-ce que vous voulez rappeler un point à retenir ?

1:01:27

Adèle J’aimerais rappeler qu’être asexuel, ce n’est pas une pathologie, même si ce n’est pas la norme. Alors, à vous, qui sommes non-asexuels, essayez d’être moins pronds à vous moquer ou à juger les personnes moins sexuelles que vous.

1:01:42

Sacha Moi, je dirais que dans une relation avec une personne asexuelle ou non, d’ailleurs, il est important de se rappeler que la personne est forcément différente de soi. Et donc de ne pas projeter toutes nos manières d’être, notre rapport à la sexualité à l’autre personne. Et de ne pas penser, lorsqu’on a une excitation qui monte, qu’elle monte également simultanément chez la personne en face.

1:02:06

Alexia Et moi, je vais conclure en rappelant que les questions d’asexualité, c’est vraiment un spectre. Ça recouvre des réalités très différentes et des réalités aussi qui fluctuent. Donc vous pouvez avoir des périodes de vie où vous avez très peu d’attractions et d’autres périodes où vous en avez un peu plus. Il y a plein de facteurs qui peuvent modifier ces choses-là. Merci d’avoir écouté cet épisode jusqu’au bout. S’il vous a plu, n’hésitez pas à en parler autour de vous. Ce podcast en est à ses débuts, et on est avides de vos retours, n’hésitez pas à nous envoyer un mail sur contact@atesamours.fr et on se fera un plaisir de vous répondre. Vous pouvez trouver le transcript et les sources de cet épisode sur notre site atesamours.fr. À bientôt pour le prochain épisode !